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"Françallemagne", année zéro...

Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune

Publié le 05 décembre 2011 à 08:03 - Mis à jour le 05 décembre 2011 à 08:05

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Au début des années 2000, c'était la France qui allait bien et l'Allemagne qui était l'homme malade de l'Europe. En une décennie, tout s'est renversé, parce que les choix de politique économique ont divergé. Cette situation est réversible, à condition de ne pas céder aux tentations nationalistes. C'est d'une union franco-allemande dont l'Europe a besoin.

Angela Merkel arrive ce lundi à Paris dans un climat nauséabond. La poussée de germanophobie qui a saisi une partie du Parti socialiste (Montebourg évoquant Bismarck en parlant de la chancelière, Le Guen comparant le chef de l'Etat à Daladier) rappelle les débats qui ont accompagné, il y a vingt ans, la signature du traité de Maastricht, quand Philippe Séguin dénonçait un "Munich monétaire" face à François Mitterrand.

Dans la campagne de 2012, la germanophobie s'installe assez curieusement à front renversé. C'est le PS qui s'inquiète d'un "Munich budgétaire" quand Angela Merkel réclame une union fiscale stricte au sein de la zone euro, assortie de sanctions automatiques contrôlées par le juge européen. Et c'est la droite post-gaulliste qui joue les fédéralistes en se ralliant, certes, avec d'importantes nuances, notamment sur l'automaticité des sanctions, aux thèses allemandes. Le mal vient de ce que, en France, l'Europe, qui devrait être un objet de consensus, est toujours le parti de celui qui est en responsabilité, parce que c'est le seul choix possible pour la France et ses 65 millions d'habitants dans la mondialisation. Certes, François Hollande, qui se rend ce mardi à Berlin, a tenté de calmer le jeu, mais son projet présidentiel, encore bien flou, risque de se heurter au retour de la fracture européenne au sein du PS.

La nouvelle étape proposée par Angela Merkel pour sortir la zone euro de la crise - le transfert de la souveraineté budgétaire - n'est pourtant que la suite logique du choix de la monnaie unique. Il est pour le moins curieux de voir la classe politique française s'en offusquer, elle qui n'a cessé de vouloir proposer à l'Allemagne un "gouvernement économique" de la zone euro qui n'était rien d'autre qu'une gouvernance renforcée.

Tout le problème vient de ce que la France n'a jamais agi en conformité avec cette affirmation. Tout au long de la dernière décennie, ses dirigeants n'ont cessé de se comporter comme si la France pouvait s'affranchir de toute convergence avec son puissant voisin. Cela a commencé en 1997 avec les 35 heures imposées par un Lionel Jospin porté par les performances économiques brillantes de notre pays.

A l'époque, c'était la France qui allait bien et l'Allemagne l'homme malade de l'Europe. Affaiblie par sa réunification, elle avait perdu sa légendaire compétitivité et délocalisait à tout va dans les pays de l'Est. En 2000, le commerce extérieur français était largement excédentaire et Lionel Jospin se prenait à rêver au plein-emploi.

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Dix ans plus tard, la situation s'est radicalement inversée et la vérité oblige à constater que c'est la France qui a divergé. Le laxisme budgétaire des gouvernements de droite - qui se sont assis sur les règles du Pacte de stabilité, et ne portant intérêt qu'au deuxième terme du Pacte, la "croissance" - a fait perdre à la France tout son avantage comparatif, pendant que l'Allemagne faisait, avec Gerhard Schröder et son "Agenda 2010 ", un choix radicalement inverse.

Nicolas Sarkozy n'a pas été en reste. Il est pour le moins piquant de voir que le même homme qui, jeudi soir à Toulon, évoque la nécessité de l'union entre la France et l'Allemagne, s'est invité au début du quinquennat (ce qu'aucun chef de l'Etat n'a jamais osé faire) à une réunion des ministres des Finances de l'Eurogroupe pour expliquer à l'Allemagne qu'il n'avait pas l'intention de respecter les engagements de réduction des déficits pris par ses prédécesseurs parce qu'il devait mettre en oeuvre les 15 milliards d'euros de dépenses annuelles de son programme dit de "rupture". La loi Tepa, dont il ne reste presque plus rien, sauf l'exonération fiscale et sociale des heures supplémentaires, a été le crime budgétaire du quinquennat.

C'est parce qu'Angela Merkel sait que l'on ne peut pas faire confiance à la "culture de stabilité" des Français qu'elle propose aujourd'hui une véritable union. Cette main tendue est une chance à saisir, parce qu'elle peut permettre de remettre les politiques économiques des deux pays en phase. C'est tout l'enjeu du sommet européen qui se tient à la fin de la semaine.

Soit la France et l'Allemagne avancent unies, soit l'Europe implosera. L'union franco-allemande n'est pas qu'un choix forcé par les circonstances. Ce serait le principe refondateur d'un Agenda 2020 qui redonnerait force et vigueur au projet européen. L'Allemagne ainsi rassurée acceptera de meilleure grâce la solidarité financière réclamée par l'urgence de la situation en assumant ses nouvelles responsabilités. Parce que c'est son intérêt de première puissance exportatrice au sein de la zone euro, elle n'a aucune envie de tout faire exploser.

Philippe Mabille, directeur adjoint de la rédaction de La Tribune

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