Compétitivité française : l'arrêt du décrochage

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Olivier Passet, directeur des synthèses économiques de Xerfi. / DR
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, compétitivité française, l'arrêt du décrochage.

Si l'on veut faire le point sur l'efficacité de la politique économique menée en France depuis deux ans, ce sont nos parts de marché qui doivent être scrutées avec le plus d'attention. Le but recherché est bien d'améliorer la capacité de réponse de la production en préservant l'investissement et en augmentant les chances de l'économie française à s'arrimer à une reprise externe. Emploi et croissance sont des résultats de plus longue haleine.

Si l'on en juge par la contribution de notre commerce extérieure à la croissance, on peut s'inquiéter des retombées tangibles du pacte de responsabilité. Mais cet indicateur reste très insuffisant. Il restitue d'abord la dégradation de l'environnement conjoncturel de la France (de la zone euro et des émergents notamment). Idem pour notre balance commerciale hors énergie. Qui continue à se dégrader mais qui combine trop d'effets pour incriminer notre seule compétitivité.

Nos parts de marché sont sur ce plan l'indicateur de vérité. Et sur ce thème, l'institut COE-Rexecode vient de publier un document de travail particulièrement utile. Si la presse a retenu essentiellement que la situation s'était dégradée entre 2013 et 2014, l'étude livre un message plus pondéré. En gros, les choses vont moins mal, même si la France n'a pas tout à fait stabilisé ses positions.

Il n'existe malheureusement pas d'indicateur incontestable

En fonction des conventions retenues (volume, valeur, demande adressées) les résultats peuvent varier. Je retiendrai ici deux indicateurs qui me paraissent bien résumer les choses. Le premier rapporte nos exportations de biens et services en volume à la demande qui nous est adressée, mesurée par l'OCDE comme la somme des importations des pays tiers, pondérée par leur poids dans nos exportations). Cet indicateur montre : Que la France a peu ou prou stabilisé ses parts de marché sur ses zones de destination habituelles. La séquence noire de  2001-2010 est interrompue. Dans un contexte difficile de dévaluation interne des pays du Sud, le résultat n'est pas si mauvais.

Cette performance doit être relativisée néanmoins au regard de celle de l'Allemagne, qui a restauré ses positions de 2008 et continue à légèrement progresser. Et au regard des autres pays de la zone (ici la zone euro moins la France et l'Allemagne). Résultat essentiellement imputable à l'Espagne.

A qui le tour ?

Mais si l'Espagne fait mieux, sans surprise, la France n'est plus un pays manifestement à la dérive. C'est aujourd'hui à l'Italie d'endosser ce rôle et de cristalliser l'inquiétude.

On peut resserrer maintenant l'observation sur les échanges intra-européens, où les pays combattent à arme de change égale. L'avantage ici est qu'Eurostat délivre des données harmonisées, en valeur comme en volume. J'ai retenu ici nos parts à prix constants, en volume donc. Et là encore se confirme que la France n'est plus dans la séquence du décrochage. Mieux, les 10 mois connus de 2014 ne sont pas en retrait par rapport à la même période de 2013.  L'économie française a même plutôt mieux résisté au retour de l'Espagne que l'Allemagne et à fortiori l'Italie.

Tout n'est pas résolu, loin de là. Et le travail fin de COE-REXICODE et là pour le rappeler. Le lien entre notre stabilisation avec l'inflexion de la politique économique est loin d'être démontré aussi, puisqu'elle devance les annonces gouvernementales. Mais à l'heure où la demande européenne pourrait se raviver, il est important de noter que l'économie Française ne sera pas condamnée à rester sur le bord de la route.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 15/02/2015 à 10:01 :
Et il nous reste au moins une arme que nous n'avons pas utilisée, particulièrement en interne à la zone euro, qui est la TVA sociale qu'on pourrait coupler avec une réforme des retraites, cette fois-ci plus systémique, changeant son mode de financement....La dernière arme si ça ne suffit pas étant la généralisation de "l'allocation universelle comprise dans le salaire" (une sorte de généralisation des contrats d'avenir assortie d'un "droit au travail") notamment pour baisser le coût du SMIC.
Réponse de le 16/02/2015 à 18:00 :
Vous êtes sur la bonne voie, mais la TVA sociale n'est pas suffisante, il faut une taxe sur l'énergie.
a écrit le 14/02/2015 à 10:10 :
"L'arrêt du décrochage" n'est que le résultat de la délocalisation des moins compétitive et de la concurrence du travailleurs détachés!
a écrit le 14/02/2015 à 9:18 :
Quand les Européens auront compris qu'il faut arrêter d'acheter allemand. C trop cher et de moins en moins bien.
a écrit le 14/02/2015 à 7:06 :
Coe-Rexecode a surtout envisagé une réforme fiscale à niveau constant permettant de reporter les charges sociales sur la consommation d'énergie.
a écrit le 13/02/2015 à 22:57 :
Ne devrait-on pas faire des pré-retraites pour la sous compétitivité classée 25ème, où est l'application du traité de Lisbonne?
a écrit le 13/02/2015 à 17:53 :
tient revoila Mr Lunette Rose, alias Docteur Methode Coue!

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