Les « big » débouchés du big data

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Santé, transports, produits de consommation, électricité... l'exploitation des données ouvertes publiques et privées pourrait générer 3 milliards de dollars par an, selon le McKinsey Global Institute. Par Nigel Shadbolt, fondateur de l'Open Data Institute et Michaël Chui, membre du McKinsey Gobal Institute, spécialiste des données.

On a longtemps pensé que si le gouvernement et le secteur privé acceptaient de partager leurs données plus librement et autorisaient leur traitement, des solutions nouvelles à d'innombrables problèmes sociaux, économiques et commerciaux pourraient surgir. On imagine à peine à quel point cette idée est juste.

Même les plus ardents défenseurs des données ouvertes semblent avoir sous estimé le nombre d'idées et d'activités rentables possibles. Plus de 40 gouvernements se sont engagés à ouvrir leurs données électroniques (informations météorologiques, statistiques sur la criminalité, données des réseaux de transports, entre autres) aux entreprises et aux consommateurs. Le McKinsey Global Institute estime que la valeur annuelle des données ouvertes dans l'éducation, les transports, les produits de consommation, l'électricité, le pétrole et le gaz, les services de santé et le crédit à la consommation pourrait atteindre 3 milliards de dollars.

Ces avantages se matérialisent sous la forme de meilleurs produits et services. Ils créent une plus grande efficacité dans les entreprises, pour les consommateurs et pour les citoyens. Le champ d'application est vaste. Par exemple, en s'appuyant sur des données provenant de divers organismes gouvernementaux, la Climate Corporation (récemment rachetée 1 milliard de dollars par Monsanto) a étudié trente années de données météorologiques, soixante ans de données sur les rendements agricoles et quatorze téraoctets d'informations sur les types de sol pour créer des produits d'assurance sur mesure.

De même, des informations en temps réel sur la circulation et les transports sont consultables sur des applications pour smartphones, pour informer les utilisateurs sur l'arrivée du prochain bus ou pour leur permettre d'éviter les embouteillages. Et en analysant des commentaires en ligne sur leurs produits, les fabricants peuvent savoir pour quelles fonctions les consommateurs sont le plus disposés à payer, et développer leur activité et leurs stratégies d'investissement en conséquence.

Les occasions ne manquent pas. Toute une série de start-up à données ouvertes sont en train de voir le jour à l'Open Data Institute (ODI) de Londres, qui se concentre sur l'amélioration de la responsabilité des entreprises, la fourniture de services de santé, d'énergie, de finances, de transports et sur beaucoup d'autres secteurs d'intérêt public.

Les consommateurs en sont les principaux bénéficiaires, en particulier sur le marché des biens de consommation courante. On estime que les consommateurs qui prennent des décisions d'achat plus éclairées dans tous les secteurs pourraient représenter près de 1,1 milliard de dollars par an. Des agrégateurs tiers permettent dès à présent de comparer les prix entre des boutiques dématérialisées en ligne et des magasins de détail classiques. D'autres permettent de comparer les niveaux de qualité et de sécurité des données (tirées, par exemple, des rapports d'incidents officiels), ainsi que des informations sur la provenance des aliments et sur les pratiques des producteurs en matière de respect de l'environnement et des méthodes de travail.

Prenons l'industrie du livre : le catalogue de certaines librairies était autrefois une information confidentielle. Les clients, les concurrents et même les fournisseurs avaient rarement connaissance du stock. Aujourd'hui, les librairies non seulement communiquent sur leur stock, mais aussi sur la date d'arrivée des commandes de leurs clients. Si elles ne procédaient pas de la sorte, elles seraient exclues de sites d'agrégation de produits qui influencent de nombreuses décisions d'achat.

Vers une consommation plus responsable ?

Le secteur de la santé est une cible de choix pour faire de nouvelles économies. En partageant les données de traitement d'une vaste population de patients, les fournisseurs de soins peuvent mieux identifier les pratiques qui peuvent permettre d'économiser 180 millions de dollars par an.

La start-up à données ouvertes Mastodon C, soutenue par le London Institute, utilise les données ouvertes sur les ordonnances des médecins pour différencier les médicaments brevetés coûteux de leurs variantes génériques moins chères. Appliqué à une seule classe de médicaments, ce procédé pourrait permettre une économie d'environ 400 millions de dollars par an pour le ministère de la Santé britannique. De même, les données ouvertes sur les infections contractées dans les hôpitaux britanniques ont conduit à la publication de tableaux de performance des établissements, qui ont beaucoup compté dans la baisse de 85% des infections signalées.

Il existe également des possibilités de prévenir les maladies liées au mode de vie et d'améliorer les traitements, en permettant aux patients de comparer leurs propres données avec des données agrégées sur d'autres patients. Il a été prouvé que cela les motive à avoir un meilleur régime alimentaire, à faire davantage d'exercice et à prendre régulièrement leurs médicaments. De même, donner les moyens aux usagers de comparer leur consommation d'énergie avec celle de leurs pairs pourrait les inciter à économiser des centaines de milliards de dollars d'électricité chaque année, sans parler de la réduction des émissions de carbone.

Une telle analyse comparative est encore plus précieuse pour les entreprises qui cherchent à améliorer leur efficacité opérationnelle. L'industrie du pétrole et du gaz, par exemple, pourrait faire économiser 450 milliards par an en partageant des données anonymes et agrégées sur la gestion des installations en amont et en aval.

Enfin l'évolution vers des données ouvertes sert une variété d'objectifs socialement souhaitables, depuis la réutilisation de la recherche financée par l'État en faveur d'études sur la pauvreté, l'inclusion ou la discrimination, jusqu'à la divulgation par des sociétés telles que Nike des données portant sur leur chaîne d'approvisionnement et sur leur impact sur l'environnement.

Il existe évidemment des défis liés à la prolifération et à l'utilisation systématique des données ouvertes. Les entreprises s'inquiètent au sujet de leur propriété intellectuelle. Les citoyens s'inquiètent sur la possibilité d'user et d'abuser de leurs informations privées. La réponse à ces questions délicates sera capitale. Les consommateurs, les décideurs et les entreprises doivent collaborer, non seulement pour s'entendre sur des normes communes d'analyse, mais aussi pour définir des règles fondamentales sur la protection de la vie privée et de la propriété.

© Project Syndicate 2014

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Commentaires
a écrit le 08/03/2014 à 14:41 :
Il est vrai que gogole donne envie. Rappelez-vous que de plus en plus de pigeons, pardon, clients se méfient des commerciaux et commencent à en avoir marre de la pub...

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