Pourquoi le PEA-PME ne soutiendra vraiment pas le financement des entreprises

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(Crédits : DR)
Le nouveau PEA-PME a fait l'objet d'une promotion active. Mais les possibilités de placement sont très limitées, et rien n'est fait pour les accroître. Au contraire. par Sandy Campart, directeur de l'IUP Banque Finance Assurance de Caen

 Lancé le 5 mars dernier, le PEA-PME est attendu à rencontrer un vif succès. Les réseaux bancaires y voient l'opportunité d'aller à la rencontre de leurs clients patrimoniaux, les sociétés de gestion lancent ou relancent des fonds dédiés jusqu'alors confidentiels et Euronext propose un nouvel indice boursier, le CAC PME.

Un flux annuel de un à deux milliards est prévu alors que seulement 60 000 PEA atteignent actuellement leur plafond règlementaire. L'objectif ne sera tenu que si les conseillers financiers parviennent à désolidariser le PEA-PME du PEA classique mais l'argument est osé tant sur l'éligibilité des titres que sur la fiscalité. Dans le cadre d'un PEA classique, il n'est pas interdit d'investir dans des titres de PME-ETI mais il est, contrairement au PEA-PME, autorisé d'investir dans les titres des grandes entreprises et de bénéficier ainsi d'un moindre risque de liquidité et d'une plus grande diversification.

Quant aux régimes fiscaux, ils sont identiques. A partir de la cinquième année d'ouverture, les revenus et les plus-values réalisées sont exonérés d'impôts mais soumis aux prélèvements sociaux dont le taux actuel s'établit à 15,5%. L'opportunité d'ouvrir un PEA-PME semble donc bien réservée aux détenteurs de PEA classiques, ayant atteint le plafond de versement de 150 000€.

Le PEA-PME ne constituera pas une réponse aux besoins de financement des PME-ETI

Le marché des PME-ETI cotées est très étroit. Elles ne sont aujourd'hui en France que quelques centaines à êtres cotées sur plus de 130 000. Selon la dernière enquête menée conjointement par la SFAF (Société Française des Analystes Financiers) et le Club des Marchés Financiers, plus de 95% des dirigeants et directeurs financiers sondés n'envisagent pas une introduction de leur société en bourse. La perte de contrôle est crainte pour 40% des dirigeants, tandis que le respect des règles de transparence décourage 30% des personnes interrogées.

En revanche, près de la moitié des sondés serait intéressée par une émission obligataire, privilégiant ainsi un recours à l'endettement plutôt qu'un renforcement des fonds propres. Les obstacles associés à une introduction en bourse sont donc souvent perçus comme insurmontables et les initiatives institutionnelles dans ce domaine sont beaucoup trop timides pour élargir dans un avenir proche le vivier de sociétés candidates.

Lever des freins à la cotation des PME-ETI: les banques hésitent

L'introduction programmée à la fin de ce semestre d'Euronext en bourse, qui réunit les marchés actions d'Amsterdam, de Bruxelles, de Lisbonne et de Paris, pourrait constituer à cet égard une opportunité pour l'Europe de reconsidérer sa souveraineté boursière et de lever ainsi certains des freins actuellement identifiés à la cotation des PME-ETI : le coût, le seuil minimal requis de capital flottant, le niveau de détail et la fréquence des publications stratégiques et financières, l'insuffisante liquidité des titres, etc. Mais force est de constater que cette perspective ne semble pas rencontrer l'adhésion des principaux acteurs financiers. Les banques françaises auraient ainsi conditionné leur participation au tour de table à un assouplissement de la fiscalité sur les opérations boursières. Dans ce contexte, la Banque Publique d'Investissement (BPI), qui n'exclut pas une prise de participation, apparaît bien isolée.

Le nouvel indice CAC PME va encore réduire les possibilités de placement

Enfin, l'étroitesse de l'univers de placement du PEA-PME pourrait encore être renforcée par le lancement du nouvel indice d'Euronext, le CAC PME. Cet indice, qui regroupe 40 sociétés cotées, intègre beaucoup moins de valeurs que le CAC Small. Au cas où il deviendrait une référence pour la performance des fonds dédiés, les fonds collectés dans le cadre du PEA-PME iront se loger prioritairement sur les 40 valeurs déjà les plus liquides (affichant un volume quotidien de transactions de plus de 250 000 euros). Le PEA-PME profitera alors aux entreprises présentant les besoins de financement les moins élevés de leur catégorie et pourrait alors conduire à des excès de valorisation dont les éventuelles corrections futures ne seront pas sans conséquence sur le comportement d'épargnants français déjà très peu enclins à investir en bourse.

 

 

 

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a écrit le 19/03/2014 à 16:37 :
"La perte de contrôle est crainte pour 40% des dirigeants, tandis que le respect des règles de transparence décourage 30% des personnes interrogées."

C'est le syndrôme du petit patron français disposant d'une incroyable aversion au risque donc on reste petit jusqu'au rachat par son concurrent plus gros. Le risque du PME-PMA c'est aussi de révéler au grand jour des pratiques illégales (travail dissimulé, fraude fiscale, etc).

"Le PEA-PME profitera alors aux entreprises présentant les besoins de financement les moins élevés de leur catégorie"

Par cette affirmation vous admettez que votre titre est volontairement provocateur. De plus, le PEA-PME n'est sans doute pas un outil permettant de faire l'économie d'une comptabilité et d'un business modèle sans faille. Vous semblez passer sous silence le principe même du PEA: l'investissement. Et de ce point de vue, c'est un excellent moyen de soutenir l'économie française à travers de l'épargne des ménages (au moins une fraction).
Réponse de le 19/03/2014 à 17:24 :
Correction: Lire PEA-PME au lieu de PME-PMA.
Réponse de le 20/03/2014 à 2:43 :
Je trouve, mais c'est une simple impression, que ça ressemble surtout à un bon moyen de rendre liquide des titres, permettant ainsi aux banques de faire quelques montages pour lesquels ils trouveront toujours une sortie auprès de ceux qui mécaniquement (je ne dis pas autre chose) devront acheter des titres sur un marché restreint... en gros la porte ouverte à une bulle et à des abus. Comme d'hab.

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