Aéronautique : comment gérer les turbulences sur les devises

Pour l'industrie aéronautique, mais aussi tous ses fournisseurs, la question de la gestion du change reste primordiale. Par Philippe Gélis, CEO, Kantox
(Crédits : PASCAL ROSSIGNOL)

Chaque année, lorsque les projecteurs sont braqués sur l'actualité du secteur aéronautique à l'occasion du Salon International de l'Aéronautique et de L'Espace, le même leitmotiv est rejoué à l'infini : l'industrie aéronautique française s'en sort bien mais pourrait mieux faire si le taux de change euro-dollar ne lui était pas si défavorable. Soit l'Euro est trop fort et la filière, qui vend en dollar, voit ses revenus fondre. Soit l'euro est trop faible et le secteur ne peut en profiter car n'avait vu venir cette baisse et s'était trop couvert pour en retirer les fruits.

Contraintes de payer des commissions

Et encore, sachant que des entreprises comme Airbus ou Safran qui échangent plusieurs milliards (20 à 25 pour le premier, 6 à 7 pour le second) de dollars par an, disposent d'équipes aussi nombreuses que compétentes pour optimiser leur stratégie de change et des fournisseurs de devises qui se plient en quatre pour leur proposer les meilleurs taux, imaginez le désarrois des PME fournisseurs de ces grands groupes qui ne disposent pas de ces moyens.
Jusqu'à présent la plupart de ces entreprises n'avaient donc que le choix de subir les variations erratiques de l'euro-dollar et de payer scrupuleusement les commissions plus ou moins affichées de leur banquier ou broker.

 Optimiser les stratégies de couverture

Dorénavant, les PME du secteur peuvent profiter de taux de change plus avantageux qui étaient auparavant l'apanage uniquement des grands mastodontes. Par ailleurs, il existe des règles simples, bien que trop souvent négligées, pour aider les PME de la filière à optimiser leur stratégie de couverture. Après tout, jusqu'à 83% des Directeurs Financiers échouent à éviter à leur entreprise de perdre de l'argent à cause de l'évolution des taux de change pour ne pas avoir optimisé leur stratégie de gestion des devises, ou pour ne pas en avoir mis en place.

Cinq clés irréfutables pour aider les entreprises du secteur dans leur stratégie de gestion du change de devises

1. Connaître son exposition et ses besoins
Il est primordial de savoir exactement son exposition au risque de change, ceci incluant les volumes dans chaque monnaie et la période d'exposition. Il convient de définir un processus de gestion du change de devise ainsi que les besoins et les objectifs de sa stratégie de couverture. Il est par ailleurs tout à fait possible de se faire aider sans frais.

2. Connaître le marché
Suivre l'évolution du marché, les macro-développements (mouvements géopolitiques, décisions des banques centrales, informations sur les marchés de devise, performance économique) est crucial pour la détermination de son exposition au risque. Après tout, faire le choix de se couvrir à 100% peut faire passer à côté d'opportunités de gains non négligeables si le marché se montre finalement favorable. Connaître le marché permet de se préparer à toutes les éventualités. Il existe bien évidemment des outils pour réaliser cela : création d'alertes automatiques ou plateformes de visualisation des taux de change en temps réel.


3. Toujours se couvrir
Beaucoup de Directeurs Financiers voient dans le risque de change l'un des principaux risques qui pourraient affecter leur rentabilité (en tout cas l'un des plus volatiles). Il est nécessaire de se couvrir sur une partie plus ou moins importante de son exposition (en fonction de la frilosité de l'entreprise mais aussi de son modèle opérationnel et des conditions de marché) à l'aide de produits comme les Forwards ou les Options.

4. Toujours effectuer des comparatifs entre ses banques et brokers par rapport au taux "mid-market" en temps réel
Beaucoup de banque et brokers offrent un taux de change unique par jour, sans mentionner le taux de marché auquel ils obtiennent la devise. C'est bien souvent sur ces quelques « Pips », points de base, que se joue la différence (0,5 centimes cela peut paraître dérisoire mais ce l'est beaucoup moins multiplié par le volume total d'Euros convertis sur une année). Il est dorénavant possible pour toutes les entreprises d'avoir accès à ce fameux taux de marché (« Mid-market »), et plus seulement pour les majors du secteur. Comparer le taux proposé par sa banque ou son broker avec le taux de marché permet de se faire une idée assez précise de la marge réalisée sur l'opération.
Bien que les banques et brokers ne divulguent que très rarement le différentiel de taux - le spread - qu'ils appliquent (un bon cuisinier ne donne jamais sa recette mais devrait au moins laisser regarder la cuisine), il est bien souvent compris entre 0,5% et 1,5% du montant total de la transaction et jusqu'à 3% et au-delà.

5. Eviter les produits de couverture que l'on ne comprend pas
Les équipes de ventes des banques sont incitées à vendre des produits de couverture les plus complexes et les plus onéreux possibles. Ces produits sont beaucoup plus rentables pour les banques, que le client en ait besoin ou non, et il convient d'être bien vigilant sur le fait qu'un produit beaucoup plus simple (et gratuit) peut parfois parfaitement convenir. D'autant plus que ces produits peuvent venir complexifier une stratégie de couverture (immobilisation de trésorerie, effet de cliquet). Maintenir sa stratégie le plus simple possible et n'acheter que les produits nécessaires.

Bien que la mise en place d'une stratégie de couverture est loin d'être évident, ces quelques conseils peuvent former la colonne vertébrale de la procédure à suivre, avec pour objectif d'améliorer l'efficacité de sa stratégie de gestion de change de devise et de protéger sa marge.

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