"La présidence d'Obama ne pourra être jugée sur des critères usuels"

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L'économiste en chef d'Oddo Securities explique comment le contexte économique jouera lors des élections présidentielles de fin d'année. Si l'économie est toujours déterminante dans ce scrutin, elle a été si profondément modifiée par la grande crise qu'elle pourrait jouer différemment cette fois. Il n'en reste pas moins que la campagne sera marquée par le débat qui oppose de façon de plus en plus virulente les partisans des hausses d'impôts de ceux qui dénoncent le "big government." Dans un climat où la question des inégalités sera omniprésente.

L'année 2011 s'est achevée sur la plus faible croissance depuis 1945, si l'on exclut les périodes de récession. Et les attentes pour 2012 ne sont pas beaucoup plus hautes. Dans quel contexte économique vont se dérouler els élections présidentielles de 2012, et comment cela va-t-il peser sur le scrutin ?

Le taux de chômage, qui reste la meilleure mesure du ressenti de l'homme de la rue, plus éloquente que le rythme de croissance de l'économie, se situera sans doute entre 8% et 9% de la population active au moment des élections. Rappelez vous qu'en novembre 2008, quand Obama a été élu, il était de 7%. Cela signifie que les Etats-Unis sont très loin du plein emploi, et que dans des circonstances normales, cela constituerait un bilan très négatif pour le candidat sortant et réduirait ses chances d'être réélu.

Mais les circonstances ne sont-elles pas cette fois exceptionnelles ?

Oui, car les Etats-Unis connaissent un changement de fond dû à la Grande Récession de 2008. Le système économique américain fonctionne normalement de telle sorte que, s'il garantit peu de protection sociale, il offre un emploi à chacun en dehors des périodes de crise. Or manifestement, la "job machine" n'est pas repartie comme il d'usage deux ans et demi après la fin de la récession. Sous la présidence Obama, le "chômage à l'américaine" s'est mué en "chômage à l'européenne", marqué par sa longue durée, une faible mobilité de la main d'?uvre et une inadéquation entre l'offre et la demande de travail. En somme, le chômage structurel s'est accru aux Etats-Unis. C'est pour cela que depuis trois ans, l'administration ne cesse d'allonger la durée d'indemnisation du chômage. Cela a-t-il pu contribuer à cette transformation du chômage ? C'est un sujet débat entre économistes.

L'administration Obama a géré cette crise en mettent sur la table tous les moyens budgétaires et monétaires pour empêcher l'économie américaine de plonger dans la récession. Ce faisant, il a pris des risques pour l'avenir, celui de réveiller l'inflation ou de se révéler incapable de contenir le déficit public. Cela pourrait-il lui être reproché lors des élections ?

L'usage hors normes des outils de stabilisation a commencé à la fin du mandat Bush et a été prolongé sous l'Administration démocrate. Il est clair que ces outils n'ont pas remis l'économie américaine sur sa trajectoire usuelle. Mais qui peut dire que la situation aurait été meilleure sans cette mobilisation massive ? La vérité est que l'Amérique est en train de purger des décennies de croissance à crédit. Le désendettement massif des ménages qui a démarré en 2008 ne pouvait qu'avoir des effets profonds sur l'économie. L'envolée de la dette publique (+30 points de PIB en trois ans) a permis d'amortir les effets récessifs mais pose d'autres problèmes. C'est pour cela qu'il est très difficile de juger la présidence d'Obama sur des critères usuels. Avec la crise, l'économie américaine a vu ses trois moteurs caler : la création d'emplois, l'enrichissement des ménages par la hausse des prix de l'immobilier, et l'accès illimité au crédit. Au plan économique, tout ce que l'on peut mettre à l'actif du président Obama, c'est d'avoir évité à l'Amérique une nouvelle Grande Dépression.

Il va tout de même laisser l'Amérique dans une situation budgétaire critique, avec une classe politique incapable de réduire le déficit...

