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Le Chili prospère, à côté d'une Argentine au plus mal: les raisons d'une divergence

Photo de Ivan Best

Michael J. Boskin

Publié le 25 novembre 2013 à 10:36 - Mis à jour le 25 novembre 2013 à 10:55

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Le Chili et l'Argentine sont proches, mais leurs politiques économiques diffèrent: on voit le résultat, diamétralement opposé. Par Michael J. Boskin, professeur à l'université de Stanford

Les économistes comparent souvent des économies similaires afin d'isoler l'impact d'une différence particulière. Cette approche fournit une analyse convaincante du rôle de certains facteurs spécifiques dans le succès ou les difficultés d'une économie.

Corée du Nord contre Sud, Allemagne de l'Ouest et de l'Est

Par exemple, en dépit de leurs racines historiques et culturelles communes, la Corée du Nord et la Corée du Sud sont des sociétés très différentes. La première connaît un niveau de vie beaucoup plus faible, en raison de son gouvernement communiste et de son économie planifiée, qui contraste fortement avec le gouvernement démocratique et de l'économie capitaliste mixte de la Corée du Sud.

L'expérience de l'Allemagne de l'après Seconde Guerre mondiale constitue un autre exemple éloquent. Lorsque le mur de Berlin est tombé, à peine deux générations après la fin de la guerre, le niveau de vie en Allemagne de l'Est, communiste, ne représentait qu'un cinquième de celui atteint en Allemagne de l'Ouest, capitaliste.

Argentine, Chili, de nombreuses similitudes

La même approche peut être utilisée pour comprendre pourquoi le Chili prospère, tandis que son voisin l'Argentine bat de l'aile.

Commençons par les similitudes. Les deux pays sont orientés selon un axe nord-sud et sont caractérisés par un relief varié, de longues côtes et l'abondance de leurs agriculture, élevage et vignobles. Tous deux ont obtenu l'indépendance de l'Espagne il y a deux siècles. Tous deux ont une population composée en grande partie de personnes d'ascendance européenne. Tous deux ont des antécédents de régime militaire. Et enfin, tous deux ont récemment connu des troubles politiques, y compris de grandes - et parfois violentes - manifestations publiques.

En outre, aussi bien le Chili que l'Argentine sont des démocraties, qui ont été dirigées par la droite comme par la gauche. Au Chili, un président peut se représenter plusieurs fois, mais pas consécutivement. Ainsi, le président Sebastián Piñera - un centriste à la tête d'une coalition de centre-droit - ne peut pas être candidat à sa réélection l'an prochain, mais pourrait se présenter en 2018.

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Une certaine instabilité de l'exécutif

Bien que la coalition au pouvoir au Chili - en particulier le ministre des Finances Felipe Larraín - ait beaucoup fait pour renforcer la performance macroéconomique du pays, elle a également eu du mal à trouver un candidat présidentiel solide ; un scandale a fait suite à une bataille interne intense pour la succession, qui a contraint la coalition de centre-droit de se contenter de son troisième choix de candidat. Le chef de l'alliance de centre-gauche, Michelle Bachelet du Parti socialiste (qui était le prédécesseur de Piñera), a remporté le premier tour haut la main et sera probablement élu le mois prochain.

Pendant ce temps, en dépit d'avoir élargi le pouvoir lié à sa position, la constitution interdit à la présidente argentine Cristina Fernández de Kirchner - qui avait succédé à son défunt de mari, Néstor Kirchner, en 2007 - de briguer un troisième mandat consécutif. Son incapacité à remporter la majorité parlementaire des deux tiers nécessaire pour amender la constitution, ainsi que le succès des candidats de l'opposition lors des dernières élections de mi-mandat, suggère que l'Argentine pourrait bien être en route pour un revirement à droite en 2015.

Des politiques économiques divergentes

A présent, les différences. La politique économique des deux pays diverge de façon importante. Le Chili a généralement suivi une politique sensée au plan économique - parfois de manière innovante. Par exemple, les recettes tirées du cuivre, qui représentent 13% du budget, doivent être dépensées sur la base d'un prix de planification à long terme qui est vérifié de manière indépendante, et tous les excédents de revenus doivent être accumulés dans un fonds destiné à être utilisé lorsque les prix du cuivre plongent.

En outre, la banque centrale du Chili a maintenu une faible inflation - qui se situe aujourd'hui aux alentours de 2% - et le budget du pays est pratiquement équilibré. Le système de retraite du pays met l'accent sur l'épargne privée et la responsabilité individuelle. Un accord de libre-échange bilatéral a permis une forte augmentation des échanges commerciaux avec les États-Unis. Et le Chili a participé activement aux négociations dans le cadre de l'accord commercial du Partenariat transpacifique (TPP).

