Course à pied et management d'entreprise : éloge de la simplicité

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(Crédits : DR)
Les outils développés pour augmenter notre efficacité peuvent parfois nous rendre fainéants. En voici deux illustrations, destinées à donner envie de faire le choix du minimalisme, c'est à dire d'un recours minimal aux outils d'aide à la performance... Et ce, de la course à pied au management. Par Jérôme Tougne, Stimulus - Directeur associé

Tout commence en 2009. Deux livres plaident pour une approche minimaliste et rencontrent un succès inattendu...

Christopher McDougall ouvre le bal avec son best seller « Born to Run ». Il y rappelle que les meilleurs coureurs du monde sont encore aujourd'hui chaussés de simples sandales. Il poursuit en démontrant que les chaussures de course à pied modernes, bardées de technologies d'amorti de la foulée, provoquent une véritable épidémie de blessures et dégradent les performances.

Quelques mois plus tard, Brian Carney et Isaac Getz, dans leur ouvrage « Freedom, Inc », font les deux mêmes révélations appliquées au monde du management : (1) les entreprises les plus performantes au monde limitent au strict minimum leur structure de management et (2) les technologies managériales classiques, lourdes et formalistes, font plus de mal que de bien en termes d'efficacité.

Trois principes


S'enclenchent alors deux mouvements qui continuent de prendre de l'ampleur 6 ans plus tard : d'un côté la course dite « naturelle » et de l'autre l'entreprise dite « libérée ». Ces mouvements s'appuient sur trois principes qui résonnent avec notre époque.

Principe 1 : mesurer les effets néfastes des technologies « sécurisantes »

Les technologies de contrôle et/ou de protection sont toujours adoptées pour de bonnes raisons. Cependant, elles ont bien plus d'effets négatifs qu'on pourrait le penser. Côté course à pied, l'excès d'amorti modifie automatiquement la mécanique de la foulée. Les coureurs se reposent trop sur les technologies sécurisantes de leurs chaussures, et leur foulée devient plus ample et plus lourde. Ce faisant, les chocs se répercutent plus violemment sur les articulations, ce qui provoque fatigue et blessures.

Côté entreprises, les technologies managériales orientées vers la planification et le contrôle engendrent des comportements calculés et stratégiques de la part des salariés. Ceux-ci se mettent à en faire juste assez pour satisfaire les exigences, mais sans les dépasser. Dans les deux cas, il apparaît que ces technologies sécurisantes ont pour effet de réduire les efforts et la mobilisation des personnes qui en « bénéficient ».

Principe 2 : solliciter les capacités humaines plutôt que les engourdir

Que se passe-t-il lorsque que l'on court avec des chaussures minimalistes ? La foulée se raccourcit, elle se fait plus rasante, la réception se fait sur l'avant du pied plutôt que sur le talon... On se met à « courir léger », à utiliser nos capacités naturelles plutôt que de compter sur une technologie externe. Nos performances augmentent et le risque de blessure diminue.

Et lorsqu'on laisse les équipes de travail s'auto-organiser et endosser la responsabilité de leurs actions ? Les personnes se mettent à compter sur elles-mêmes. Elles cessent de considérer la production d'idées, l'initiative ou l'ingéniosité comme la chasse gardée des fonctions support ou des managers. Rapidement, la performance augmente.

Principe 3 : tirez profit du plaisir de la légèreté

Vous aussi, que vous soyez coureur ou dirigeant, inspirez-vous de la course « naturelle » et des entreprises « libérées ». Osez une transition douce vers le minimalisme, et faites l'expérience de la légèreté. Abandonnez progressivement les technologies et outils faits avant tout pour vous protéger de dangers surévalués.

Produire de la motivation

Courir avec le minimum d'amorti n'est pas dangereux pour la santé. Nous l'avons fait pendant des millénaires. Manager avec le minimum de contrôle n'est pas dangereux pour le business. Nul besoin d'indicateurs individuels foisonnants : laissez les salariés exprimer leur envie de bien faire. Nul besoin d'instances de validation à trois niveaux : laissez les équipes tester leurs idées et exprimer leur créativité dans le sens de leur mission. Une fois passé l'inconfort de solliciter à nouveau des muscles ou des capacités dont on avait oublié l'existence, les sentiments de liberté, de légèreté et d'efficacité sont grisants. La fierté qui nait de cela l'est toute autant. Ce retour à l'essentiel ne génère pas seulement de la performance, il produit également du plaisir et de la motivation. Et c'est là sa véritable puissance.


Jérôme Tougne
Stimulus - Directeur associé

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Commentaires
a écrit le 25/06/2015 à 19:42 :
Très belle et tentante analogie mais plusieurs points limitent la portée de l'image :
Tout d'abord les chaussures aussi minimalistes soient elle dépendent aussi des dernières avancées technologiques. Elles n'ont de minimaliste que le nom.. Et sont elles aussi une nouvelle technologie pour coureur.
Par ailleurs, il faut modérer l’optimisme car courir en barefoot ou pied nus se révèle peu adapté à notre environnement fait de morceaux de verre, gravillons et aux objets jonchant les sols de nos rues et pouvant se révéler traumatisant et dangereux par les plaies dermiques occasionnées car notre peau est devenue lisse avec le temps.
Par ailleurs, que ce soit en course de fond ou en course rapide, les champions courent la plupart du temps avec de vraies chaussures.
Enfin, j'ai du mal à voir une vraie application pragmatique de cette recommandation dans le domaine du business. Auriez-vous d'autres exemples plus concrets ? Comme l'a dit un autre commentaire, l'entreprise c'est malheureusement de plus en plus de normes et de règlementation et c'est contraintes la on n'y échappe pas même si l'on désire faire simple. L'inspecteur ou les partenaires sociaux nous le rappellent rapidement. Dommage. L'image reste très belle et ça me donne envie d'essayer la course minimaliste.
a écrit le 25/06/2015 à 10:47 :
Je suis entièrement d'accord avec cet article sauf que les lois vont dans le sens totalement inverse! Il n'y a pas une année où on ne rajoute une contrainte " infligée" soit aux dirigeants soit aux salariés!
Afin d'éviter accident, harcélement aux autres, des lois ou prérogatives sont votées afin que chacun se protége.
On va vers un style à l'américaine. Je ne dis pas que le style américain est grotesque, mais si chacun se resposabilise un peu, on pourra être plus efficace!

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