Anthony Gormley : "La sculpture a lâché sa responsabilité à représenter le monde"

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Guitemie Maldonado commence par évoquer les deux sculptures qui trônent dans le hall d'accueil de l'exposition. Stop, compacte et petite par rapport à la taille humaine, et Hole, plus ouverte et plus grande. Anthony Gormley précise qu'à travers cette introduction qu'il a « voulu établir un dialogue. » On ne peut qu'être impressionné par la prouesse technique à l'œuvre dans Stop, cette « forme géométrique, composée de quatorze blocs sans aucune fixation, qui utilise la masse totale de 130 kg et le champ gravitationnel ». Quant à Hole, l'artiste précise que cette structure introduit le thème du langage à travers la syntaxe architecturale.
Selon le sculpteur, c'est une manière d'interroger « les sentiments, les émotions et tout simplement la possibilité d'être humain ». Il ajoute : « Nous pouvons avoir une vision de l'intérieur [de la sculpture] mais même si cet intérieur ne donne rien, il nous invite à entrer. » Anthony Gormley rappelle alors que parmi les sujets qui sous-tendent son approche, il s'intéresse beaucoup à la relation entre l'eau, le muscle et la peau, à une certaine idée de la relation entre l'apparence et le fait d'être. « La fonction de représentation a une fonction de réflexion », ajoute-t-il, car il faut éveiller l'attention du public.
Le sculpteur poursuit sa réflexion et affirme que l'art offre la possibilité d'être dans le monde et d'être « à part » de ce monde. La puissance de la sculpture est de « pouvoir utiliser son silence, sa stabilité, sa réticence pour nous rendre conscients de notre propre expérience, de nos sentiments et du fait d'habiter notre corps ». Il fait part de sa déception par rapport au siècle qui vient de s'écouler : « Depuis le siècle dernier, la sculpture a lâché sa responsabilité de représenter le monde. »
La modératrice rappelle l'origine du lieu — une ancienne usine de chaudronnerie — et tente de comprendre le rapport à l'architecture. Comment un lieu qui a été conçu pour une fonction particulière, avec de vastes espaces en longueur, peut-il être abordé par un sculpteur ? Elle s'interroge également sur le fait de ne pas pouvoir prendre de recul et d'être sans cesse proche du volume. Anthony Gormley de rappeler que les artistes ont toujours utilisé les espaces industriels pour « faire du travail créatif ».
Il est vrai que sa composition Expansion Field occupe tout l'espace, contraignant le visiteur à une certaine proximité avec l'œuvre. Le duo en profite pour aborder la notion de « champ » qui fait partie intégrante de la démarche de l'artiste. Guitemie Maldonado se demande :
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Pour Anthony Gormley, ce paradoxe est cartésien :
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Vient ensuite la question de l'échelle. Selon Guitemie Maldonado, le spectateur fournit « l'échelle un » et la structure s'étend au-delà. Pour l'artiste, il s'agit d'utiliser la « limite de notre perception pour nous pousser dans une position pas si confortable ». « Expansion Field nous amène dans des espaces infinis [...] avec ses formes assez dures, sombres, défensives », explique-t-il, avant de poursuivre : « L'apparence de cette œuvre est une invitation à nous sentir dans l'espace profond. » L'artiste qui a vécu trois ans en Inde conclut sur le sens de son œuvre en citant l'expression tibétaine de « « sky nature » of mind ».
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