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Cloud français: les vraies raisons d'un échec

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Charles Cuvelliez

Publié le 03 novembre 2016 à 08:52

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Pourquoi la tentative de mise en place d'un cloud souverain français a -t-elle échoué? Par Charles Cuvelliez, Ecole Polytechnique de Bruxelles

C'est grâce au cloud, virage que Microsoft réussit, que ce dernier a renoué avec des records de capitalisation boursière la semaine passée. Si Microsoft ressuscite grâce au cloud, c'est parce qu'il a compris, fort de sa pénétration en entreprise avec Windows, ce qui fait le succès d'un tel projet chez ses clients. Pourquoi Microsoft qui s'est lancé sur le tard a réussi là où Numergy et Cloudwatt, les deux clouds souverains lancés par l'Etat ont échoué ?

Une étude de McKinsey d'octobre 2016 lève un coin du voile sur les facteurs de succès de ce type de projet : 50 grandes organisations en Europe et Amérique du Nord ont été suivies entre 2014 et 2016. Premier étonnement : ces organisations se divisent en deux groupes hétérogènes, ceux qui ont migré plus de 50 % de leur capacité informatique dans le cloud et ceux qui en sont à moins de 5% (la moitié du panel). Tous les participants ont développé un programme de cloud depuis 5 ans ou plus et ont commencé avec des clouds privés pour éviter les risques de sécurité et aux contraintes réglementaires liés à leurs équivalents publics. Peu ont pris pour commencer des solutions toutes faites de clouds existants pour y mettre ce qu'on peut sans plus d'efforts. Un projet de cloud mené à bonne fin passe par une étape de reengineering, c'est-à-dire repenser les processus de l'entreprise. Ce n'est pas simplement injecter de la technologie. On peut réussir aussi son cloud via des projets pilotes ou en ne visant qu'une sous-ensemble seulement de ses activités. Enfin, plus le projet a démarré il y a longtemps, plus le fossé est grand entre celui qui réussit son projet cloud et les autres, à la traine. Le temps ne lisse pas les erreurs de début de projet.

Les barrières à l'adoption du cloud sont le coût et la complexité de migrer toute la charge de calcul des data centers internes vers des serveurs dans le cloud et l'absence d'outils et de standards qui rendent cette migration facile. Il y a aussi la peur d'utiliser des clouds publics pour des questions de sécurité, réglementaire et celle d'être coincée avec la solution d'un vendeur (lock in).

Les avantages du cloud directement perceptibles

En 2015, plus de sociétés se sont dites prêtes à passer vers le cloud public que ce soit simplement pour leur infrastructure ou leur plateformes. C'est le résultat d'une politique marketing agressive des vendeurs, Amazon, Salesforce ou Microsoft, mais c'est aussi grâce au coût des clouds publics qui diminuent et à la sécurité qui se renforce.

McKinsey dénombre trois critères pour réussir son projet de cloud, aucun n'est de nature technologique :

-  Une migration vers le cloud doit concerner toutes les applications, pas uniquement les nouveaux développements ou celles qui ont bénéficié d'une mise à jour : oui, les vieux programmes doivent aller dans le cloud, coûte que coûte. Il faut décourager les développeurs qui voudraient ne pas migrer dans le cloud. Il faut motiver le reste de l'organisation à ce projet qui, sinon, lui semblera trop abstrait: que peut-elle y gagner, de quelles applications peut-elle se débarrasser, comment son travail au quotidien y gagnera en efficacité et en coût.

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-  L'environnement de développement des développeurs gagne à évoluer dans un cloud: une partie de leur travail peut s'automatiser (maintenance ou production).

-  Seules les sociétés qui comparent en permanence le business case qui les a convaincus du cloud avec les chiffres en cours de projet sont crédibles dans leur cloud. Ils savent (et anticipent) que les coûts de leur veille infrastructure et applications perdurera longtemps et même qu'une grande partie de leur budget IT lui soit toujours consacré. Les scénarios d'adoption doivent aussi fixer des seuils de rentabilité pour être sûr d'avoir le retour sur investissement requis. La mesure exacte du coût et des bénéfices d'un projet de cloud aidera aussi à convaincre le niveau exécutif.

Y a-t-il une place pour des clouds « services publics » ?

Pourquoi Numergy et Cloudwatt, ces projets de clouds souverains français, ont-ils disparu dans leur objectif initial ? Ils n'ont pas capitalisé sur les clouds français déjà bien présents et l'expertise de ceux qui les opèrent : on pense à la pépite OVH. On se demande aussi pourquoi l'Etat a fait naitre deux projets concurrents au-delà de ne vouloir fâcher personne et saupoudrer dans un secteur où mutualiser l'infrastructure sur un maximum d'utilisateurs est ce qui compte avant tout.

Ce projet est né en pleine polémique sur Snowden et le Patriot Act ; cela avait du sens de proposer un cloud national dont les données seraient hébergées en France ou en Europe. Depuis, il y a eu le Safe Harbour entre les Etats-Unis et l'Europe, un accord qui améliore la protection des données européennes hébergées aux USA et les acteurs US du cloud ont affuté leurs arguments. D'aucuns ont comparé le projet Andromède à Airbus où la volonté de l'Etat a permis l'émergence d'un champion mais d'autres ont rappelé le parallèle avec le Plan Calcul du général de Gaulle qui avait le même but non atteint: donner naissance à une industrie informatique qui rivalise avec les USA.

Accompagner le client

L'analyse de McKinsey montre aussi l'importance de l'accompagnement du client. Elle révèle ce qu'ont besoin des mastodontes. Or, c'est là qu'il y a encore une chance : qui dit que le cloud n'est pas aussi utile aux collectivités, aux PME, à la recherche. C'est le sens de l'European Cloud Initiative. Pour la Commission, le cloud, ce sont trois composantes : ce qui permet de stocker les données, les réseaux pour les faire venir à soi et la puissance de calcul pour traiter ces données. L'Europe est le plus grand producteur mondial de données scientifiques mais elles sont éparpillées un peu partout et parfois même pas accessibles librement même quand elles sont financées par des fonds publics.

Les grands projets scientifiques ont une portée sociétale et sont si multidisciplinaires (changement climatique et ses impacts à tout niveau) qu'il faut partager les données et les rendre interopérables. A la place, des silos se mettent en place au fur et à mesure que les résultats sont produits. L'Europe voudrait aussi devenir leader dans les calcul scientifique haute performance : elle ne possède que 5 % de la capacité mondiale. Elle va fédérer les Etats membres qui seuls peuvent difficilement concurrencer les USA, la Chine ou même l'Inde. Pour se démarquer de la concurrence, l'Europe vise des processeurs à basse consommation et établira un grand data center à l'échelle européenne. Le leadership technologique américain, rappelons-le, a toujours été initié par de grands projets de recherche et développement. Pourquoi pas nous ?

--Pour en savoir plus :

  • Enterprise Cloud Infastructure Survey, 2016, McKinsey
  • European Cloud Initiative - Building a competitive data and knowledge economy in Europe, COMMUNICATION FROM THE COMMISSION TO THE EUROPEAN PARLIAMENT, THE COUNCIL, THE EUROPEAN ECONOMIC AND SOCIAL COMMITTEE AND THE COMMITTEE OF THE REGIONS, Avril 2016.

Charles Cuvelliez

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