Agriculture : Les mirages et l'impasse lepénistes

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Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre rapidement que le programme de Marine le Pen et ses promesses démagogues ne mèneraient l'agriculture française que dans une impasse. Par Michel Dantin, Député européen - Maire de Chambéry (LR)

Le désespoir dans les campagnes est immense. La mise en œuvre de la nouvelle réforme de la PAC dans notre pays est catastrophique. Alors que nos 27 partenaires européens profitent déjà des bénéfices de cette dernière, le quinquennat socialiste a laissé toute une profession exsangue. On annonce alors que les agriculteurs seraient séduits par les sirènes de Madame Le Pen et de son programme agricole proposant le protectionnisme, le repli de l'agriculture française sur elle-même et la sortie de l'Union européenne. En cette dernière semaine de campagne, j'ai trop de respect pour les paysans français pour rester muet, il est nécessaire de rappeler ce qu'est l'agriculture française et de déconstruire un programme agricole fondé sur de vaines promesses.

Le rôle structurant de la PAC

Notre agriculture est par nature diversifiée, connue pour la qualité de ses produits et résolument ouverte sur le monde. Deux tiers des exploitations agricoles sont tournées vers l'exportation permettant à la France de dégager en 2015 un excédent commercial de l'ordre de 9,2 milliards d'euros (dont 2,7 milliards sur le marché européen) et en dépit d'une année noire, l'excédent se maintient à 6,1 milliards d'euros en 2016. La Politique Agricole Commune a depuis 55 ans eu un rôle structurant dans le développement de notre agriculture en lui donnant l'accès à un marché intérieur de 500 millions de consommateurs. Cette politique continue à mobiliser près de 10 milliards d'euros par an en soutien à l'investissement agricole et au revenu des agriculteurs, protégeant plus de 54% d'entre eux de la faillite.

En agriculture comme dans d'autres secteurs, il faut du concret. Marine le Pen souhaite transformer la Politique Agricole Commune (PAC) en Politique Agricole Française (PAF) fondée sur un protectionnisme agricole. Une telle promesse a pour préalable la sortie de l'Union européenne, à la manière du Brexit. La négociation qui s'engage avec les Britanniques nous donne déjà une idée de ce que pourrait être son application en France... Que de promesses aux agriculteurs britanniques ! Le budget des aides sera maintenu ? Aujourd'hui, le gouvernement de sa Majesté annonce qu'elles seront mieux ciblées mais que leur montant ne sera pas garanti. Les agriculteurs britanniques seront protégés face à la concurrence déloyale ? La Première Ministre britannique a déjà démontré sa volonté de négocier rapidement des accords de libre-échange avec le reste du monde...

L'impasse d'un programme

Comparaison n'est pas raison. Néanmoins, pour compenser la fin de la PAC, une politique agricole française devra avoir un budget bien supérieur à 15 milliards d'euros. Qui peut croire que l'État mobilisera une telle somme et comment pourrait-elle être mobilisée ? Le FN promet la promotion des circuits courts et veut garantir « des prix au lieu des aides », reprenant habilement un slogan syndical connu, mais comment éviter la surproduction et l'effondrement consécutif des prix si les débouchés à l'exportation de l'agriculture française font l'objet de mesures de rétorsion de la part de nos partenaires commerciaux ? Ou à l'inverse, comment éviter le renchérissement des prix pour le consommateur si l'augmentation des prix des intrants importés et la baisse des rendements de l'agriculture française font exploser les coûts de production ?

Il ne faut pas être grand clerc pour comprendre rapidement que le programme de Marine le Pen et ses promesses démagogues ne mèneraient l'agriculture française que dans une impasse. Et alors que les accords électoraux vont bon train pour le deuxième tour, que les négociations tant promises avec l'Union européenne sur la sortie de l'euro et donc de l'Union sont renvoyées aux calendes grecques, ces promesses révèlent leurs vraies natures : des mirages.

Agriculteurs français, êtes-vous prêt à prendre un tel risque ?

Michel Dantin

Député européen - Maire de Chambéry

Ancien porte-parole de François Fillon à l'agriculture et la ruralité

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Commentaires
a écrit le 03/05/2017 à 19:37 :
aujourd'hui , bonne nouvelle . Alstom va fournir aux chemins de fer allemands une grosse commande de trains , qui seront tous construits en Allemagne .
pourtant c'est en France qu'il y a beaucoup de chômage .
que font nos eurodéputés UMPS , à part se goinfrer d'indemnités non imposables !
quant aux exportations agricoles en Allemagne , elles ne cessent de diminuer à cause des distorsions de concurrence sur les coûts de main d'oeuvre des travailleurs détachés issus des ex pays de l'est que l'"industrie agricole allemande " utilise sans retenue .
où sont encore passés nos eurodéputés de l'UMPS ?
a écrit le 03/05/2017 à 16:52 :
La PAC est hautement critiquable, votre militantisme vous rend totalement subjectif et du coup inaudible.

Jamais je n'ai vu une telle propagande médiatique en faveur d'un candidat, heureusement que le fn ne veut surtout pas gagner parce qu'il pourrait coller un procès à des centaines de médias et entreprises qui leurs sont liés et gagner.

Macron va gagner largement mais n'oubliez pas que la campagne pro-clinton des médias de masse américain a fait gagner trump les gens en ayant marre qu'on leur dise tout le temps ce qu'ils doivent faire et ils en ont marre de travailler plus pour gagner moins.

Vous jouez avec le feu et si vous vous brûlez vous viendrez nous dire que c'est la faute aux abstentionnistes, un énième cercle vicieux qui anéanti notre démocratie.

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