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Prothèses PIP : doit-on tous payer pour les opérations de confort ?

Valérie Segond, journaliste à La Tribune

Publié le 05 janvier 2012 à 07:26 - Mis à jour le 05 janvier 2012 à 09:28

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L'affaire des prothèses mammaires se révèle hautement politique. Elle nous oblige à reposer la question des limites de la solidarité. Alors que le risque de cancer est moins élevé chez les porteuses d'implants PIP que chez la moyenne des femmes, la question de la prise en charge du retrait des prothèses pour celles qui ont eu recours à la chirurgie esthétique doit être posée. Comme la définition de la santé, trop large pour être socialement supportable.

Après le scandale du médicament qui fait maigrir, et celui des prothèses mammaires qui éclatent, connaîtra-t-on le drame des lèvres outrageusement repulpées, celui des peelings ravageurs et des phlébites post-liposuccions ? L'affaire ferait rire, et se prêterait à une joyeuse comédie moliéresque, si elle n'était l'horrible miroir des transformations d'une société vieillissante qui transfère systématiquement ses angoisses et prises de risques sur la solidarité nationale. Lorsque le 20 décembre, le ministère de la Santé annonce, avant même de connaître les risques épidémiologiques réels de ces implants, que "toutes les femmes porteuses d'implants PIP seront remboursées de leurs frais médicaux et chirurgicaux liés à l'explantation (échographies, analyses, retrait de l'implant, examens de contrôle postopératoire)", une question surgit : dois-je aussi payer pour les femmes qui ont voulu des seins plus gros et plus ronds, et qui représentent 80% des 30.000 cas en question ?

La solidarité peut-elle encore être sans limites, et ignorer la responsabilité individuelle, comme les risques pris alors qu'ils ne s'imposaient pas ? "Si la question se pose aussi pour les accidentés du ski, les fumeurs et les alcooliques, reconnaît Anne Fagot-Largeault, médecin-philosophe et professeur au Collège de France, la mode du transhumanisme, qui consiste à vouloir transformer un corps sain et à prendre des risques infectieux pour cela, repose sous un jour nouveau la question des limites de la solidarité dans un monde de ressources limitées."

Alors, doit-on payer pour les gros seins en silicone, sachant qu'on en trouve plus dans les minis circulant entre Auteuil-Neuilly-Passy que derrière les caisses de Carrefour ? "La solidarité s'impose s'il est démontré que les femmes ont été mal informées des risques pris parce que l'État n'aurait pas bien évalué la qualité des implants PIP", estime Claude-Olivier Doron des "Cahiers du Centre Canguilhem". Pour l'instant, la chaîne des responsabilités a curieusement occulté celle des chirurgiens, intermédiaires privilégiés entre "patientes" et fournisseurs, et qui ont eu vent des premiers problèmes dès 2005. Pour se couvrir, ils se sont retournés contre l'organisme certificateur. Mais l'Afssaps a-t-elle fait son travail ? Alertée dès 2005 par des visiteurs médicaux de la société PIP, qui avaient démissionné après avoir en vain mis en garde leur direction sur les problèmes évoqués par les chirurgiens, l'Afssaps n'a incité les femmes à revoir leur médecin qu'en mars 2010. Il est vrai que l'Afssaps s'appuyait sur l'évaluation des prothèses par l'organisme certificateur privé allemand, TÜV Rheinland... "Mais cela justifiait-il sa réaction tardive ?" se demande M. Doron.

Certes, la question de la légitimité de la prise en charge n'est pas totalement occultée. Le ministère de la Santé fait bien la distinction entre réparation mammaire due à un cancer du sein et chirurgie esthétique, puisqu'il considère que, pour celles qui ont eu recours à cette dernière, l'implantation de nouvelles prothèses ne sera pas prise en charge.

Mais le seul retrait relève-t-il de l'"urgence sanitaire" qui justifierait le recours à la solidarité ? La porte-parole du gouvernement, Valérie Pécresse, avait assuré qu'elle n'aurait lieu que dans le cas où les implants présenteraient un risque avéré de cancer. Or, l'Afssaps affirmait fin décembre qu'ils ne présentaient pas de risque de cette nature, mais seulement d'éclatement avec "irritations et suintements". Ignorant les conclusions épidémiologiques, le ministère de la Santé continue pourtant d'affirmer que la prise en charge des retraits sera intégrale si les femmes décidaient de se les faire retirer. Alors que le scandale sur la composition des implants monte, il n'entend pas, si près des élections, prendre le risque politique d'avoir l'air de minimiser le risque sanitaire pour une population au coeur de son électorat.

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Seulement, quand se développe à côté de la médecine curative une médecine du remodelage du vivant, la question de la prise en charge doit être posée. Car un grand marché peu régulé s'est développé avec des moyens, et partant des risques pris beaucoup plus importants. Un vrai marché en somme, où les profits des chirurgiens sont privatisés et les risques pris... assumés par la solidarité. Ce qui nous oblige à poser collectivement la question de ses limites, et à revenir à une définition de la santé qui soit socialement supportable. Peut-on encore la définir comme "un état de complet bien-être physique, mental et social, (qui) ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité", comme le veut l'OMS dans sa Constitution ? Rédigée en 1946, à une époque où l'âge était vécu comme une chance, cette définition doit être urgemment repensée. Ou le contrat social explosera... comme les implants de mauvaise qualité.

Valérie Segond, journaliste à La Tribune

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