Comment l'Inde pourrait combler son retard technologique

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Narendra Modi, premier ministre de l'Inde depuis le mai 2014
Narendra Modi, premier ministre de l'Inde depuis le mai 2014 (Crédits : reuters.com)
L'Inde est un pays spécialisé dans les services informatiques, à destination du monde entier, mais n'a guère profité du progrès technologique. Comment mettre fin à ce paradoxe? Par Raghunath A. Mashelkar président de Global Research Alliance, associé principal au McKinsey Global Institute.

Il est difficile d'ignorer le paradoxe que l'Inde, qui fournit des solutions à nombre des plus épineux problèmes en matière de technologies de l'information que les plus grandes sociétés internationales doivent régler, est un pays qui a peu profité du progrès technologique. Heureusement pour les citoyens de l'Inde, le Premier ministre Narendra Modi a l'intention de changer cet état de fait.

On constate également un retard substantiel de l'Inde sur la Chine, son homologue de l'Asie émergente. Pendant que la Chine créait le plus grand bazar en ligne du monde et se plaçait à la pointe des énergies renouvelables, l'Inde a à peine commencé à explorer le potentiel du commerce électronique, les outils informatiques demeurant hors de portée de millions de petites et moyennes entreprises et la plupart des citoyens n'ayant toujours pas accès à l'économie numérique.

Une initiative numérique nationale

Pour mettre l'Inde à niveau, le gouvernement de Modi a annoncé en août une initiative numérique nationale : 1.130 milliards de roupies (19 milliards de dollars) en investissement pour assurer la distribution de communications à large bande à 250.000 petites agglomérations, l'accès universel aux communications mobiles, le développement des services publics en ligne et la prestation par des moyens électroniques de toute sorte de services de base. Il va sans dire que ces développements contribueront largement à faire progresser les projets de l'Inde en matière de prestation électronique des services gouvernementaux.

Les trajectoires technologiques viennent épauler la cause de Modi. La baisse rapide des coûts et une hausse des capacités productives d'un éventail de technologies numériques - notamment la mobilité Internet, le cloud et les systèmes experts - rend possible l'adoption à grande échelle dans la prochaine décennie, même dans un pays relativement dépourvu de moyens comme l'Inde.

 550 à 1.000 milliards de dollars de revenu supplémentaire

Ces technologies numériques - jumelées aux progrès de la génomique (venant en appui à l'innovation en agriculture et en médecine) et des énergies non conventionnelles (éolien, solaire, pétrole et gaz de schiste) - permettront l'intégration financière de centaines de millions d'Indiens et éventuellement de redéfinir les modes de prestation des services comme l'enseignement, l'aide alimentaire et la santé. Les études du McKinsey Global Institute indiquent que, d'ici 2025, ces facteurs devraient ajouter de 550 à 1.000 milliards de dollars de revenu annuel de l'Inde.

Les gains se répartiraient sur divers secteurs, même ceux qui ont des niveaux actuels peu élevés d'adoption technologique. Des applications actuelles en agriculture, en santé, en éducation et en infrastructures peuvent contribuer collectivement 160 à 280 milliards de dollars au PIB annuel - et, plus important encore, donne de nouvelles possibilités aux Indiens ordinaires.

Téléformation, services financiers mobiles...

En effet, des innovations dans le monde de l'enseignement - comme l'apprentissage adaptatif et la téléformation - permettraient ainsi à 24 millions de travailleurs de recevoir plus d'années de formation afin de trouver des emplois mieux rémunérés. Les services financiers mobiles donneront accès au système financier à 300 millions d'Indiens, leur permettant d'établir un dossier de crédit. Et l'agriculture de précision - qui utilise des systèmes d'information et de données géographiques pour guider la transplantation, l'irrigation et d'autres activités - permet à 90 millions d'exploitants agricoles d'accroître leurs récoltes et d'en réduire les pertes, grâce à l'accès à des données de marché actualisées qui gonfleront leurs revenus.

Mieux gérer les programmes alimentaires

En outre, près de 400 millions d'Indiens vivant dans des zones rurales moins nanties peuvent maintenant avoir accès à de meilleurs soins de santé dans des cliniques sur sites, où le personnel médical peur émettre un diagnostic et traiter certaines maladies mineures à l'aide d'outils économiques de diagnostic, des logiciels spécialisés et des liaisons électroniques avec les médecins. Finalement, en utilisant des processus numériques pour les services publics, comme les programmes d'aide alimentaire aux populations démunies, l'Inde pourrait éliminer les fuites qui détournent, selon nos estimations, la moitié des aliments destinés aux gens dans le besoin.

Des obstacles à la généralisation d'internet

Pour que l'Inde puisse tirer tout le potentiel de ces technologies, il faudra qu'elle franchisse les obstacles à leur adoption. L'indice Kinsey qui recense les obstacles à l'égard de l'Internet pour 25 pays, classe l'Inde dans le groupe (ainsi que l'Égypte, l'Indonésie, la Thaïlande et les Philippines) caractérisé par des handicaps plus ou moins élevés dans les quatre principaux domaines suivants : les infrastructures, l'accessibilité, les mesures d'intéressement incitatives et les capacités.

