Retraites : Hollande ou l'indécision permanente

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Sur le dossier des retraites, qui appelle certes des débats importants, François Hollande fait preuve de flou et d'incohérence. Ce qui est sûr, c'est que sa proposition d'élargir le dispositif « carrières longues » représenterait un vrai gouffre financier, et qu'elle ne résoudrait en rien la question de la pénibilité du travail.

Une fois de plus, les propos récents de François Hollande sur la réforme des retraites jettent le trouble sur les véritables intentions de celui qui s'est déjà autoproclamé « prochain président ». En indiquant vouloir élargir le dispositif « carrières longues » à ceux qui ont travaillé à partir de 18 ans et en ne remettant pas en cause le recul de l'âge légal ou de la durée de cotisation, le candidat socialiste fait le choix de ne pas choisir, restant dans le flou qui lui a été reproché jusque dans son propre camp.

Le vieillissement de la population a des conséquences si importantes qu'il nous amène à repenser le financement des pensions, la création d'un nouveau risque dépendance, la durée du travail tout au long de la vie, et plus globalement le lien entre les générations au sein de l'entreprise. Et sur ces enjeux incontournables, le candidat socialiste botte en touche en formulant une idée incohérente, légère et injuste.

Premièrement, François Hollande poursuit l'incompréhensible feuilleton du Parti socialiste sur la réforme des retraites. Après les tergiversations de Martine Aubry sur le recul de l'âge légal et la promesse du retour pur et simple à 60 ans en cas de victoire, et devant les opinions difficilement conciliables qui ont vu le jour lors des primaires, le candidat socialiste contredit désormais le projet qu'il est censé porter, en laissant entendre qu'il faudra allonger la durée de cotisation et en devenant plus qu'évasif sur le recul de l'âge légal. Ce discours fait d'incohérences verbales manque d'une vision claire, et les Français ont précisément besoin, à l'heure de la crise, de cette vision.

Deuxièmement, cette proposition est particulièrement légère. D'une part, elle représente un tsunami financier pour l'équilibre des comptes de l'assurance vieillesse, puisque 25 % des assurés actuels pourront avancer leur fin d'activité de quelques mois. D'ici à 2020, ce sont 20 milliards d'euros en moins pour les comptes sociaux et tout autant pour les pensions des Français. D'autre part, cette suggestion s'accompagne d'une promesse de négociation sur le dossier des retraites après les élections, dont on ne peut connaître l'aboutissement.

Troisièmement, ce gouffre financier ne répondra pas à la question de la souffrance au travail, qui dépasse très largement les carrières longues. Plutôt que de réfléchir, par exemple, à une prise en compte individuelle de la pénibilité à travers tous les secteurs de l'économie, le candidat socialiste se contente de prôner l'élargissement du dispositif carrières longues, qu'il a paradoxalement combattu avec l'opposition socialiste en 2003 et en 2010. Il est vrai que le bilan du Parti socialiste en matière de retraite est plutôt maigre : après s'être contenté de créer en 2000 un conseil d'orientation peu écouté tout en finançant un fonds de réserve assis sur les fluctuations des marchés, l'opposition se contente depuis 2003 de nier la réalité du vieillissement de la population, en pratiquant l'obstruction au Parlement et la démagogie devant les Français.

Bien sûr, la réforme de 2010 appelle une mise à jour et une évaluation, qui est prévue par la loi en 2013. Les élections prochaines représentent ainsi une occasion utile de débattre du modèle social et du financement des pensions, en traitant notamment les questions d'iniquité et d'inégalités encore persistantes. Un système dans lequel coexistent 36 régimes de retraite différents est-il toujours équitable ? Les catégories les plus vulnérables qui ont peu cotisé ou qui ont traversé des accidents de la vie sont-elles suffisamment prises en compte (mères de famille, parents d'enfants handicapés, personnes handicapées, chômeurs de longue durée...) ? N'est-il pas temps d'inciter les entreprises à jouer un rôle plus important en faveur de la prévention des risques au travail ? Comment trouver des financements innovants, en développant par exemple une épargne retraite dès l'entrée dans la vie active ? Des questions demeurent et doivent susciter de nouvelles idées. Mais sur chacune de ces interrogations, le candidat socialiste manque cruellement d'audace et de détermination.

