France : l’ardente nécessité d’une fierté industrielle

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, l’ardente nécessité d’une fierté industrielle française.

Le gouvernement affirme de plus en plus clairement sa mobilisation en faveur d'une relance de la production. Il multiplie les dispositifs (pactes de compétitivité, pacte de responsabilité, les plans de reconquête industrielle, les actions en faveur de l'attractivité etc.).

Mais cette inflation des moyens et des instruments bute au mieux sur l'indifférence, au pire sur le défaitisme collectif.

Et on le sent bien. Le discours sur le rebond productif est en mal d'objectifs mobilisateurs que chaque concitoyen pourrait s'approprier simplement. Ce souffle, longtemps la politique industriel l'a trouvé dans quelques grands projets bien indentifiables, sur lesquels se bâtissait une fierté collective. Longtemps cette fierté s'est incarnée dans nos grands groupes, nos fameux « champions ».

Et derrière ces champions, il y avait des produits fortement symboliques, marqueurs de notre rattrapage sur les Etats-Unis. Ariane dans l'aéronautique, Airbus dans l'aviation, le TGV dans le ferroviaire. Quelques produits phares bien tangibles, qui symbolisaient à eux seuls notre reconquête d'après-guerre. Des objets dont la population pouvait s'emparer simplement. 

Ces champions sont certes toujours là. Leur déploiement international demeure un élément clé de puissance. La France est certes une économie intermédiaire. Mais elle compte encore 31 groupes dans les 500 premiers mondiaux. En quatrième position derrière les Etats-Unis, la Chine et le Japon, elle devance toujours l'Allemagne et le Royaume Uni. Et huit de ses champions font encore partie du top 100.

Pourtant, l'étendard des champions et des grands projets colbertistes n'a plus la même portée symbolique que par le passé.

D'abord parce que les géants de la production ont pris le large et mènent des stratégies de moins en moins liées aux intérêts nationaux. Leur ancrage territorial s'affaiblit. Leur emploi stagne sur le territoire, tandis que tout leur développement s'effectue offshore. Cet étendard n'a plus la même portée également, parce que nos grands groupes incarnent des secteurs matures sur lesquels  les pays émergents montent en puissance.

Or l'enjeu  n'est plus celui du rattrapage mais bien celui de la création de nouveaux produits, de nouveaux usages. Il est aussi dans la maîtrise des grandes plateformes d'information (de type Amazon ou google) qui placent en sous-traitance  tout le reste du système productif.

Ces nouveaux sur-traitants qui captent une part croissante de la valeur, sans payer d'impôt, sans participer à l'effort d'investissement collectif.  Il est dans la constitution de clusters de taille mondiale, lieux d'agglomération du savoir et des compétences. Il est dans un foisonnement entrepreneurial qui fait germer les innovations.

Face à une innovation diffuse, où la taille n'est plus toujours le nerf de la guerre, la politique industrielle peine à trouver ses symboles. En quête de grands projets, elle se noie dans les projets. Or la mobilisation naîtra du dépoussiérage de notre discours autour d'objectifs crédibles susceptibles de créer une fierté.

Faut-il focaliser davantage notre attention sur la puissance de nos métropoles qui font de notre territoire un « hub technologique » de rang mondial ? Qui connaît aujourd'hui par exemple la puissance de feu de Paris Saclay. Faut-il mieux valoriser ce qui fait la force de la marque France, une alliance d'ingéniosité, d'esthétique, de créativité. Nous ne disposons pas d'une réponse à ce stade.

Mais ce travail sur les objectifs et sur les mots est tout sauf superficiel. Produire du sens, est probablement ce qui manque le plus à la politique industrielle aujourd'hui.

 