Il n'y a pas de doute que les propositions de Bachelet de rehausser l'impôt sur les sociétés, d'augmenter les dépenses de protection sociale, de renforcer le contrôle du gouvernement sur les retraites et de réexaminer la participation du Chili au TPP menacent de renverser une grande partie de ces progrès. Mais si, une fois au pouvoir, elle revient aux politiques plus centristes de son mandat précédent, le Chili peut maintenir son élan économique.

L'Argentine s'est "auto-infligée" des crises

L'Argentine, au contraire, s'est auto-infligé des crises économiques en série. Avec une population qui est deux fois celle du Chili, les réserves d'énergie nouvellement découvertes et une capitale dynamique, l'Argentine possède une vaste potentiel économique. En effet, il y a un siècle, il était l'un des pays les plus riches du monde, avec un niveau de vie comparable à celui des États-Unis. Aujourd'hui, cependant, le revenu par habitant de l'Argentine représente seulement 40% du niveau des Etats-Unis et est nettement inférieur à celui du Chili.

L'écart entre le taux de change officiel et le taux du marché noir - qui porte le nom de "Dólar Blue" - s'élève à présent à 60%. Sans surprise, presque tous les détaillants à Buenos Aires proposent un prix en dollar et un prix en peso. Cela peut s'expliquer en partie par une forte inflation, que les analystes indépendants évaluent à environ 25% - plus du double de l'estimation officielle de 10%.

Le statisticien responsable de l'indice des prix... remplacé

Depuis que Kirchner a remplacé le chef statisticien en charge de l'inflation à l'Institut national de la statistique en 2007, les chiffres de l'inflation officiels de l'Argentine ont été manifestement plus faibles que les autres estimations. (Les chiffres de l'inflation du Chili ont été critiqués également, quoique dans une bien moindre mesure, et l'Institut statistique national du Chili est beaucoup plus indépendant par rapport au gouvernement que celui de l'Argentine).

Nationalisation et intimidation

Le gouvernement de Fernández intimide et nationalise les entreprises. Il fait pression sur la banque centrale afin qu'elle utilise ses réserves internationales pour rembourser la dette. Et l'accord commercial majeur de l'Argentine, le Mercosur, est loin de son potentiel. Au cours des cinq prochaines années, le Fonds monétaire international s'attend à ce que l'Argentine connaisse une croissance plus faible, une inflation plus élevée et plus de chômage qu'au Chili.

Heureusement, les électeurs se détournent de plus en plus du gouvernement de Fernández. En août, les candidats de l'opposition comme Sergio Massa et Mauricio Macri ont remporté un soutien électoral important grâce à leurs campagnes favorables aux entreprises et prônant la lutte contre l'inflation, ce qui en fait de probables candidats à la présidentielle en 2015. Même si Fernández ne cause pas trop de dégâts dans l'intervalle, son successeur devra restaurer la crédibilité de l'Argentine à l'intérieur comme en-dehors des frontières du pays, afin d'éviter la fuite des capitaux.

Une politique de désinflation, c'est possible

Un président argentin peut-il prôner la désinflation et conserver le soutien des électeurs au cours d'une période de ralentissement de la croissance, voire une récession ? C'est ce qui s'est passé aux Etats-Unis. Le président Ronald Reagan a soutenu la désinflation entreprise par le président de la Réserve fédérale américaine Paul Volcker, malgré une profonde récession, une hausse temporaire du taux de chômage et la perte des élections de mi-mandat. L'économie a rebondi rapidement et Reagan a été réélu. La stabilité des prix a permis un quart de siècle de forte croissance et de faible taux de chômage, interrompu par deux brèves récessions limitées - soit la meilleure performance macroéconomique dans l'histoire américaine.

Il y a lieu d'espérer que l'Argentine apprendra de l'expérience de son voisin occidental - et qu'une administration Bachelet au Chili regardera de l'autre côté des Andes, reconnaîtra où ses propositions risquent d'emmener le pays et changera de cap avant qu'il ne soit trop tard.

Traduit de l'anglais par Timothée Demont

Michael J. Boskin, professeur d'économie à l'Université de Stanford et Senior Fellow de la Hoover Institution, a été président du Comité des conseillers économiques de George H. W. Bush de 1989 à 1993.

© Project Syndicate 1995-2013

Michael J. Boskin

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