Enfin, cette indécision est d'autant plus navrante que François Hollande en est souvent coutumier. Sur le nucléaire, il s'est dédit à plusieurs reprises, en signant avec Europe Écologie-les Verts un accord qu'il a aussitôt dénoncé devant les Français. « Élisez-moi, ensuite on verra » pourrait bien résumer la feuille de route de François Hollande. Mais les Français pourront-ils voter en confiance pour un homme dont les avis ne sont ni arrêtés ni assumés ? La France mérite une opposition plus inventive, plus constructive et surtout plus claire dans ses engagements.

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Commentaires
a écrit le 29/03/2012 à 4:13 :
La France n'aime pas Sarko , ce flan sera probablement élu de peu ...... peu de temps après on regrettera l'agité !!!
a écrit le 17/02/2012 à 11:44 :
Moi je n'oublierai pas comment lors des grandes manif,le pouvoir n'a pas tenu compte des revendications des milliers de personnes qui sont descendus dans la rue,vivement le 6 mai 2012.....Moi je suis entravail posté,avec la nouvelle loi 44ans de cotisation pour un départ à 62ans dont 43ans de nuit....Mr Robinet venez faire un petit tour à l'usine seulement une nuit et vous dormirer pendant 3jours.....Sans rancune seulement réaliste...
a écrit le 27/12/2011 à 16:34 :
Le candidat Hollande a les mains et les pieds liés par son parti. De plus les VERTS MINENT son raisonnement car ils s'affranchissent de toutes réalités et sont perpétuellement dans la démagogie. Je plains ce pauvre Hollande car essayer d'avoir un programme cohérent avec tous ces paramétres, c'est pratiquement impossible à moins d'avaler son chapeau et de faire bande à part. Mais, la, je crois qu'il n'a pas l'envergure et l'ambition pour se dédouaner de ces partenaires. Nous verrons en Janvier lorsque son équipe de campagne va nous dévoiler le programme.
a écrit le 27/12/2011 à 10:40 :
Et bien! Après avoir lu pratiquement tous les commentaires, je reste interloqué! Si certains font preuve de bons sens, beaucoup d'autres ont des réactions partisanes, et se laissent aveugler par leur parti pris... Simple constat: depuis 30 ans, la France est mal gérée, à tous niveaux, et quelle que soit la couleur des gouvernements au pouvoir. droite ou Gauche, même combat! Ils ne visent que le pouvoir et la défense de leurs intérêts, et n'on rien à foutre des concitoyens que nous sommes... sauf en période électorale!

La France souffre de nombreux maux ayant la même origine: hyper individualisation des élites, non représentativité des partenaires sociaux, corporatismes désuets, lobbyings divers et variés pour défendre des intérêts privés, au détriment du bien commun, dirigeants complètement déconnectés de la réalité du terrain et des contraintes quotidiennes que nous subissons, tout cela menant à la situation actuelle.

Nous n'avons que 2 moyens d'action: notre bulletin de vote (quant à moi, je ne voterai ni UMP, ni PS, ni extrêmes, les 2 premiers ayant fait la preuve de leur incurie et de leur incompétence, les autres n'étant pas tout simplement crédibles, leurs propositions étant complètement déconnectées des réalités mondiales...), et en dernier recours... la révolution!

Alors, faites tous preuve d'un peu de recul, de tolérance, d'écoute, et analysez bien les propositions des prétendants au trône, tout en se renseignant sur leurs actions passées, témoins de leurs réelles capacité et intentions...

