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Scandales dans le football: l'histoire était écrite

Jean-Pascal Gayant, professeur de Sciences Economiques, Université du Mans

Publié le 05 février 2013 à 12:13 - Mis à jour le 05 février 2013 à 12:33

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Matchs truqués en Europe, déballage sur le dopage en Espagne, attribution douteuse de la Coupe du Monde 2022 au Qatar... Le football professionnel est malade, estime Jean-Pascal Gayant, professeur de Sciences Economiques à l'Université du Mans. L'universitaire stigmatise notamment le marché européen des joueurs, "une gigantesque foire, avec ses agents et ses intermédiaires plus ou moins sérieux" qui transforme en "vœu pieux" les projets "sportifs" des clubs.

En une semaine, les déconvenues s'abattent sur le football professionnel mondial. Après les révélations sur les conditions d'attribution douteuses de la Coupe du Monde 2022 au Qatar, après la révélation par l'office Europol de l'existence de 380 matchs truqués liés à des paris sur Internet dans les derniers mois, c'est désormais le grand déballage en matière de dopage qui affecte le ballon rond : l'ancien président de la Real Sociedad de San Sebastián révèle que des pratiques dopantes ont concerné le club qu'il a dirigé, et que le pourvoyeur de substances pourrait avoir été le fameux docteur Eufemiano Fuentes. Si les langues commencent à se délier dans le football espagnol, le séisme pourrait atteindre une magnitude sérieuse : la vélocité surnaturelle des joueurs du Real de Madrid l'année passée pourrait en effet trouver une explication dépassant le cadre de la médecine douce et la force du charisme du coach...

Un comportement de purs mercenaires

Le football professionnel est malade, et la principale cause réside peut être dans les spécificités du contrat de travail des footballeurs. Avant 1973 -en France- les joueurs s'engageaient jusqu'à 35 ans (autant dire « à vie ») avec un club. En 1973 a été rendue possible la signature d'un contrat à durée librement déterminée qui a accéléré le rythme des mutations et la progression des salaires. Puis, en 1995, la Cour de Justice des Communautés Européennes a rendu une décision, dans le cadre de l'affaire « Bosman », visant à supprimer les indemnités de transferts, au prétexte qu'elles constituent une entrave à la libre circulation des travailleurs (la spécificité du sport ne pouvant être invoquée dans la mesure où le sport de haut niveau « revêt toutes les caractéristiques d'une activité commerciale »). La conséquence de cette mesure a été, d'une part, la forte progression des salaires des joueurs, mais aussi de faire émerger des contrats assortis de clauses de résiliations extraordinairement élevées, dans le but de réaliser des plus values financières en cas de rupture de contrat (opérations ouvertement spéculatives). Dans ce registre, les clubs ont souhaité pouvoir multiplier les périodes de mutations des joueurs (les fameux « mercatos »). Il en résulte un comportement de pures mercenaires qui favorise les comportements opportunistes, les paris truqués et le dopage.

Chaque équipe devient un orchestre composé de solistes

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Le débat sur l'appartenance durable des joueurs à un club n'est pas nouveau. L'article fondateur de l'Economie du sport, écrit par S. Rottenberg en 1956 dans le "Journal of Political Economy", s'intéressait déjà à la pertinence de la « Clause de Réserve » qui empêchait les joueurs de baseball de proposer leurs services aux plus offrants. Dans tous les grands sports professionnels, c'est la voie de la libéralisation, au bénéfice des joueurs, qui a été choisie. En Amérique du Nord, des mécanismes (plafond salarial, système de solidarité entre clubs, « draft » pour le recrutement de jeunes talents,...) ont été mis en place pour maintenir un minimum de « glorieuse incertitude » sur l'issue des championnats. En Europe, en revanche, le marché des joueurs est une gigantesque foire, avec ses agents et ses intermédiaires plus ou moins sérieux, et les projets « sportifs » des clubs deviennent un v?u pieux. Chaque équipe devient un orchestre composé de solistes. La solution serait de rendre aux clubs la capacité à bâtir des équipes constituées de joueurs liés à long terme avec leur entreprise. S'il est une spécificité du sport collectif, c'est bien celle-là : aucun projet productif ne peut voir le jour si les collaborateurs chargés de le mettre en ?uvre abandonnent leur poste du jour au lendemain. Si, au contraire, ceux-ci sont liés à la réussite de leur club, ils écarteront d'autant plus facilement les sollicitations des corrupteurs et redécouvriront peut être l'exaltation que peut procurer la chance de prendre part à une grande aventure collective. Il n'est pas interdit de rêver...

Jean-Pascal Gayant, professeur de Sciences Economiques, Université du Mans

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