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ÉconomieFrance

#En Marche, le mouvement politique lancé par Emmanuel Macron pour 2017

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 06 avril 2016 à 18:23 - Mis à jour le 08 avril 2016 à 12:26

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La fusée Macron, c'est parti. Le jeune ministre de l'Economie a lancé hier soir son mouvement politique, dénommé En Marche, pour dépasser les clivages droite-gauche et construire une majorité "autour d'idées neuves en capacité de les mettre en oeuvre". Au menu : une plateforme internet pour construire la France de demain avec une génération nouvelle et sortir des "blocages" en refondant "par le bas" de nouveaux consensus.

Emmanuel Macron connaît sans doute la fable du "Lièvre et de la Tortue" : rien ne sert de courir, il faut partir à point. C'est donc ce mercredi 6 avril, au cours d'un "débat citoyen" organisé à titre privé dans sa ville natale d'Amiens, durement frappée par les restructurations industrielles (Goodyear), qu'à 38 ans, l'actuel ministre de l'Economie, de l'industrie et du numérique, a décidé de franchir le Rubicon. Malgré l'avis de ceux de ses amis qui lui conseillaient de patienter encore un peu, le timing n'étant pas idéal, c'est au terme d'une de ces discussions qu'il affectionne en stand-up avec un public varié, qu'Emmanuel Macron a donc levé le voile sur un projet qui mûrissait dans l'ombre depuis l'automne : le lancement d'un mouvement politique nouveau, qu'il annonce transpartisan et positionné en dehors du clivage traditionnel gauche-droite, mais ouvert à tous ceux qui voudront le rejoindre, même s'ils sont déjà adhérents d'un parti républicain quel qu'il soit.

"En Marche", c'est donc le nom choisi pour ce qui n'est pas un parti, mais une "dynamique", construire un projet pour avancer sur la voie de solutions nouvelles et débloquer la France. En Marche, c'est amusant, cela correspond aussi aux initiales d'E.M. Emmanuel Macron. On n'est jamais mieux servi en politique que par sa propre mégalo, cela fait partie du jeu... En Marche, c'est aussi une plateforme, numérique bien sûr, une sorte de réseau social qui aura son site internet (enmarche.fr, en carafe hier, signe que le serveur a sauté...) et son hashtag (mot dièse #Enmarche) afin de capitaliser sur l'effet démultiplicateur de la société digitale.

L'annonce du nom du mouvement a d'ailleurs fait le buzz sur la Toile. Entre les partisans, qui se sont écriés "Enfin", et les opposants, comme celui qui conseille au "banquier" Macron de courir plutôt (...), le résultat est qu'au final, on en a parlé, sur Twitter en tout cas, au moins autant que de #NuitDebout place de la République, pas vraiment enthousiaste. #EnMarche donc, mais "vers où". Entre ceux qui comme la secrétaire d'Etat Pascale Boistard ont tweeté la chanson de Jean-Jacques Goldman ("Je marche... seul") et la page Facebook perso d'EM ("La meilleure nouvelle de l'année" ; "Enfin un espoir et du renouveau en politique"), il y en avait pour tous les goûts !

Candidat en 2017 ?

"J'ai mis du temps, j'ai consulté, et j'ai décidé qu'il est temps de se mettre en marche", a justifié le ministre qui dit "assumer le fait d'appartenir à un gouvernement de gauche" tout en conduisant cette démarche personnelle. "Je ne sais pas si cela va réussir, mais il faut prendre des risques", a-t-il lancé, déterminé. Petite info révélée sur twitter : le ministre avait averti François Hollande de son initiative ce samedi. Feu vert de l'Elysée donc, apparemment. Il est vrai que le chef de l'Etat, qui a "fait" Macron ministre, a pour son ancien conseiller les yeux de Chimène, dit-on.

