#NuitDebout : Homo erectus ou Homo habilis ?

 |   |  808  mots
La France de ce printemps 2016 a des petits airs révolutionnaires, qui rappellent le printemps 1968, mais de loin.
La France de ce printemps 2016 a des petits airs révolutionnaires, qui rappellent le printemps 1968, mais de loin. (Crédits : DR)
Né spontanément place de la République à Paris, un mouvement bigarré, encarté ni dans un parti ni dans un syndicat, a muté en un mélange d'Occupy Wall Street et de Podemos à la française. Il demande certes le retrait de la loi Travail, mais manifeste aussi le désir d'une autre forme de débat citoyen. Ce désir de renouveau démocratique interpelle les politiques de tous bords.

Le Medef, qui rejoint la CGT comme principal opposant à la loi Travail de Myriam El Khomri, dont la dernière version pourrait, selon Pierre Gattaz, être encore plus défavorable à l'emploi que la situation actuelle ! Une ministre du Travail qui ne chôme pas pour tenter de faire passer un texte que plus personne ne défend, tant il paraît éloigné des besoins de l'économie du XXIe siècle. Un mouvement #NuitDebout, né spontanément place de la République à Paris, pour demander non seulement le retrait de cette loi, mais aussi pour manifester le désir d'une autre forme de débat citoyen. La France de ce printemps 2016 a des petits airs révolutionnaires, qui rappellent le printemps 1968, mais de loin. Du côté des points communs, quelques signaux faibles : une affiche de la CGT contre les « violences policières », qui fait polémique ; la peur du « péril jeune » qui angoisse tout gouvernement lorsque lycéens et étudiants sortent dans la rue. Les jeunes, tout comme l'inflation, c'est à l'image de la pâte dentifrice sortie du tube : plus facile de l'en faire sortir que de l'y faire rentrer. Manuel Valls a eu beau lâcher 500 millions d'euros pour les boursiers, les apprentis et les mutuelles étudiantes, et évoquer la piste d'un RSA pour les jeunes précaires entre 18 et 25 ans, la révolte est toujours là et semble partie pour durer, car c'est aussi et surtout une angoisse face à l'avenir du travail qui rassemble ces jeunes de toutes origines. "Qui sont ces voyous?", avait demandé Hubert Beuve-Méry, l'ancien patron du Monde, à l'un de ses journalistes, en mai 1968 : "Ce sont nos enfants, patron!", lui avait-il été répondu.

Certes, le gouvernement table sur l'essoufflement du mouvement avec les vacances scolaires. On le vérifiera lors de la nouvelle manifestation, le 28 avril, et surtout le 1er mai, qui donnera cette année à la fête du Travail une résonance particulière. Mais la colère qui gronde en France, en revanche, ne semble pas près de s'arrêter. Sage pendant quatre ans, la société française s'est réveillée. Ce mouvement bigarré n'est pas encarté dans un parti ni un syndicat, mais a muté en un mélange d'Occupy Wall Street et de Podemos à la française. Il ne sait pas bien où il va, mais il annonce un désir de renouveau démocratique qui interpelle les politiques de tous bords.

Trouver les outils pour réparer une démocratie en panne

Qu'il y ait, un an avant l'échéance présidentielle, un sentiment de trahison chez les électeurs de François Hollande, quoi de plus compréhensible. Cette France n'avait pas voté pour cette politique-là, et elle le fait payer cash au président dont les scores d'impopularité battent tous les records. S'il continue ainsi, il va finir par trouver du pétrole, pour paraphraser le mot du député André Santini, à propos d'Alain Juppé pendant les grandes grèves de l'hiver 1995. Vingt-et-un ans plus tard ( !), Alain Juppé est le seul à être crédité d'un score supérieur à celui de Marine le Pen au premier tour, si l'élection présidentielle avait lieu aujourd'hui. Comme quoi, en politique, on n'est jamais mort ! Alain Juppé le sait pourtant : il doit en partie cette popularité au fait qu'il est devenu le recours des Français contre un match retour Hollande-Sarkozy, en 2017.

Que faut-il attendre de l'Homo erectus qui s'est « assis debout » place de la République à Paris ? Son discours pseudo-révolutionnaire - ce jeudi 21 avril, nous sommes le 51 mars... - ne donne guère d'indication. Anticapitalistes et anarchistes côtoient des gens, jeunes et moins jeunes, qui ont juste envie d'échanger, de s'exprimer, de chercher d'autres voies. La façon dont une partie de la foule a hué l'intellectuel Alain Finkielkraut a cependant desservi l'image démocratique d'un mouvement qui dit tout et rien à la fois. Le mouvement En Marche d'Emmanuel Macron connaît lui aussi ses premiers ratés, la couverture avec son couple exhibé dans Paris Match ayant desservi celui qui affirme vouloir faire de la politique autrement.

#NuitDebout, En marche ou simple citoyen, il reste à espérer que l'Homo politicus du printemps 2016 devienne aussi Homo habilis, qu'il devienne capable de fabriquer les nouveaux outils qui lui permettront de réparer une démocratie en panne.

Avec Internet, les réseaux sociaux, et même la fameuse « blockchain » - que l'on dit apte à garantir le vote électronique sécurisé -, les nouvelles technologies pourraient venir au secours de cette démocratie 2.0 naissante. Le pouvoir appartiendra peut-être à celui ou celle qui saura s'en approprier les usages. Et trouver dans l'intelligence de la multitude la direction vers où aller. Pour l'heure, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a de la friture sur la ligne...

@phmabille

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 21/04/2016 à 18:11 :
On empêche un certains nombre de rassemblements en raison de l'état d'urgence, et on tolère ces "nuits debout", de nuit qui plus est, depuis plusieurs semaines, alors qu' on demande simultanément la prolongation de l'état d'urgence.
Ne manque t on pas singulièrement de cohérence à la tête de l'état?
a écrit le 21/04/2016 à 17:21 :
biensur c'est homo erectus depuis La guerre du feu avec une nana qui se coiffait au bord de l'eau ( le mirroir n'était pas encore inventé poiur les nuls) et l'homme cromagnon l'avait sautée dessus d'une façon erectus barbare
a écrit le 21/04/2016 à 15:59 :
Ces jeunes qui veulent une vrais démocratie, ne prennent même pas la peine de voter tous les 5 ans( trop dure). Personnages ultra minoritaire dans la société, ils veulent diriger la majorité.ou alors nous ne parlons pas de l a même chose, ceci étant le dictionnaire existe. Une bande de bobo avec des études longues sans emplois à la fin ( socio, physio, histoire-gros) et des smartphone a 700€. Qui se prennent pour le Che.
a écrit le 21/04/2016 à 10:20 :
pour le 1er Mai est prévu un grand rassemblement du mouvement NuitsDebout avec les syndicats, avec un parcours prolongé de Nation à République.
ça prend une belle tournure cette affaire, j'ai comme l'idée que la mayonnaise va prendre...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :