« France bouleversée, cherche gauche de confiance »
Collectif (*)

Photo d'illustration
© Charles Platiau / Reuters
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Une France - la trouille au ventre - peine à finir le mois avec un salaire net, trop différent du brut. Cet écart n'est plus justifié par la redistribution. La classe moyenne n'y trouve pas son compte, « elle paie plein pot » un État dont elle constate l'éloignement. Guichets numérisés, violences du quotidien, réseaux ferrés à la maintenance négligée, coût de l'énergie, écoles déclassées, médecin inaccessible, l'État, champion des normes, n'investit pas assez la vie quotidienne.
Le manque de soutien populaire, celui des corps intermédiaires, des villes moyennes, des franges urbaines et de la ruralité, de celles et ceux qui gagnent trop pour les aides, mais pas assez pour se sentir à l'abri, exige la refonte du contrat social.
Celui-ci doit clarifier les termes d'une adhésion à une société démocratique et de confiance. À l'image de la social-démocratie danoise qui a maintenu l'extrême droite dans sa niche confidentielle ou du Labour victorieux, à la fois ambitieux sur le renforcement du système britannique de santé et pragmatique sur les questions de sécurité. Dans l'hexagone, nous ne pouvons pas abandonner ces jeunes, sans logement ni patrimoine, ces salariés mis au rebut dés cinquante ans, ces mères de famille seules enchainant chômage et petits boulots, à la droite nationaliste ou à l'illusion communautariste.
Les réussites de l'ancienne majorité n'ont pas suffi à répondre aux attentes de toutes les Françaises et les Français. La succession de crises (covid, Ukraine, inondations...) a masqué ses avancées quand un bruit médiatique accentue jusqu'à l'absurde, angoisses et rejet. Que s'est-il passé ?
L'espoir né d'une baisse historique du chômage s'éteint dans la trappe à bas salaires. Le pays a son cœur industriel revigoré, mais les déficits accumulés trahissent une perte de souveraineté. Si des ressources ont été justement allouées au renforcement du cœur de l'État, à la santé et au climat, d'autres ont manqué pour améliorer une productivité en berne malgré la mutation numérique. Le renoncement à la réforme structurelle, dite à point, des retraites, indispensable du fait de l'évolution de notre démographie, a marqué une rupture avec le salariat et ses syndicats. La baisse historique de nos émissions de GES a été masquée par des décisions vacillantes sur l'environnement. Les domaines éducatifs, et en particulier, la laïcité, ont bénéficié de la mobilisation de Gabriel Attal, mais cette dernière vient après trop de revirements. Que faire ?
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D'abord, le travail doit faire sa révolution ! Justes rémunérations, recul de la pénibilité et des accidents du travail, revalorisation des métiers manuels, techniques et scientifiques, accroissement de sa base industrielle : on doit pouvoir vivre dignement de son métier sans les béquilles des chèques ou des primes.
Dussions-nous revisiter, sur son principe, l'aide aux nouveaux entrants. Sauf handicap, soins d'urgence ou asile, avant de pouvoir bénéficier du soutien de la société, il faut y avoir contribué.
Pour mieux les intégrer, il nous faut inventer un universalisme concret. La gauche ne doit plus être terrorisée par ceux qui ont dévoyé la lutte des classes en lutte des communautés, jouent des passions identitaires et d'un populisme bardé de mensonges.
Pour créer cette société de confiance, nous devons renforcer le socle régalien, grâce auquel modernité et cohésion culturelle, justice sociale et efficacité s'articulent.
Nous devons surmonter les tentations partisanes pour que l'intérêt général soit au cœur des politiques publiques.
Nous devons mieux équilibrer les engagements des contributeurs et des bénéficiaires de l'État-providence, l'effort personnel et la redistribution des rentes, la cotisation comme outil de la solidarité intergénérationnelle.
Nous devons réaffirmer cette société de la confiance, de la laïcité et de l'émancipation.
Raffermie et recentrée sur de grands objectifs et sur ses valeurs, la France pourra affronter et répondre aux défis sociétaux et écologiques de notre époque.
Camarades perdus d'une gauche réformiste, écologique et humaniste, avec honneur et courage, remettons au cœur de notre projet les attentes des citoyennes et des citoyens ordinaires pour fonder le Contrat Social du deuxième millénaire !
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(*) Frédéric Cuisance, Véronique Dauvergne, Mohamad Gassama, Théo Lazuech , Florence de Massol, Jean-Marc Pasquet sont cofondateurs et animateurs de Territoires de Progrès, mouvement social-démocrate.
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