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Bolloré, le raider financier

Hervé Guyader (*)

Publié le 23 septembre 2020 à 04:46

Hervé Guyader

Photo d'illustration

DR

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OPINION. C'est l'histoire d'une bataille industrielle qui eut plu à Homère. Paris (Arnaud Lagardère) ne doit son salut qu'à l'intervention d'Hector (Bernard Arnault) contre les assauts d'Achille (Vincent Bolloré). Sauf qu'en l'espèce, on cherche encore son talon. Par Hervé Guyader, avocat au barreau de Paris, docteur en Droit, président du Comité français pour le droit du commerce international (CFDCI) (*).

Il faut reconnaître à Vincent Bolloré d'avoir forgé une méthode redoutable pour prendre possession des sociétés ciblées. Il y pénètre par une voie minoritaire avant d'en bouleverser la gérance pour finir par lancer une opération de rachat finale ou s'extraire en faisant un copieux bonus.

Déjà en 1997, il voulut acheter Bouygues. Il mit une année pour se hisser à 12 % des droits de vote tout en entrant au conseil d'administration. Martin Bouygues se rebiffa et contraint Vincent à céder ses parts à François Pinault, en empochant, au passage, près d'un quart de milliard d'euros. Martin ne lui pardonnera jamais !

Il fit de même avec Havas qui appartient désormais à la galaxie bretonne et est dirigée par un de ses fils. En 2004, lors d'une assemblée générale houleuse, Vincent Bolloré réussit à se faire nommer au conseil d'administration pour finir par écarter son dirigeant d'alors.

Semblable stratégie fut conduite contre Ubisoft. Rentré sur la pointe des pieds, Bolloré batailla pour entrer au conseil d'administration qui lui fut refusée par le président d'Ubisoft. Las, le breton battit en retraite au prix, cette fois, d'1,2 milliards d'euros de plus-value.

C'est encore en Italie que Bolloré déploya sa formule en s'emparant progressivement de 20,5% du capital de Telecom Italia au titre de Vivendi. Il imposa l'élargissement de 14 à 17 administrateurs et le refus de la conversion des actions à dividende prioritaire qui eut pu lui causer problème en cas de raid.  Tout se passerait bien si un autre industriel français n'avait été tenté de suivre la même voie. Xavier Niel, également intéressé par l'opération tente de s'y infiltrer, ce qui contrarie les ambitions de Bolloré.

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Le dernier raid sur le groupe dirigé par Arnaud Lagardère fait lui-aussi figure d'exemple. Il faut se souvenir que ses deux principaux actionnaires sont Vivendi, donc Bolloré, (à hauteur de 23,5%) et Amber capital (à hauteur de 20%) qui décident de demander au juge la fixation d'une assemblée générale destinée à voter une nouvelle gérance, soit quatre nouveaux administrateurs au conseil de surveillance de Lagardère, préambule à son éviction programmée. L'avenir du groupe Lagardère, et surtout sa direction par Arnaud ne tient qu'au fil tissé par Bernard Arnault qui a pris possession via son holding de 27 % de Lagardère Capital et Management pour un montant de 100 millions d'euros.

Vincent Bolloré a développé une stratégie d'acquisition désormais enseignée dans toutes les écoles de commerce comme étant celle du raid à couvert. Il s'agit de prendre des positions très minoritaires et de les accroitre jusqu'à déclencher un raid boursier qui permettra de conquérir la position désirée ou à tout le moins de dégager une belle plus-value.

Les observateurs de ce type d'opérations savent que d'ordinaire, préférence est donnée aux raids massifs, initiés par surprise. Le temps passé à conquérir des positions minoritaires est généralement considéré comme une perte sèche. C'est là tout le génie de Bolloré et de Lagardère père d'avoir su déployer des stratégies audacieuses qui finissent par acquérir le statut de cas d'école.

Le dernier exemple témoigne d'un enrichissement de la méthode puisque Bolloré s'est adjoint les services d'un autre actionnaire, Amber, afin de renforcer sa position qui, forte de 43,5 %, ébranle incontestablement Lagardère. Ce n'est pas la première fois qu'il s'allie à ce fonds activiste britannique : en 2016, il avait déjà obtenu le ralliement d'Amber Capital lors de sa prise de contrôle de Gameloft.

Toute l'idée reste finalement pour Lagardère à présenter une ligne de défense s'opposant aux Short sellers, vendeurs à court terme ou vendeurs à découvert. Héritier d'un groupe constitué par son père, il peut s'abriter derrière ce paravent pour tenter de contrer, avec l'aide de Bernard Arnault, les offensives de Bolloré et du fonds Amber.

En matière d'acquisitions, prime est souvent donnée aux raiders, ce qui laisse augurer d'un avenir sombre pour Arnaud Lagardère.

--

(*) Par Hervé Guyader, avocat au barreau de Paris, docteur en Droit, président du Comité français pour le droit du commerce international (CFDCI).

Hervé Guyader (*)

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