Energie solaire : les aéroports s’engagent
Jules Nyssen et Thomas Juin

Photo d'illustration
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Le développement des énergies renouvelables est aujourd'hui un enjeu majeur pour la lutte contre le changement climatique et la souveraineté énergétique de notre pays. Les besoins en électricité bas carbone de la France pour atteindre ses objectifs de décarbonation sont colossaux et imposent de recourir à toutes les sources disponibles : solaire, éolien terrestre comme en mer, hydraulique ou encore nucléaire.
Parmi les sources d'énergies renouvelables, l'énergie solaire se positionne comme une solution efficace pour produire de l'électricité de manière durable sans recourir aux énergies fossiles. L'implantation de panneaux photovoltaïques (PV), n'est cependant possible qu'à certaines conditions, notamment l'existence de surfaces pertinentes.
Dotés pour la plupart d'un patrimoine foncier conséquent, les aéroports et aérodromes français, quels que soient leur taille et leur trafic, ont aujourd'hui l'ambition de contribuer à la transition énergétique de leurs territoires, notamment par l'implantation de PV sur leur emprise. La densité du réseau aéroportuaire français, plus de 450 terrains d'aviation couvrant l'ensemble du territoire national, est ainsi un atout maître pour la réduction de la dépendance de notre pays aux énergies fossiles et la transition énergétique de nos territoires. Le développement des PV en aéroport est compatible avec les exigences de sécurité aérienne et doit naturellement concilier les enjeux de préservation de la biodiversité des prairies aéroportuaires, l'autre grand défi de notre époque à côté de celui de la décarbonation.
L'enjeu de l'électricité décarbonée pour les aéroports est triple : il s'agit à la fois de réussir la décarbonation de leurs activités, de répondre aux besoins de l'avion bas carbone de demain et de concourir à la desserte énergétique des communautés riveraines.
L'énergie solaire produite au sein de l'emprise aéroportuaire permet ainsi, de couvrir tout ou partie des besoins énergétiques de la plateforme et de réduire les émissions de CO2 de l'exploitation aéroportuaire. L'aéroport peut également servir en électricité d'origine renouvelable les communes ou les zones d'activité environnant la plateforme, par l'injection dans le réseau de l'énergie solaire produite sur site. L'énergie solaire joue aussi un rôle dans la transition énergétique du transport aérien, notamment dans le cadre de l'aviation électrique ou hybride dont le développement repose sur la capacité des aéroports à assurer la fourniture d'énergie électrique aux aéronefs sur l'ensemble du territoire national. La production d'énergie électrique décarbonée dans les aéroports contribuera enfin, pour une petite part, au développement de la filière des carburants aéronautiques durables de synthèse - « e-fuels », ou encore à la production d'hydrogène indispensables pour atteindre les objectifs de zéro émission nette de l'aviation en 2050.
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Aussi les aéroports se sont-ils résolument engagés, ces dernières années, dans le développement de panneaux photovoltaïques sur leurs emprises, tant sur les toitures des bâtiments et les ombrières de parking, que sur les délaissés aéroportuaires. Au niveau national, les réalisations et les projets photovoltaïques en cours, recensés par l'UAF à ce jour, représentent déjà un potentiel de 600 GWh(1) pour les prochaines années, soit la consommation d'un peu plus de 260 000 personnes, la population d'une ville comme Bordeaux. Ce n'est qu'un début... De fait, à terme, le potentiel de production d'énergie photovoltaïque en aéroport est estimé à 5 GWc(2) soit environ la puissance de 5 réacteurs nucléaires. A titre d'illustration, le projet d'installation en PV de l'aérodrome de Deauville sur une surface de près de 36 ha représente à lui seul un potentiel de production de l'ordre de 50 MWc(3).
La lutte contre le changement climatique et les nécessités de la transition énergétique nous imposent donc de porter un regard neuf sur les missions des aéroports. Ceux-ci entendent désormais devenir des acteurs de la transition énergétique de leurs territoires. A côté d'une desserte aérienne décarbonée ou bas carbone, les aéroports doivent pouvoir proposer à leurs territoires une nouvelle offre d'énergies décarbonées. Dans cette offre, l'électricité photovoltaïque a toute sa place. Les aéroports peuvent apporter des solutions aux régions françaises, et plus globalement aux collectivités locales, dans leur réflexion et stratégie de transition énergétique.
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(1) Gigawattheure
(2) Gigawatt-crête
(3) Megawatt-crête
(*) Jules Nyssen est le Président du Syndicat des énergies renouvelables (SER). Économiste de formation et ancien professeur agrégé des universités en économie Jules Nyssen a été le président exécutif des Ateliers Jean Nouvel et a occupé différents postes de direction en collectivités territoriales et au Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT).
Thomas Juin est actuellement Directeur Général des Aéroports de La Rochelle-Ile de Ré et Rochefort-Charente-Maritime. À 57 ans, il est engagé depuis plus de 20 ans au service de la communauté aéroportuaire après avoir débuté sa carrière comme consultant aéronautique.
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