La polarisation extrême du champ politique autour des questions budgétaires n'a pas de raison de changer en 2012. Rien n'incite au compromis. Les Républicains ont intérêt à mettre des bâtons dans les roues du président sortant, et celui-ci a intérêt à montrer que ses adversaires sont irresponsables. On risque bel et bien d'avoir de nouveaux psychodrames autour de la dépense publique. Pour autant, l'Amérique a des marges de man?uvre. Dans un pays où la pression fiscale est parmi les plus basses jamais atteintes et où la protection de santé est l'une des plus coûteuses au monde, il est possible de redresser la barre des déficits. C'est affaire de volonté politique. Les primaires républicaines d'abord, l'affrontement électoral ensuite, devraient être l'occasion de clarifier les forces en présence, entre les partisans des hausses d'impôts et ceux qui dénoncent le "big government". Sur le papier, du moins, il y a là des choix extrêmement clivants.

Certains républicains, comme Ron Paul en deuxième place dans les sondages derrière Mitt Romney, défendent la suppression de la Fed. Sans nécessairement aller jusque là, un changement de président à la maison blanche pourrait-il se traduire par une modification radicale de la politique monétaire, même si officiellement la Reserve fédérale reste indépendante ?

Ron Paul veut abolir la Fed mais, même s'il était élu, je ne crois qu'il y parviendrait. En fait, quel que soit le résultat, la Fed continuera à fabriquer des conditions monétaires hyper souples, avec des taux au plancher et un bilan très élargi. Compte tenu du sous-emploi, l'inflation n'est pas une menace. Je ne vois donc pas la Fed infléchir sa politique pour répondre aux exigences d'un candidat ou d'un nouveau président.

La question du traitement des banques s'invitera-t-elle dans la campagne présidentielle ?

On a parfois reproché au président Obama la présence de nombreux ex-financiers dans son entourage. Peut-il en être autrement alors que la méritocratie repose souvent sur les grandes banques, comme chez nous sur les grandes écoles ? Là où le sujet financier sera un sujet de campagne, c'est comme miroir des inégalités. Les disparités de revenus et de patrimoine n'ont pas cessé de se creuser depuis une trentaine d'années aux Etats-Unis, mouvement concomitant au développement du secteur financier. Il ne semble pas que ces disparités se soient réduites sous la présidence d'Obama. Ce sera un des débats forts de la campagne.

Pour l'Europe, ces élections présentent-elles un enjeu économique ?

Quand la première économie mondiale entre en année électorale et qu'il y a beaucoup d'incertitudes sur le résultat, cela ne peut être indifférent aux autres puissances. En particulier à l'Europe, qui a peu intéressé un président plus soucieux de sa rivalité économique, culturelle et géopolitique avec la Chine, et qui craint aujourd'hui un G2 mis en place entre Washington et Pékin. Est-ce que le multilatéralisme a encore un avenir est une question qui se pose aux leaders européens. Peut-être moins au futur président américain.

A l'inverse, l'Europe est-elle un vrai sujet pour les Etats-Unis qui se sont montrés très ambivalents depuis le début de la crise de la zone euro ? Cela pèsera-t-il dans les élections ?

Oui, si la crise s'aggrave et entraîne l'ensemble de l'économie mondiale en récession, ce qui n'est heureusement pas le cas aujourd'hui. Il y a un vieux fond d'isolationnisme dans la politique américaine et il faut bien dire que l'électeur médian se moque des problèmes de l'Europe. Toutefois, l'Amérique sait être pragmatique. C'est l'intérêt bien compris des Américains qui déterminera la position des Etats-Unis sur la question européenne, ni plus, ni moins.

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Commentaires
a écrit le 04/01/2012 à 22:42 :
il ne peut pas gouverner à sa façon ! car lié aux financiers de wall street et son parti pas majoritaire au congrès - les states sont un pays à dominance conservatrice -
il ne peut pas donner une politique sociale à ses citoyens car il rencontre trop d'opposants républicains... dommage ! car il a compris les difficultés de la classe moyenne ...:

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