Et bonnes fêtes à tous!
a écrit le 24/12/2011 à 15:52 :
le fond du problème des caisses de retraites résulte d'un taux de chômage élevé.
Il est urgent de favoriser la création d'entreprises ou d'encourager le retour en france des emplios perdus.
Réponse de le 25/12/2011 à 3:41 :
Ah ben ça, on s'en serait douté. J'espère que vous ne venez pas de le découvrir, parque ce que vous venez d'écrire, tout le monde le savait déjà.
a écrit le 24/12/2011 à 15:25 :
"ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et Les mots pour le dire arrivent aisément " , le problème avec Hollande c'est que son équipe de concepteurs sont tristement incapables de se mettre d'accord ce qui laisse prévoir un beau b.... Au mois d'Avril !.
Réponse de le 24/12/2011 à 17:50 :
Si la clarté du propos est une marque de bonne conception des choses et des idées comme l'a écrit il y a quelques siècles l'autre Nicolas (Boileau), alors notre président a sur ce point un réel handicap. Grossièretés, onomatopées, phrases interrompues, non maîtrise de soi, sont le lot commun de ses interventions. Heureusement que Gaino est là pour écrire ses discours!
Réponse de le 24/12/2011 à 22:13 :
Vous bottez en touche mon cher, peut faites vous partie de l'équipe en question, quant à l'autre Nicolas, je dirais que vos qualificatifs témoignent d'une clarté sans équivoque !
a écrit le 24/12/2011 à 15:00 :
DACCORD AVEC RYTOX ? POURQUOI MR SARKOZY QUI EST LA DEPUIS DIX ANS
GOUVERNEMENT ET PRESIDENT

POUR QUEL RESULTAT !!!!!!!!!
a écrit le 24/12/2011 à 14:33 :
Je ne vois vraiment pas comment on peut parler d'indécision concernant les propos du candidat Hollande. Il me semble avoir été suffisamment clair dans l'énoncé de ses propositions. Mais peut être qu'à l'UMP a-t-on à faire à des mal-comprenants. L'UMP n'a plus rien à proposer qu'une critique permanente des socialistes! C'est minable! Il est grand temps que la France se débarrasse de Sarkozy, ce président agité et de sa clique de courtisans qui ont conduit notre pays à la quasi-faillite pour gonfler la fortune des nantis.
Réponse de le 25/12/2011 à 3:48 :
D'accord pour écarter sarkozy du pouvoir, mais Hollande, tout ce qu'il vise, c'est son nom dans le dictionnaire. Il ne règlera aucun problème et nous mettra un peu plus dans la merde. Aujourd'hui, nos élus sont des carriéristes. Ils ne voient que la place et ses avantages et pas l'intérêt des citoyens. Il n'est certes pas facile de rétablir la situation de la France, mais quand on voie les programmes des uns et des autres, qui par ailleurs reporte la faute de la crise sur l'autre, je ne vois les améliorations possibles. Il est temps de renverser les pouvoirs en votant pour des gens autres qui n'ont pas fait montre de leur incompétence.
a écrit le 23/12/2011 à 18:12 :
l'indécision permanente en référence au "coup d'état permanent" de Mitterrand? Bravo l'originalité! Qu'a fait la droite depuis 1995?
Réponse de le 24/12/2011 à 17:30 :
la droite a fat ce que la gauche n'aurait jamais pu faire valtech
a écrit le 23/12/2011 à 18:04 :
les retraites c'est simple :
Quand on a suffisamment cotisé, on la prend que ce soit 60, 61 ou 62 avec une date limite à 62 où s'il manque des cotisations il y a décote, mais avec le droit de la prendre ou non.

