Crise financière : là où cela peut vraiment craquer

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(Crédits : Reuters)
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, là où la crise financière peut vraiment éclater

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La récession est là. Et chacun va de son pronostic sur la conflagration financière qui ne manquera pas de l'aggraver. Comme toutes celles qui tous les 10 ans sont venues ébranler la planète finance et la trajectoire du cycle d'affaire (1987, 1997, 2000, 2007). Il y a encore quelques années, les oiseaux de mauvais augure, les Roubini, les Aglietta étaient ostracisés.

Aujourd'hui, les prophètes de la prochaine crise se bousculent au portillon. Avec une course à l'échalotte à qui annoncera la plus forte, la plus meurtrière. Et, des arguments massues en apparence : nous vivons aujourd'hui les conséquences de la folle thérapie du QE, avec des banques centrales apprenti sorcier, qui ont surchargé la sphère financière en liquidité. Résultat : Un monde incongru à taux négatifs est né, condamné à péricliter où ne s'opère plus aucune sélection de l'investissement ; ni aucune récompense de l'épargnant.... Et surtout, un monstre hideux a prospéré sur l'argent gratuit : la possibilité pour les États de s'endetter sans limite. La finance a perdu le contrôle. Tous ceux que rassuraient la grande tutelle rationnelle de la finance sur les choix d'investissement, les choix sociaux, et la mise sous surveillance des États, voient leur monde s'écrouler. La rationalité financière n'est plus aux commandes ... Et ça va péter.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'argumentation est bien courte. Le monde développé 1/ a déjà lésé sur de longues périodes les épargnants, sans que cela ne soit préjudiciable à la croissance, à l'emploi ou à l'investissement. 2/ Tous les enchainements pronostiqués par les cassandres ont viré jusqu'ici au fiasco : où est la fameuse inflation sur laquelle devait se fracasser le QE, la brutale remontée des taux qui devait précipiter la perte des États endettés ? Au contraire, la récession devrait encore approfondir  toutes les tendances déflationnistes et de décrue des taux. 3/ Reste l'effet délétère de l'argent gratuit sur les choix d'investissement... mais il s'agit là d'un effet diffus, sur longue période, qui n'implique nullement un séisme imminent.

Paradoxalement, les économistes qui historiquement  avaient mis en alerte sur l'instabilité systémique de la finance et anticipé les accidents passés, à l'instar de Robert Shiller, modèrent aujourd'hui la peur d'un Big One. Pour Robert Shiller, le cycle de hausse des prix d'actifs, mobilier ou immobilier, n'a pas la même ampleur que celui observé avant 2000 ou 2007. Cette crise, nous fera chuter de moins haut. Et on n'observe pas non plus de bulle de crédit équivalente aux précédents cycles. Il y aura une récession, une correction des prix d'actifs, certes, mais rien de comparable à 2007-2008.

Interrogeons-nous alors sur l'anatomie de la prochaine crise, les enchainements qui la sous-tendraient, plutôt que de lancer des cris d'Orfraies, face au dérèglement de nos repères. Ni hausse des taux, ni inflation en vue... l'étincelle ne viendra pas de là. Si elle ne vient pas de là, d'où peut-elle venir ? De l'effondrement du prix des actifs emportés par la récession mondiale ? En partie peut-être. Mais à l'instar de Shiller, la chute restera contenue, surtout dans le contexte d'affaissement des taux que produira la récession. Et une chute des prix d'actifs n'a pas forcément des effets systémiques. Ce sont massivement les ménages qui in fine subissent les pertes, bien plus que les gestionnaires de fonds... Cela produit des effets de richesse négatifs, qui aggravent une récession, mais cela reste de deuxième ordre. Le capital investissement, risque aussi de boire la tasse... mais il en est coutumier, sans conséquence systémique sur le reste du système financier.

Le vrai talon d'Achille est ailleurs. Ce qui a sauvé la finance jusqu'ici de l'évaporation des revenus d'intérêt, c'est la coexistence de plus-values (sur les actions cotées, notamment techno, sur le non côté, et sur l'immobilier). C'est ce qui a fait prospérer les grands fonds de gestion ces dernières années. Ces grands fonds, très concentrés au sommet, se détiennent mutuellement. Derrière Black Rock, il y a Vanguard, et une myriade d'autres fonds ... Derrière Vanguard, il y a Black Rock et la même myriade de fonds. Et puis, il y a les banques, très souvent en principal actionnaire : comme la banque américaine PNC, qui détient 22% de Black rock, ou le crédit agricole qui détient 70% d'Amundi, premier fond européen. Et cette source de revenus a joué un rôle décisif dans le maintien à flot du système bancaire. Avec la récession qui se dessine et le nouvel affaissement des taux, les banques entrent dans une nouvelle zone de compression de leur marge d'intérêt. Le refinancement à taux zéro après des banques centrales ne suffit plus à sauver leurs marges. Et la dépréciation des actifs va mettre à mal la « fair value » des grands fonds, avec les normes IFRS. Ce n'est donc plus là-dessus que vont se récupérer les banques. Dans une sphère ou chacun détient chacun, où le risque systémique est donc maximal...là oui ça peut craquer.