Et, de fait, la candidature à l'élection suprême n'est pas la "priorité" (sic) d'Emmanuel Macron mais pour tous les observateurs, elle ne peut être exclue si les conditions politiques la rende possible. Emmanuel Macron a certes à maintes reprises fait état de sa loyauté à François Hollande, candidat naturel pour 2017, mais qui sait, si jamais la courbe du chômage ne s'inversait pas et si l'actuel président était empêché d'y aller, de peur de faire perdre son camp, la donne pourrait changer. Et la bataille sera alors âpre et sans merci entre les ténors du PS, de Manuel Valls à Arnaud Montebourg et consorts. Et François Hollande a tout intérêt à brouiller le jeu en laissant partir la fusée Macron, histoire d'occuper les esprits de ses potentiels rivaux à une hypothétique primaire à gauche...

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Refonder par le bas

L'originalité de la démarche d'Emmanuel Macron réside donc dans son audace. Non encarté au PS, ce que les caciques du parti reprochent à ce jeune impudent qui n'hésite pas à dire que nul n'est besoin d'être élu pour briguer la magistrature suprême. Ce qui est au fond tout à fait exact et dans l'esprit des institutions de la Vème République. L'élection présidentielle, en France, reste avant tout la rencontre d'un homme, et de son projet, avec un peuple.

Ce côté gaullien, homme providentiel, ne semble pas vraiment l'axe sur lequel Emmanuel Macron compte jouer. Au contraire, il veut bâtir quelque chose de collectif, pour "refonder par le bas", "créer une dynamique" et travailler avec des femmes et des hommes de tous horizons. "Il faut construire la France de demain avec une génération nouvelle, des idées neuves et radicales" et s'appuyer pour cela sur un préalable : "mener un débat transparent et ouvert, animé si besoin, pour chercher les réponses" aux maux français.

S'attaquer aux blocages et aux corporatismes

Un appel aux hommes et aux femmes de bonne volonté, en dehors des partis traditionnels, pour s'attaquer aux "blocages". L'objectif est de former une "majorité des idées" et ainsi "être capable de les mettre en oeuvre". Car, Emmanuel Macron ne le cache pas, il l'a dit à Amiens, comme ministre aujourd'hui, il se sent "empêché", entravé par les pesanteurs et les corporatismes, qu'il a désigné comme le principal facteur de résistance au changement. Non qu'il ne comprenne pas ces blocages, mais il appelle à les dépasser, pour instituer une société ouverte, de la mobilité et des nouvelles opportunités.

"Avoir l'ambition apaisée"

Ce qui porte Emmanuel Macron, "c'est le sentiment qu'il y a une énergie dans le pays et une lucidité chez les Français qui ont conscience que le moment est venu de changer, de s'adapter". "Notre pays a besoin d'apaisement mais aussi d'ambition. Je suis pour l'ambition apaisée". Face à la grande transformation économique, qu'il appelle la "mondialisation numérique accélérée", il faut offrir de nouvelles opportunités pour assurer l'égalité réelle des chances. Si on pense que l'on produira demain des voitures comme aujourd'hui, "nous sommes morts" et condamnés à la "décadence", dit-il. Ne pas se préparer au monde qui vient, ce serait nous rendre "plus vulnérables encore que nous ne le sommes", a-t-il soutenu.Il faut donc "rebattre les cartes et accepter d'entrer dans une société du risque, en donnant de nouveaux droits et de nouvelles sécurités pour inciter les gens à prendre plus de risques". "On entre dans une économie du risque absolu" et plutôt que de faire l'autruche, nous devrions fonder "de nouvelles régulations en renonçant à la nostalgie des 30 Glorieuses". Macron, Gramscien, le dit en creux : le monde ancien n'est plus mais le monde nouveau n'est pas encore et selon lui, c'est cela qui devrait concentrer toute notre énergie, plutôt qu'à essayer de protéger ce qui ne pourra survivre.

Ainsi, le ministre a dénoncé le paradoxe français, qui veut "qu'on stigmatise l'échec et que l'on ne célèbre pas la réussite" : dans le monde nouveau, "il faudra pouvoir échouer plus vite, pour pouvoir recommencer et rebondir", a-t-il avancé, faisant l'apologie des entrepreneurs et de la startup génération.

