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OpinionsÉditos

La gauche et le FN peuvent-ils peser sur la primaire de la droite ?

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 08 octobre 2016 à 05:16 - Mis à jour le 08 octobre 2016 à 13:48

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La primaire ouverte de la droite et du centre devrait offrir aux électeurs de la gauche mais aussi à ceux du front national de participer pour influer sur le résultat. Pour Juppé et Sarkozy, ces forces contraires vont-elles s'équilibrer ? Ou bien pervertir la clarté de l'exercice ?

10 % à 15% des électeurs de la primaire de la droite, les 20 et 27 novembre prochains, pourraient être des électeurs de la gauche. Ces invités surprise à la « primaire ouverte » appelée de ses voeux par Alain Juppé devraient massivement porter leur suffrage sur... Alain Juppé. De sorte que, face à une gauche au pouvoir impopulaire, avec un président sortant au plus bas, la primaire de la droite pourrait bien se transformer en premier tour de l'élection présidentielle. Voire s'y substituer totalement, conformément à un scénario annoncé où Marine Le Pen serait qualifiée d'office au second tour au printemps 2017. Alain Juppé serait alors élu président de la République dès la fin novembre...

Cette volonté d'une partie de l'électorat de la gauche, mais aussi du centre, de faire de cette primaire un tour de barrage contre l'ancien président Nicolas Sarkozy change évidemment complètement la nature de l'exercice. En 2011, il y avait bien eu sans doute quelques électeurs de droite pour participer à la primaire de la gauche, mais l'effet sur le scrutin n'avait pas été significatif, avec un Manuel Valls, le plus « droitier » des socialistes, cantonné à 6 % des voix. La situation est totalement différente pour la primaire de la droite à venir, alors qu'Alain Juppé a appelé sans états d'âme les « déçus du hollandisme » à se mobiliser en sa faveur. L'un de ses soutiens, Jean-Pierre Raffarin, l'a dit dans Libération : « On n'a pas affaire à des électeurs de gauche, mais à des électeurs déçus », nuance...

Cette stratégie inquiète le camp Sarkozy, qui a lancé fin septembre une pétition, « Non au vol de la primaire par la gauche ». N'en déplaise à Nicolas Sarkozy, le résultat de la primaire à droite pourrait toutefois être « équilibré », si l'on peut dire, en sa faveur par un autre phénomène prévisible, celui d'une participation importante des électeurs du Front national. Ceux-ci pourraient apporter leurs suffrages à l'ancien président, qui ne cesse de s'adresser à eux en orientant sa campagne sur le thème quasi unique de l'identité. Cette tentation a sa cohérence : pour un électeur du Front national, Alain Juppé est le candidat le plus dangereux, puisque le seul susceptible d'éliminer Marine Le Pen au second tour dans tous les cas de figure. Alors que l'hypothèse d'un match Sarkozy/Le Pen embarrasserait les électeurs de la gauche et du centre, et conduirait probablement à un scrutin plus serré en faveur de la candidate frontiste. Voire, pourrait permettre à Marine Le Pen de l'emporter ?

Eliminer, c'est choisir...

À vouloir à tout prix éliminer Nicolas Sarkozy, les électeurs de la gauche tentés par le vote aux primaires de la droite font toutefois peut-être un mauvais calcul. D'abord parce que même plus modéré et prudent que celui de ses compétiteurs, le programme d'Alain Juppé reste "de droite", et il en a assumé sans ambages le libéralisme jeudi lors de l'Emission Politique sur France 2 : suppression de l'ISF, réforme du marché du travail et des 35 heures, retraite à 65 ans, son programme n'est pas vraiment socialiste... Ensuite parce qu'elle priverait François Hollande de sa seule chance de l'emporter. Le chef de l'État a, à plusieurs reprises, désigné en Nicolas Sarkozy son adversaire préféré, tablant sur le même rejet que celui qui lui avait permis de l'emporter en 2012. Encore faut-il bien sûr que François Hollande puisse accéder lui-même à la possibilité de se présenter. La courbe de l'inversion du chômage ne plaide pas en ce sens, mais il reste encore quelques mois à François Hollande pour se bercer de l'illusion que la donne peut changer. La primaire de la gauche, fin janvier, est faite pour lui offrir un marchepied vers une candidature, alors que peu de ses compétiteurs pressentis ne semblent en mesure de le battre. Il a donc toutes les chances de s'y qualifier... sauf à ce que les électeurs de droite ne décident d'y participer à leur tour, pour éliminer François Hollande !

On assisterait alors à un scénario totalement inédit où les électeurs de chaque camp participeraient à la primaire de l'autre camp pour participer au « casting » de la vraie élection. Hypothèse pas si absurde dans la mesure où une majorité de Français ne veut pas entendre parler d'un match retour de la présidentielle de 2012. La popularité d'Emmanuel Macron, qui surfe sur le brouillage des lignes traditionnelles entre la gauche et la droite, traduit bien cette attente d'un renouveau. La seule chance de Macron, ce serait que François Hollande jette l'éponge...

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Ce comportement erratique des électeurs n'est toutefois pas un signe de bonne santé de notre système démocratique. Il ne s'explique que par le fait qu'il n'y a qu'en France qu'un ancien président battu et un président sortant crédité de seulement 15 points de popularité peuvent encore espérer se présenter aux suffrages des électeurs. Dans tout autre pays, ils seraient éliminés d'office, et chaque camp pourrait ainsi soutenir son propre champion. Ou le rechercher dans le cadre de vraies primaires, au lieu du spectacle pitoyable offert par le jeu pervers de ce simulacre de démocratie d'appareils.

Philippe Mabille

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