A 62 ans j'aurai 43 ans 1/2 de cotisation ayant commencé a 19 ans 1/2 + 1 an de boulot divers pendant les vacances, je veux partir à temps plein quand j'aurai les années requises et non pas cotiser pour rien...
a écrit le 23/12/2011 à 17:14 :
MARINE 2012!!
Réponse de le 24/12/2011 à 12:38 :
avec Marine, il n'y aura plus de retraite ! il n'y aura que du servage , de la misère , et des riches toujours plus riches !!!!
Réponse de le 25/12/2011 à 3:50 :
@MISERE : C'est déjà le cas aujourd'hui, autant donner à manger à Marine qui elle n'a pas encore trempé dans les magouilles de nos dirigeants.
a écrit le 23/12/2011 à 17:12 :
Monsieur Hollande ne sait que critiquer et il ne présente rien de concret.Le président de la République n'est pas un homme qui ne sait pas ou il va,il faut en avertir les Français et les avertir que nous avons affaire à un inconscient qui n'est pas à la hauteur de la tache d'un chef d'état.
Réponse de le 25/12/2011 à 3:52 :
Tout juste Guilers, avec le Front National nous élirons au moins une personnalité qui jusque là a les mains propres.
a écrit le 23/12/2011 à 16:48 :
C'est exact que Hollande n'est pas clair. Il n'arrive pas à proposer autre chose que la poursuite des contre-réformes insensées de Sarkozy. Comment oser proposer l'augmentation des annuités nécessaires alors qu'en moyenne les salariés français cotisent 35 ans au maximum ?! Que Sarkozy se moque que la moitié des retraités se retrouvent au minimum vieillesse, c'est logique. Que Hollande lui emboîte le pas, c'est lamentable. Une meilleure répartition des richesses permettraient de financer les retraites sans problème, sauf qu'il faudrait revenir sur les baisses d'impôts accordées aux riches depuis longtemps (bien avant Sarkozy... du côté de Fabius par exemple).
a écrit le 23/12/2011 à 16:33 :
Depuis quand peut on lire dans ce journal des tribunes de députés (qui parlent de politique politicarde revancharde et partisane surtout !! ). ça me déçoit de ce journal que l'on dit sérieux, indépendant, franc tireur et de grande qualité. Ce n'est pas à votre honneur. Heureusement que le reste ds pages restent fidèles à elles mêmes. Bien à vous. Jean Marie Piguarec Finistère (29)
a écrit le 23/12/2011 à 14:17 :
Si l'on devait recenser les multiples "aller-retours" du président Sarkozy et ses ministres, entendons par-là, des revirements et promesses mensongers, en finira-t-on de compter M. de l'UMP rédacteur de cet article ?

De même, s'il est vrai, me semble-t-il, qu'il est troublant de constater le caractère "changeant" de M. Hollande sur la promesse de la gauche, soutenue haut et fort notamment par Martine Aubry, Ségolène Royal et bien d'autres encore à l'exclusion du député-maire d'Evry, il serait abusif de caractériser les propos du candidat Hollande, s'il ne s'agit pas de la politique politicienne jetée dans la mare de la présidentielle à venir, dont il est de plus en plus certain d'assister à un jeu de dames qui impose le placement de pièces.

Une chose serait certaine : la France a besoin d'alternance politique avec la sortie au pouvoir, du président Sarkozy et son équipe, pour certains qui devraient, assurément, rendre des comptes concernant les affaires politico-économiques inacceptables aux yeux des Français. Le maintien au pouvoir, de Sarkozy, est le principal enjeu de cette élection présidentielle : la quasi totalité des électeurs, dont une poignée, de droite, attendent de voir et vivre le premier président de la République mis en examen et écroué - tant la série des affaires, notamment celle dite "Karachi" est si lourde à porter : voilà pourquoi les attaques sont déléguées.
Réponse de le 24/12/2011 à 13:38 :
Le premier président qui aurait du être mis en examen a disparu trop tôt pour être jugé Pour votre mémoire ,je vous rappel quelques affaires de l'époque Mitterrandienne que Hollande a bien connu: URBA , Pechiney , de Grossouvre ,Bérégovoy ,11 quai de Branly ou sa maitresse Pingeot , Rainbow Warrior , sang contaminé frégate Taiwan ,l'Observatoire pour ne citer que les principales de Mitterrand pour lesquelles nous continuons de payer
Réponse de le 16/02/2012 à 22:35 :
Merci Sauros de m'avoir rafraichi la mémoire !!
Heureusement Hollande est trop benêt / pas assez machiavélique pour arriver à la cheville de Miterrand....

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