L'Europe revient dans l'histoire

Le deuxième enjeu tectonique du monde qui vient, selon Emmanuel Macron, c'est la "nouvelle donne géopolitique", avec le terrorisme, les guerres, la crise des réfugiés, qui nous bouscule de l'extérieur. Face à ces défis, Emmanuel Macron ne voit d'autres options que l'Europe, parce qu'à la confluence de la Méditerranée et de l'Afrique, elle "revient dans l'histoire". Mais c'est d'une autre Europe dont rêve Emmanuel Macron, une Europe "plus intégrée et plus solidaire", qui doit se refonder d'abord autour du couple franco-allemand, quitte à s'affranchir du périmètre de l'Union élargie à 28 ou de la zone euro. En clair, selon lui, un coeur de pays, peut-être réduit au début, doit avancer vers une union plus politique. Pour cela, la France et l'Allemagne, où se tiendront simultanément des élections générales en 2017, doivent faire un pas l'une vers l'autre. La France pour accepter malgré le traumatisme du référendum de 2005 un nouveau traité; et l'Allemagne pour accepter une véritable union des transferts.

Macron, combien de divisions ?

Emmanuel Macron a donc un projet politique, désormais un mouvement pour mobiliser la société civile. Il a aussi des soutiens, encore peu nombreux dans le monde politique traditionnel (mais il reçoit beaucoup d'élus à Bercy depuis le début de l'année), mais en revanche beaucoup plus dans le monde économique et notamment l'écosystème des entrepreneurs. La fusée est lancée, mais ira-t-elle au bout ? Servira-t-elle de paravent pour accélérer la refondation du parti socialiste vers plus de modernisme, alors qu'avec la loi travail s'impose une clarification idéologique à gauche ? Dans tous les cas, Emmanuel Macron n'a rien à perdre à prendre les devants. Lui qu'on appelle parfois le "Mowgli" de la politique, l'enfant de droite perdu élevé dans une famille de gauche contre sa nature, refuse d'entrer dans les cases. Et il se pourrait bien, si "En marche" prend dans l'opinion, qu'il se rende indispensable des deux côtés de l'échiquier. Multicompatible, avec Hollande comme avec Juppé, est-il un Talleyrand, prêt à se vendre, ou bien un Turgot, réformateur libéral et philosophe à ses heures ? Ses défenseurs parient sur sa "sincérité".

Un grand destin et de grands desseins ?

Son grand avantage est son âge, et le fait qu'il incarne le renouveau, à un moment où les Français portent un regard sévère, sans concession, sur les jeux d'appareil, et appellent ce renouvellement. Jusqu'à devenir Premier ministre, voire président en 2017 ou après ? On sait, par Jacques Attali, l'un de ses mentors (Emmanuel Macron a été le rapporteur de la commission éponyne sous Nicolas Sarkozy) qu'Emmanuel Macron se croit promis à un grand destin depuis longtemps. Comme on dit, il y pense en se rasant ! Et après tout, c'est bien son droit, à condition qu'au grand destin s'associe aussi de grands desseins...

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A La Tribune, cet hiver, Emmanuel Macron confiait que pour 2017, "vous pouvez compter sur moi" ! Invité lundi 4 avril lors de la remise des prix La Tribune Jeune Entrepreneur, il nous avait confié que la vie politique avait parfois des côtés "romanesque". Le fait qu'il ait eu l'audace de se lancer prouve qu'il a du courage -il en faut- et le goût de l'aventure. Elle commence maintenant et il sera intéressant d'observer comment Emmanuel Macron parviendra à combiner sa place de ministre au sein du gouvernement de Manuel Valls et la mise en orbite de son mouvement. Pourra-t-il rester ? Cherchera-t-il le bon moment pour sortir ? Une chose est sûre : les relations, déjà tendues entre Emmanuel Macron, interdit de loi sur les nouvelles opportunités économiques, éparpillée façon puzzle chez El Khomri et Michel Sapin, et le Premier ministre Manuel Valls, lui aussi candidat à incarner l'alternative à François Hollande, ne sont pas prêtes de se réchauffer...

Philippe Mabille

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