Même avec les prix peu élevés des appareils et les forfaits de données, comparés aux autres pays, l'accès à Internet en Inde demeure hors de portée de près d'un milliard de personnes. Par ailleurs, la couverture de réseau et les infrastructures périphériques demeurent inadéquates, particulièrement dans les zones rurales. Et, même si 48 % des Indiens urbains ont des connaissances informatiques, seulement 14 % des Indiens savent utiliser un ordinateur de façon efficace.

Les instances indiennes devraient collaborer avec le secteur technologique du pays et d'autres intervenants du secteur privé pour appliquer des mesures qui faciliteraient l'adoption de technologies. Des mesures qui comprennent des investissements soutenus dans des réseaux nationaux d'interconnexion, établissement des normes d'interopérabilité et la mise en place d'un environnement propice pour les appareils à bas coûts.

Faciliter l'entrepreneuriat

Afin de stimuler le développement de prestation des services en ligne, les autorités doivent aussi s'attaquer à des obstacles plus généraux envers l'entrepreneuriat, comme les procédures laborieuses de l'Inde lorsqu'il s'agit de lancer de nouvelles entreprises. Qui plus est, comme l'expérience du secteur de la téléphonie mobile de l'Inde le démontre nettement, l'intensification pour le maximum d'impact nécessite plus que des entreprises innovatrices ; elle exige aussi un cadre réglementaire caractérisé par une approche libérale envers les prix, la fabrication et la distribution.

Pour faire durer les avantages de l'adoption de technologies et de l'innovation, il est essentiel de maintenir les investissements et d'en compenser les effets perturbateurs. Par exemple, l'automatisation des métiers du savoir - les logiciels et les systèmes qui sont de plus en plus capables d'effectuer des tâches humaines qui requièrent le jugement - pourrait faire disparaître de 19 à 29 millions d'emplois d'ici 2025. Les technologies permettront cependant de créer de nouveaux emplois - parfois meilleurs - pour remplacer ceux qui sont disparus, mais seulement si les réseaux d'enseignement et de formation de l'Inde préparent la main-d'œuvre adéquatement.

Grâce à une planification avisée, une collaboration féconde entre les institutions publiques et privées et à une bonne exécution, les autorités publiques de l'Inde peuvent dégager la voie au progrès technologique. Les avantages sociaux et économiques d'une telle stratégie ne sauraient être surestimés.

Traduit de l'anglais par Pierre Castegnier

Raghunath A. Mashelkar est président de l'organisme Global Research Alliance et président de la Fondation nationale en innovation de l'Inde. Anu Madgavkar est associé principal au McKinsey Global Institute.

© Project Syndicate 1995-2015

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a écrit le 15/01/2015 à 16:43 :
Peut être que si le système des castes et son cortège d'esclaves en tous genres disparaissait ce serait un début de progrès, la levée d'un verrou, permettant entre autres de promouvoir l'éducation, un bien autrement plus important que le simple accès à internet. Ensuite, pourquoi ne pas utiliser aussi internet pour cela. Tant que les citoyens seront classés en rangs d'importance suivant leur naissance rien ne changera. Les ingénieurs travaillant pour les sociétés de services en informatique viennent tous des castes supérieures. Ce n'est pas un hasard et ça ne changera pas avec internet. Les esclaves resteront esclaves.
Réponse de le 15/01/2015 à 20:00 :
Il n'existe d'ingénieurs qu'en France. Ailleurs, ce sont des docteurs ou des masters. Pour cela que nos ingé sont appréciés ailleurs.
Sinon, l'Inde, qualifiée de "plus grande démocratie" au monde par les US compte 3 milliardaires et 1,5 milliards de pauvres, "excellente" homogénéité qui n'est pas prête de changer... Le haméricane drim, en fait.
a écrit le 15/01/2015 à 13:45 :
Tout çà est bel et bon, mais, autant que je sache, la vraie modernité c'est l'eau courante buvable, et le tout-à-l'égout. Et de l'électricité 24 heures sur 24.
Le reste, internet et le tutti quanti, ce sont des détails, finalement.
Réponse de le 15/01/2015 à 14:11 :
Bonjour,
Vous avez tout à fait raison mais pour l'eau courante, le tout à l'égout, l’électricité et des logements salubre ainsi que des routes réellement carrossable il faut bien plus que 19 milliard de dollars dans un pays de plus d'un milliard de citoyens.
Le but de cette initiative est de faie baisser les coûts administratifs de l’État par une mise en ligne d'une partie de ses service, de générer plus entrepreneuriat local afin de générer plus de taxes et d’impôts et donc grâce aux économies publiques et aux taxes et impôts locaux sur les entreprises locales il pourra attaquer communes par commune les problème de salubrité de l'eau, d'égouts, de logement et de voie carrossable.
Donc premier chantiers les communications et l'informatisation de la société afin de générer en interne la révolution déjà opérée auprès des partenaires de l'Inde (grâce à l'Inde). En fait le fait d'utiliser son meilleur atout (l'informatique) pour effectuer la transformations de sa société et produire de la valeur est une excellente idée car elle demande un investissement minimal en formation au vu du nombre d'experts en informatique présent sur leur territoire.
Réponse de le 15/01/2015 à 20:01 :
Vous avez raison, asimon : de toute façon, ce sont des sauvages...

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