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Commentaires
a écrit le 07/11/2019 à 13:05 :
" Avec la récession qui se dessine et le nouvel affaissement des taux"; êtes-vous bien sûr que la récession se dessine? êtes-vous bien sûr de la durabilité de ce paradigme de l'argent à taux négatif? depuis début 2017 la croissance a ralenti, c'est un fait, mais tous les indicateurs aujourd'hui indiquent au contraire depuis quelques semaines une sortie par le haut de ce ralentissement (avant même d'ailleurs que la guerre commerciale sino/US soit enterrée ...faute de vainqueurs... à court terme du moins...); même l'économie allemande semble commencer à sortir du trou d'air; certes, Trump peut essayer de se refaire la cerise sur le dos des Européens en 2020, mais à quel prix...électoral? Il y aura certainement une prochaine crise, ça c'est certain; pour l'instant tout converge vers une lente reprise de la croissance mondiale tout au moins pour les 2 prochaines années, et la signature effective de "l'accord" risque fort d’accélérer cette sortie de trou d'air. Non décidément, l'agenda des crises n'appartient à personne, sinon à quelques fous hystériques qui nous en prévoient une quand tout le monde a fini par ne plus y croire...
a écrit le 07/11/2019 à 9:00 :
Cela me soulagerait vraiment si lors des crises financières les banques se voyaient obligées de vendre les biens immobiliers qu'elles possèdent. Il me semble que ce l'évier n'est pas utilisé. L'argent paraît tellement fictif par rapport à ces immeubles luxueux de par le monde.
Elles pourraient louer ensuite les locaux. Aux États si c'etait eux qui rachetaient.
Du coup, pour les États, la rentabilité serait meilleure qu'un prêt. Surtout qu'elles seraient obligées de vendre à un faible prix puisqu'elles seraient dans l'urgence.
a écrit le 06/11/2019 à 21:43 :
"Dans une sphère où chacun détient chacun" : C'est vrai des banques et des états de sorte que les actifs monétaires et financiers représentent 4,5 fois le PIB mondial. Ce coefficient était de 4 en 2008. Il pourrait facilement passer à 5. Fort heureusement le taux d'intérêt très bas limitent la charge financière sur des montants toujours plus élevés. Sa masse importante est un facteur de stabilité inertiel. Et la finance pourrait se passer des épargnants extérieurs à la sphère. Ce serait une aubaine que la finance puisse les ponctionner avec des taux négatifs pour couvrir les risques. La décision sera prise au niveau de chaque état. Un état comme la France qui jouent à la finance en prenant des risques de startup à grande échelle va inévitablement faire de grandioses pertes. La France sera-t-elle le futur Lehman? Et bien non, car ses banques sont solides, actives dans le monde entier et dirigées par des fonctionnaires fraternels.
a écrit le 06/11/2019 à 19:21 :
Avec la concentration constante des richesses on assiste, enfin, au début de la popérisation de la basse finance. Et les gens consomment de moins en moins d'énergie et de produit car on sais que c'est nuisible.

De l'autre coté, la concentration des richesses crée des mastodontes incontrolable qui ont parasité le système et ponctionnent, sans rien faire, tout ce qui génère de la richesse.

Si on extrapole la situation, une jour, un mec (je doute que ce soit une femme vue le modèle de prédation) possèdera 99% de la planète et le reste du monde sera à sa merci.

Ceci dit, Macron va tous nous sauver visiblement, il a rogner les droit des salariés, et des chômeurs et il va faire une réforme des retraites...
a écrit le 06/11/2019 à 7:56 :
pfffff tout ça pour ça, non non tout va bien y a pas de risque heu mais en fait si mais bon c'est pas grave c'est les ménages et les petits investisseurs qui vont surtout trinquer.
a écrit le 05/11/2019 à 3:38 :
le vidéo est coupée, non !?
a écrit le 04/11/2019 à 17:14 :
Bonjour
Merci d arreter de repandre des nouvelles sombres pour tenter de declencher l evenement. S il vous plait
L univers vous observe et enregistre.
Merci de veiller au salut de votre ame..
a écrit le 04/11/2019 à 10:43 :
Avec tant de suppositions, on y sera tellement préparé que l'on ne l'aura pas vu passer en l'attendant toujours!
a écrit le 04/11/2019 à 9:51 :
Et l'industrie et services ?

Boeing, les GAFA, la consolidation automobile, la fin du fossile, ... il y en a bien un qui va mettre le feu aux poudres
a écrit le 04/11/2019 à 9:25 :
Merci pour cette analyse qui sont de l'hypocrisie habituelle qui nous montre bien qu'ils font ce qu'ils veulent avec notre pognon générant des situations complètement aberrantes mais que leur puissance finassière et médiatiques permettent de continuer d'imposer.

JE pense surtout que cela va dépendre des états unis comme d'habitude qui voient bien que les règles du jeu qu'ils ont créé sont défaillantes et qu'il va falloir sans doute "réguler" brutalement, à savoir laisser couler quelques puissances financières mondiale afin de remettre un peu d'ordre.

Ils ne seront pas américains ou bien un seul, un boulet d'une façon ou d'une autre comme Leman Brothers, ceux qui perdront le plus.

Mais avec TRump et peut-être une véritable gauchiste à la tête des états unis, on peut quand même se demander s'ils ne vont pas reconfigurer ces règles du jeu et les adapter à l'ère d'internet, cela serait bien plus digne de leur puissance politique et bien plus promettre pour pérenniser leur capitalisme remis de plus en plus en question par la classe productrice et si les américains savent exploiter la classe productrice elle sait aussi quand il faut l'écouter.

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