 >> Plus de vidéo sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 04/03/2014 à 18:46 :
Cette fierte passera par le retour de nos frontieres, de notre monnaie ,le franc et de l'independance politique total de notre pays adieu les Barroso, Draghi
Réponse de le 04/03/2014 à 20:46 :
+ UN !
Réponse de le 05/03/2014 à 4:59 :
c'est un mensonge digne de l'extreme droite.
Notre industrie n'a pas disparu à cause de l'union européenne, ni de l'euro, mais rappelez vous les délocalisation des usines des patrons FRANCAIS en Chine datent de 1965, donc les fautifs, c'est bien nos riches patrons français traitres à la nation qui sont allés exploiter les esclaves chinois.
Réponse de le 05/03/2014 à 8:32 :
les vrais responsables sont nos fonctionnaires de plus en plus gros, inutiles et incapables qui plombent notre économie
a écrit le 04/03/2014 à 15:00 :
quand on parle avec un industriel seul fabricant français dans son secteur, et qu'il vous répond : j'ai fait une demande d'aide, le résultat : deux contrôles fiscaux et URSSAF : ou peut-elle être la fierté ??? celle d'avoir la fonction publique la plus incapable, la plus destructrice du monde ??? ce sont ces fonctionnaires qui détruisent notre industrie nos entreprises qui pourraient être des champions mondiaux !!!
Réponse de le 04/03/2014 à 20:44 :
BIEN PARLE !!!! des champions mondiaux, tout à fait! quelle misère..
a écrit le 04/03/2014 à 14:14 :
D'accord, mais l'opinion (negative bien sur) des Français sur leur pays est "extravagante" ,comme le disait Hubert Vedrine. L'acharnement médiatique contre le pays ne permet jamais aucune fierté nationale, même si la France a d'extraordinaires atouts ,y compris industriels ,et surtout dans l'innovation, mais personne ne veut ou ne peut le croire...Sauf quand on est à l'étranger !!! Bizarre comportement de nos compatriotes, mais compréhensible avec les médias les plus négatifs du monde ( un peu moins pour la Tribune, je dois dire)
a écrit le 04/03/2014 à 13:55 :
Vous allez faire une marche des fiertés industrielles? Alors un métier d'avenir: Conservateur du Grand Musée Social de l'Industrie!
a écrit le 04/03/2014 à 13:54 :
La fierté industrielle avec moitié moins de robots que l'Italie? Et on fait dans l'économie agricole ou bien le concorde? Et Air France... si on compare avec une entreprise américaine, la flotte et le personnel, on a un sureffectif de 30%!!
a écrit le 04/03/2014 à 12:24 :
"Fierté industrielle", cela voudrait dire remettre le travail et sa qualité au centre. C'est incompatible avec l'opinion que le travail est d'abord on coût.
a écrit le 04/03/2014 à 12:21 :
On peut sans doute tenter l'option médicale, avec le projet d'humanité augmentée ou la mise en place de capacités dans l'exploitation de ressources sous marine de manière profitable. La dronisation de l'espace aérien peut aussi être un appel d'air. Sinon, reste le cas d'un rattrapage du retard accumulé dans l'infrastructure informatique et le cloud. NSP. Peut-être que des technologie vertes de distribution et de stockage d'énergie pourraient redonner le moral. En tous les cas, ce sera terriblement dur vu la concurrence mondiale, l'absence de confiance, les délocalisations facile et la circulation ultra rapide des technologies.
a écrit le 04/03/2014 à 12:09 :
On parle de la fierté industrielle? Notre VA est inférieure de moitié à celle de l'allemagne. Nous aurions un souci d'innovation et d'investissement? Alors combien d'emploi perdrons-nous encore pour cause déficit et d'austérité? On nous publie le problème des centrales obsolètes, voila un souci de sécurité... 5 milliards par usine, il en existe combien à refaire, 30? Pour la question de l'environnement, on entend dire que la production agricole et l'export se réduisent du fait de normes pénalisantes. en terme d'émission de CO2, nous sommes 64ème mondial, le premier étant le plus polluant, l'allemagne pollue deux fois plus. Et on se révolte contre l'écotaxe. Est-ce pour démolir l'activité?
a écrit le 04/03/2014 à 11:55 :
Bien sur qu'il faut etre fiers de notre industrie mais aussi du reste. La France ne peut prosperer que si le compromise social est suffisament fort pour donner a chacun le sentiement que les efforts comme les gains seront partages.
Réponse de le 04/03/2014 à 18:49 :
On a le droit de rêver les yeux ouverts, ça fait longtemps que je ne lie plus les contes de fée.
a écrit le 04/03/2014 à 11:32 :
Et ça rapporte quoi, la fierté ? On peut en vivre ? Quand on vois que des technologies développées chez nous sont industrialisées à l'étranger, on perd toute motivation. Beaucoup de cadres dégoûtés décident de se reconvertir dans des fonctions subalternes. J'ai vu par exemple un cadre performant et très expérimenté dans des technologies avancés se reconvertir en menuiserie. Si la performance était reconnu en France, on en serait peut-être pas là... En Coré, le personnel performant n'a pas besoin d'aller à l'ANPE pour trouver un travail. Un service d'état spécialisé se charge de sélectionner les meilleurs candidats pour reclasser au mieux : Et l'entreprise ne peut pas faire la fine bouche et dire qu'elle ne trouve pas de candidats répondant a un profil absurde comme cela se passe en France.
Réponse de le 04/03/2014 à 18:53 :
Ça ne rapporte rien mais les bobos de gauche sont en train d'enfumer le bon peuple qui ne ne marche pas mais qui galope. C'est comme le foot, les Ferraris pour les joueurs et le métro pour les spectateurs, faut pas oublier la bière en principe chaude.
a écrit le 04/03/2014 à 11:29 :
De quoi on parle chez les riches? Sommes-nous fiers d'être français? 66% des gens ont peur pour la question de la précarité. qu'est-ce que le Tiers? Les salariés précaires... en augmentation. Pourtant les fonctionnaires ont la vie professionnelle plus la retraite assurée, parfois des appartements, sur le dos des précaires. et pour les réformes, on augmente le chômage et les taxes, c'est pas les riches qui payent! Ces gens en emplois parfois double, c'est comme le gruyère: plus y en a plus y a de chômeurs... on fait du gras. C'est un léger dysfonctionnement, 200 milliards de gaspillage.30 milliards de charges, ça baisse le coût du travail de 33%? Ou ça relance la productivité?

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