Chantiers du Grand Paris : appliquons la préférence métropolitaine !

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(Crédits : Reuters)
Les entreprises françaises vont-elles vraiment profiter de l'immense chantier du Grand Paris? Par Alexandre Vesperini, Conseiller de Paris (LR)

La fermeture des sites historiques d'Alstom à Belfort aura donc été empêchée, ou plutôt mise en sursis par une maxi-commande de TGV dont la filière ferroviaire n'a visiblement pas besoin. Voilà donc l'aboutissement absurde de l'immobilisme de la France en matière industrielle. Le savoir-faire et la créativité de nos entreprises sont reconnus à travers le monde et rarement la France sera parvenue à gâcher ses atouts les plus précieux. Peut-être est-il désormais temps de penser au maintien et au développement de nos champions nationaux. Peut-être est-il désormais temps d'en finir avec l'application excessive de la concurrence libre et non-faussée, qui livre une Europe industrielle aujourd'hui désarmée au cœur de la guerre économique.

Car notre pays ne manque pas d'opportunités économiques. Celle du Grand Paris et de ses infrastructures en fait partie. Avec le métro du Grand Paris Express, ce ne sont pas moins de 205 kilomètres de ligne et 69 nouvelles gares qui vont être livrés jusqu'en 2030. Entre les infrastructures de transport, les logements et les nouveaux équipements des smart cities, ce marché représente un investissement d'environ 30 milliards d'euros.

Qui va bénéficier de cet engagement financier très largement supporté par le contribuable ? Les entreprises étrangères qui utilisent la naïveté du libre-échangisme béat dont les textes communautaires sont emplis, ou bien les entreprises françaises implantées sur notre territoire, employant une main d'œuvre locale et payant majoritairement leurs impôts dans notre pays ? Si l'évidence et la moindre conscience patriotique nous invitent à nous tourner vers nos champions, la réalité est malheureusement toute autre...

La dérive technocratique de la société du Grand Paris

Exemples : la Société du Grand Paris, qui choisit les constructeurs du futur réseau de transport public du Grand Paris (RTGP), souffre d'une dérive technocratique et tend à devenir une machine à distribuer des bons de commande, sans réelle vision politique de l'aménagement de l'aire métropolitaine, et sans davantage assumer une quelconque préférence territoriale alors que l'Ile-de-France compte 700 000 chômeurs. Par ailleurs, les élus se font trop peu entendre afin de réclamer qu'une partie minimale des chantiers soit réservée à des entrepreneurs locaux. Il ne faut du reste pas s'en étonner, la Commission européenne s'étant toujours refusée à accepter ce type de marchés publics locaux, pourtant très répandus chez nos concurrents et partenaires (Etats-Unis, Japon, Israël).

Atteintes à la concurrence ailleurs en Europe

Cette absence de réflexion politique est d'autant plus incompréhensible qu'ailleurs, y compris en Europe, l'accès aux marchés pour les sociétés françaises est entravé par des atteintes graves à la concurrence. C'est notamment le cas en Italie, où nombre d'infrastructures sont réalisées et exploitées à l'issue de processus qui, pour parler par euphémisme, n'ont pas nos critères de transparence et de légalité. Autrement dit, la France est victime de textes européens dont l'application n'est pas aussi excessive à l'étranger qu'en France.

Cette situation n'est plus acceptable. Economiquement, la naïveté des pouvoirs publics et la concurrence effrénée gâcheront les perspectives d'emplois et de chiffres d'affaires pour nos entreprises. Politiquement, le populisme, de droite comme de gauche, pourra continuer à profiter à peu de frais de l'immobilisme et de l'inconséquence de nos gouvernants.

Il est donc temps d'insérer dans la réflexion et le management des opérateurs publics davantage de patriotisme économique.

Par Alexandre Vesperini Conseiller de Paris

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