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François Roche

Publié le 17 juin 2012 à 19:20 - Mis à jour le 17 juin 2012 à 19:33

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Ce second tour des élections législatives marque la fin de l?une des plus longues campagnes électorales de l?histoire de la cinquième république. Elle se termine sur un résultat sans appel : le Président de la république, François Hollande, peut désormais compter sur une majorité absolue du Parti Socialiste à l?Assemblée nationale et au Sénat. La schéma tant redouté par les dirigeants de l?UMP s?est donc matérialisé : si l?on prend en compte les régions et les départements, le parti socialiste et ses alliés détiennent l?essentiel des leviers de pouvoir en France. C?est une lourde responsabilité, si l?on veut bien considérer les conditions économiques et financières qui règnent aujourd?hui en France et en Europe. L?appel au changement est clair, mais les marges de man?uvre sont étroites. Il faudra donc beaucoup de lucidité aux dirigeants socialistes pour « gérer » cette situation politique.

Le nouveau pouvoir va donc être confronté à la réalité concrète. La première est celle de la situation économique de la France et la mise en ?uvre du plan de réduction de la dette et du déficit public. S?il doit être mené dans les termes prévus et « vendus » à Bruxelles, il passe par des ajustements difficiles en matière de recettes et de dépenses. Il est probable que des choix douloureux devront être décidés dans les propositions faites par François hollande au cours de la campagne. Cela risque de provoquer des déceptions au sein de la gauche en général, même si le fait que le Parti Socialiste dispose de la majorité absolue diminue les risques de négociations difficiles avec les écologistes ou le front de gauche.

Mais le vrai sujet est naturellement ailleurs. Au cours de ces dernières semaines, François Hollande a pu se livrer à une joute à distance avec Angela Merkel sur le thème de la croissance ou des euro-obligations. Le résultat de cette passe d?arme est ambigu. Les positions de la France n?ont pas progressé en Allemagne (même pas semble-t-il au SPD?). Les « propositions » en faveur de la croissance, présentées comme celles de la France, et qui consistent à mobiliser les fonds structurels, à augmenter le capital de la BEI et à mettre en ?uvre des « project bonds » de façon à financer des projets d?infrastructures en associant capital public et privé, sont en fait des propositions de la Commission Européenne ou en tout cas des outils sur lesquels elle travaille depuis plusieurs mois. Ils sont intéressants, certes, mais en aucun cas ne sont de nature à relancer rapidement la croissance économique en Europe.

Le chantier à mener est autrement plus important : il s?agit de restaurer la confiance des investisseurs dans la capacité de la zone euro à se redresser et surtout à se réformer. Dans les semaines qui viennent, les dirigeants européens devront donner deux types de signaux : d?abord se prononcer sur des réformes clés comme la mise en place de l?union bancaire européenne (avec ses deux bras financiers, le fonds de garantie des dépôts et le fonds de secours), le statut précis du MES, l?intégration budgétaire et fiscale, ce qui passe par de nouveaux abandons de souverainetés en matière de choix de politique économique dans les pays membres ; et en même temps, les dirigeants européens devront donner des signes à la Grèce qu?une renégociation partielle, voire à la marge, du plan de retour à l?équilibre des finances publiques est possible. A l?heure où nous écrivions ces lignes, les résultats de l?élection en Grèce n?étaient pas encore définitifs, mais Nouvelle Démocratie, Syriza et le Pasok semblaient être les formations politiques rassemblant le plus de voix. Ces trois formations veulent en fait la même chose : une renégociation du mémorandum signé avec le FMI et l?Union Européenne. Certes, l?ampleur de cette renégociation varie d?une formation à l?autre, mais on ne voit pas pour quel motif on n?engagerait pas cette discussion avec le gouvernement grec qui sortira des urnes.

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La France devra donc s?intégrer dans une discussion complexe, où le retour de la croissance peut rester le thème central, mais dans laquelle les questions de calendrier, et surtout la nature des outils et des actions à mettre en ?uvre seront cruciales. L?affrontement idéologique entre la France et l?Allemagne, si populaire soit-il à Paris ou à Berlin, ne peut en rien constituer une réponse aux défis posés à l?Europe. La France et l?Allemagne sont condamnées à trouver des réponses communes, avec l?ensemble des membres de la zone euro, et en particulier l?Espagne et l?Italie. C?est cette réalité là aussi que devra traiter François Hollande, le gouvernement et les parlementaires socialistes dans les semaines qui viennent.

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