Faut-il un débat « Macron-Le Pen » ?
Véronique Chabourine

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... persistante du groupe Renew au Parlement et de la « Super Grand Coalition » et le rôle clé des gouvernements nationaux dans les décisions post-élections européennes. Par Véronique Chabourine, membre du bureau de l'association Renew Europe France Paris, Déléguée chargée de la communication.
Le 25 mai dernier, dans un entretien accordé au quotidien le Parisien, Emmanuel Macron a exprimé sa volonté de débattre avec Marine le Pen, dans le cadre des élections européennes. Il a déclaré « Si on pense que c'est une élection où se joue une partie du destin de la France, ce que je crois, il faut débattre ». Cette proposition de débat a suscité de vives réactions au sein des autres partis politiques, car elle risque de les invisibiliser lors de l'élection européenne, bien que celle-ci comporte des enjeux nationaux considérables. Selon l'agrégateur de sondage Europe Elects, la France avec le Rassemblement National (RN), est le principal contributeur en termes de sièges au groupe Identité et Démocratie (ID) au Parlement parmi les pays européens. Au 31 mai, les projections de cet agrégateur montrent que le groupe ID atteindrait 92 sièges grâce à des gains en France et aux Pays-Bas. Ces augmentations permettraient à ID de devenir le quatrième groupe le plus important au Parlement, alors qu'il occupe actuellement la sixième position, devant le groupe Renew Europe, estimé à 82 sièges.
La montée des forces d'extrême droite trouve son origine dans les mouvements électoraux des pays fondateurs de l'Union européenne, tels que la France, l'Allemagne, les Pays-Bas et l'Italie. Le projet européen ou le contre-projet européen de l'extrême droite se construit autour de la menace fédéraliste, avec une critique axée sur un trio composé d'écologie punitive, de submersion migratoire et de concurrence déloyale. L'extrême droite trouve son terreau de développement dans les crises qu'elles soient structurelles ou conjoncturelles ; comme en France avec le Rassemblement National, qui capitalise sur les préoccupations liées au pouvoir d'achat et s'oppose fortement à Emmanuel Macron, en vue des élections de 2027. Le Rassemblement National mène sa campagne européenne en se concentrant sur des thèmes nationaux et souverainistes, occultant ainsi tout projet véritablement européen et dissimulant un Frexit déguisé.
La volonté d'Emmanuel Macron de confronter Marine Le Pen sur le fond de son programme est cruciale pour dévoiler les mensonges et la stratégie de communication adoucie du Rassemblement National. Les Français se tournent vers le Rassemblement National par inquiétude et comme un vote de contestation pour exprimer leur mécontentement face à Emmanuel Macron et son gouvernement.
Le gouvernement d'Emmanuel Macron porte une responsabilité dans la gestion de la montée du Rassemblement National. En 2023, une analyse de l'European Council on Foreign Relations a révélé que les gains significatifs des groupes Identité et Démocratie (ID) sont largement alimentés par des crises multiples et un sentiment croissant de mécontentement face aux politiques actuelles, reflétant un profond désir de changement parmi les électeurs européens. Ce phénomène de montée de l'extrême droite en réponse à des crises et à un sentiment de déconnexion avec les élites a déjà été observé dans d'autres pays européens tels que l'Allemagne avec l'Alternative fur Deutschland (AfD) et en Italie avec la Ligue de Matteo Salvini.
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Malgré les projections qui montrent que le Rassemblement National et le groupe Identité et Démocratie vont gagner en nombre de voix et devenir le quatrième groupe le plus important au Parlement européen, leur influence restera limitée. Le groupe ID est souvent déjà perçu comme un parti de contestation et d'obstruction, incapable de proposer des idées constructives au Parlement européen. En effet, aucun des partis membres du groupe Identité et Démocratie n'est actuellement au pouvoir dans leur pays respectifs, ce qui illustre leur rôle d'opposant plutôt que de gouvernant. De plus, les partis du groupe ID ne sont pas représentés au Conseil de l'Union européenne et n'ont pas d'influence directe sur la nomination des commissaires européens.
En l'absence de présence gouvernementale, leur capacité à influencer les décisions de la Commission européenne est fortement limitée. Les groupes tels que le Parti Populaire Européen (PPE) et l'Alliance Progressiste des Socialistes et Démocrates (S&D), qui ont des représentants dans les gouvernements nationaux, disposent de beaucoup plus de poids dans les processus décisionnels européens. Selon les projections récentes d'Europe Elects et de l'ECFR, les groupes qui forment au Parlement, la « Super Grand Coalition », composée des trois groupes centristes, le PPE, S&D et dont Renew fait partie, conserverait une majorité avec 54% des sièges, comparé aux 60% actuels.
En Hongrie, sous Viktor Orban, on observe une érosion de l'État de droit et des attaques contre la liberté de la presse et les droits des minorités. La Hongrie a chuté dans le classement de l'index d'État de droit du World Justice Project, passant de la 3ème place en 2015 à la 69ème place en 2021. En Pologne, le parti Droit et Justice (PiS) a mis en place des réformes judiciaires controversées qui ont conduit à des conflits avec l'Union européenne sur l'État de droit, faisant chuter la Pologne dans ce même index depuis qu'ils sont au pouvoir.
Pour contrer efficacement la montée de l'extrême droite, Emmanuel Macron et son gouvernement doivent impérativement intensifier er accélérer les politiques sociales pour renforcer la justice sociale avec une approche à l'échelle nationale et européenne. Il est également crucial de développer une approche plus humaniste pour contrer les discours populistes. La poursuite du projet européen initié par Emmanuel Macron est indispensable pour garantir la démocratie et l'État de droit, son Soft power à l'échelle nationale et européenne est plus que jamais nécessaire pour servir de rempart contre l'extrême droite.
Véronique Chabourine
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