La zone euro, d'une crise à l'autre

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(Crédits : Reuters)
Les déséquilibres se résorbent en Europe. Mais les taux d'intérêt réels sont beaucoup trop élevés eu égard à la faible croissance. Un risque de dérive à la japonaise. par Joachim Fels, responsable des études économiques Monde chez Morgan Stanley

  La zone euro a accompli des progrès significatifs dans la gestion de la crise cette année. Bien que Mario Draghi ait été vivement critiqué, en Allemagne notamment, sa promesse, faite à l'été 2012, que la BCE ferait « tout ce qu'il faudra » pour sauver l'euro a joué un rôle déterminant dans l'arrêt de la fuite des capitaux des pays en crise et a même permis d'inverser la tendance. La BCE n'a pas seulement permis d'éviter une catastrophe économique et financière difficilement concevable avec toutes les conséquences politiques imprévisibles que cela aurait pu avoir pour l'Europe, mais a également laissé le temps aux pays engagés dans des programmes et réformes de mener à bien leur difficile adaptation à l'économie réelle.

L'Espagne, la nouvelle Allemagne

Les importants efforts déployés par ces pays pour améliorer leur compétitivité portent leurs fruits. L'Espagne et l'Irlande, notamment, résistent fort bien à la concurrence d'autres sites industriels, aidés en cela par la réduction des coûts salariaux unitaires. Il y a un peu plus d'un an, j'ai soutenu que l'Espagne allait devenir la « nouvelle Allemagne », et c'est désormais l'avis général des observateurs. Et l'accord de coalition entre le gouvernement et les membres du SPD qui prévoit une hausse des bas salaires et un plan d'amélioration des retraites - les retraités étant un segment de consommation important - va faire de l'Allemagne, à l'inverse, la nouvelle Espagne.

Les anciens déséquilibres disparaissent, un nouveau risque apparaît

L'essor du secteur immobilier se chargera du reste. Les anciens déséquilibres de la zone euro disparaissent de plus en plus.  La BCE et la classe politique sont cependant confrontées à une nouvelle menace. Alors que le risque d'une dislocation de la zone euro est écarté, cette région est menacée par une « japonisation ». Les similitudes avec le Japon des années 90 sont évidentes. Les ménages dépensent moins, les banques n'ont pas encore ajusté leurs bilans, l'activité de prêt s'est ralentie, l'appréciation de la devise ne reflète pas la situation économique et la banque centrale se montre trop hésitante dans la lutte contre les pressions déflationnistes.

Un taux d'intérêt réel élevé, qui rappelle le cas japonais

La BCE évoque la possibilité d'instaurer un taux de dépôt négatif pour les banques et de lancer un vaste programme de rachat d'obligations. Étant donné l'opposition de l'Allemagne, l'obstacle pourrait s'avérer insurmontable. Ainsi, le taux d'intérêt réel (taux d'intérêt moins hausse des prix) de la zone euro dans son ensemble demeure nettement plus élevé que le présumé point d'équilibre négatif actuel du taux d'intérêt réel freinant la croissance et rappelant le cas japonais.   Cette situation constitue un défi tant pour la BCE que pour les organes nationaux de réglementation bancaire et les gouvernements.

Lors du prochain examen des bilans des banques, les autorités de réglementation ainsi que la BCE devront s'assurer que les créances douteuses sont dûment évaluées et dépréciées et que les risques de financement sont bien identifiés. Les gouvernements devront être prêts à injecter des capitaux au besoin, en cas de pénurie de liquidités sur le marché. Sans un ajustement global des bilans des banques, le cycle du crédit ne pourra pas redémarrer. L'Espagne pourrait alors bien devenir la nouvelle Allemagne, mais l'Europe serait le nouveau Japon.

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Commentaires
a écrit le 13/01/2014 à 8:40 :
Analyse très sommaire. Voir en l'Espagne la nouvelle Allemagne est une absurdité. Le tissu industriel n'a absolument rien à voir et les Espagnols ne sont pas les Allemands.
a écrit le 12/01/2014 à 10:50 :
S'adapter n'est pas copier! C'est pouvoir concevoir ou inventer et donc maitriser une situation en restant un État souverain!
a écrit le 10/01/2014 à 22:12 :
L'Espagne la nouvelle Allemagne ? Avec quel tissus industriel et financier,avec quels produits ,quelles innovations !L'Espagne est une puissance touristique qui pourrait moins le devenir si ses prix et couts montent !Quand au risque deflationniste ,aucun risque !Beaucoup de pays en Europe on des prix administrés c'est donc l'administration qui en decide ,et de petits coups de pouces en coups de pouces vers l'augmentation ,on nourris l'inflation ....
a écrit le 10/01/2014 à 14:38 :
Si l'Espagne devient l'Allemagne et vice versa, l'Europe, le Japon alors les USA deviendront le Bangladesh
a écrit le 10/01/2014 à 13:25 :
"L'Espagne et l'Irlande, notamment, résistent fort bien à la concurrence d'autres sites industriels, aidés en cela par la réduction des coûts salariaux unitaires"
"Les similitudes avec le Japon des années 90 sont évidentes. Les ménages dépensent moins, les banques n'ont pas encore ajusté leurs bilans, l'activité de prêt s'est ralentie, l'appréciation de la devise ne reflète pas la situation économique et la banque centrale se montre trop hésitante dans la lutte contre les pressions déflationnistes."
a écrit le 10/01/2014 à 12:56 :
Avec le temps, car l'Europe cherche a gagner du temps, le fait "de couper les têtes" permettra a chacun d'être aux normes du moins disant!
a écrit le 10/01/2014 à 12:11 :
"L'Espagne pourrait alors bien devenir la nouvelle Allemagne, mais l'Europe serait le nouveau Japon"
Prions!

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