Ce n'est pas la protection sociale qui provoque les déficits : la PREUVE

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(Crédits : Dado Ruvic)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, la protection sociale provoque-t-elle les déficits ?

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Au rang de premier accusé des déficits budgétaires structurels, il y a le coût de la protection sociale. Cela sonne comme une évidence. Sans surprise, le poids des dépenses publiques est positivement corrélé au poids de la protection sociale. Emblématique de cela, l'économie française, double palme d'or de la dépense publique et de la dépense sociale parmi les pays de l'OCDE. Faut-il pour autant, sur la base du cas français en tirer une loi générale, associant générosité de l'État-providence, tendance au déficit et à la dérive de l'endettement public ? Non car c'est tout simplement contrefactuel.

Je me focaliserai d'abord ici sur la dernière décennie. Regardons les données de façon abrupte. Sur l'axe vertical, le déficit budgétaire moyen sur la période 2008-2017. En abscisse, le poids moyen des dépenses de protection sociale (des administrations publiques) dans le PIB. Si les pays à protection sociale généreuse étaient plus exposés que les autres au déficit, je devrais observer une forte concentration de ces pays en bas à droite du cadran, zone qui combine haut niveau de protection sociale et haut niveau de déficit. Et une autre concentration en haut à gauche des pays financièrement vertueux, en même temps que socialement parcimonieux. Rien de tel. Et de façon manifeste. La France, pays champion de la dépense sociale, fait certes figure d'élève médiocre du point de vue de la maîtrise des déficits. L'Australie combine bien faibles dépenses de protection sociale et relative maîtrise des déficits.

Une corrélation inverse et contrintuitive...

Mais sorti de ces deux cas, c'est plutôt une corrélation inverse et contrintuitive qui se dégage. Les pays anglo-saxons, États-Unis et Royaume-Uni en tête, du Sud, ou encore le Japon, plutôt asociaux au regard de la moyenne de l'OCDE, sont de piètres élèves en matière de déficit. A l'inverse, les pays d'Europe du Nord combinent haut niveau de protection sociale et maîtrise des déficits sur moyenne période.

On peut certes s'interroger sur la robustesse de ce constat, sur la période très singulière de l'après crise de 2008, où les déficits renvoient d'abord à l'ampleur du choc encaissé par les différentes économies. Reprenons alors la recherche de corrélation sur la période 2000-2007. Même constat. C'est encore une corrélation inverse, certes faible, qui ressort, avec, à quelques exceptions près, comme l'Espagne, une certaine constance des positions relatives des différentes économies. Et une fois encore, le Nord européen d'un côté, les États-Unis, l'Europe du Sud ou le Japon, viennent fracasser tous les a-priori.

...faible niveau d'endettement et haut niveau de protection sociale

Peut-être la prise en compte de l'endettement public, au lieu du déficit sur moyenne période, qui restitue mieux les incuries passées, rendra mieux justice à la corrélation attendue. Or que ce soit sur la période 2008-2017 ou sur celle d'avant crise, 2000-2007, il n'en est rien. Non seulement, il n'existe strictement aucune corrélation entre la nature du modèle social et le niveau d'endettement public d'une économie. Mais, c'est une fois de plus le cadran combinant faible niveau d'endettement et haut niveau de protection sociale qui est le mieux fourni.

Dernière épreuve de robustesse. Élargissons le concept de protection sociale aux dépenses d'investissement social liées à la santé, l'éducation, au logement... Car c'est au fond l'ensemble de ces dépenses qui participent au haut degré de protection sociale et d'équité d'une économie. Une fois plus, c'est la corrélation inverse qui semble l'emporter... plus de protection et d'investissement social est plutôt couplé à un plus haut degré de robustesse financière des États. Cela est vrai après, comme avant crise.

Je ne vais pas épiloguer. Mais s'il en fallait une preuve supplémentaire, voici une bonne raison de casser les raisonnements pavloviens sommaires et purement monétaires sur la saine gestion des finances publiques. C'est bien la qualité des dépenses, et leur véritable rendement socio-économique qui doit gouverner les arbitrages budgétaires. Assurer et mutualiser largement le risque dans une économie en proie à l'incertitude, n'est pas forcément gage d'inefficacité et d'insolvabilité... formulée de la sorte, l'assertion n'a finalement rien de surprenant.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 14/11/2019 à 13:32 :
Il est normal qu'il n'y ait aucune corrélation entre déficit public et haut niveau de protection sociale, puisque la dette publique française est depuis 40 ans générée par les énormes cadeaux fiscaux, qui s'accélèrent au profit des plus nantis.
a écrit le 14/11/2019 à 13:20 :
Dans l'émission de l'équipe du soir, si si il y a un rapport vous allez voir ^^, les journalistes citaient un personnage de foot qui disait, un entraîneur je crois bien "Quand il faut parler d'autre chose que de moi je jette un chat mort sur la table et tout le monde parle du chat mort".

Cet acharnement sur ces dépenses publiques qui non seulement sont parfaitement légitimes mais en plus dans lesquelles l'économie fini toujours par se retrouver est un chat mort jeté sur la table par les mégas riches afin que l'on ne comptabilise pas le pognon de dingue que nous coûte l'argent du capital, leur argent.

Pareil pour la dette et tout les autres dysfonctionnements liés seulement à l'oligarchie.
a écrit le 14/11/2019 à 13:19 :
il semble manquer un paramètre de poids dans l'analyse : le coût de la fonction publique et de ses agences associées à la mise en oeuvre de la protection sociale .
copie à revoir éventuellement ...
a écrit le 14/11/2019 à 10:47 :
L Europe dicte les directives mais l Europe est créé par et pour servir les multinationales et le grand capital. Son intérêt est de faire supprimer tous les avantages sociaux. L appauvrissement des masses s accentuent. La domination croissante du capital sur le travail, la domination de l'élite des travailleurs, ou de la classe supérieure des travailleurs, sur les travailleurs de la classe moyenne. Outre la défiscalisation des grands groupes et des plus fortunés, le transfert de revenu d une caste à l autre 
Un médecin spécialiste, par exemple, gagnait environ 4 fois le revenu d'une infirmière au milieu du 20e siècle, mais il gagne aujourd’hui plus de 7 fois plus qu’elle. Au milieu du siècle, un associé dans un grand cabinet d'avocats gagnait 5 fois le revenu d'un assistant juridique, alors qu'un associé gagne aujourd’hui 40 fois plus qu'un assistant. En 1960, un PDG gagnait environ 20 fois le salaire médian national, comparativement à environ 250 fois plus aujourd'hui. Ceux qui travaillaient dans la finance au milieu du siècle n'étaient pas mieux payés que le reste de la main-d'œuvre du secteur privé. Aujourd'hui, ils sont outrageusement mieux payé ! Un dirigeant bancaire peut recevoir une rémunération totale égale à environ mille fois celle que les banques actuelles versent aux guichetiers ordinaires. C’est totalement déplacé d’une part et c’est comme des vases communicants, ce qui est capté dans les uns, prive les autres. Ce déséquilibre entraînent des désordres nuisibles à tous.
a écrit le 14/11/2019 à 10:03 :
Les charges sociales pénalisent l'emploi, nous avons depuis 20 ans un chômage de masse qui ne ce réduit que marginalement. Le raisonnement est intéressant mais notre économie souffre des prélèvements obligatoires et de la concentration de l'IR sur une minorité de français. Si notre pays a perdu son industrie , ce n'est pas un hasard.

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