François Fillon entre rupture libérale et vieilles recettes françaises

 |   |  900  mots
(Crédits : CHARLES PLATIAU)
Le cadrage financier du candidat à la primaire est fondé sur une accélération de la croissance tout au long du quinquennat. Une hypothèse bien optimiste et peu en phase avec la volonté de dire la vérité aux Français. François Hollande avait fait le même pari en 2012... perdu

Quel est le point commun entre le programme de François Hollande pour l'élection présidentielle de 2012 et celui de François Fillon, candidat à la primaire de la droite et du centre, pour 2017 ? C'est un pari sur une accélération de la croissance au cours du quinquennat à venir. Et une programmation des finances publiques, avec réduction du déficit, basée sur cet audacieux pari. Comme si certaines mauvaises habitudes ne pouvaient pas se perdre... Pourtant, dans l'opposition, tous les responsables politiques le disent : il faut être rigoureux, le redressement financier ne peut être basé sur une hypothétique croissance. Tout programme sérieux doit donc se fonder sur une hypothèse de croissance très faible, sinon zéro. Si les choses se passent mieux que prévu, tant mieux, il sera alors de temps de voir ce qui est fait des surplus financiers. Le problème, c'est qu'en phase électorale, ce souci de rigueur passe évidement au second plan, et les vieux démons reprennent le dessus.

Le pari perdu de François Hollande

François Hollande pariait sur 1,7% de croissance en 2013, 2% en 2014 et 2,25% toutes les années suivantes. On sait ce qu'il en a été réellement : une croissance de 0,6% en 2013 et 2014, atteignant péniblement 1,3% en 2015 et probablement pas plus en 2016 (il faudrait que le troisième et quatrième trimestre soient à +0,5% pour atteindre la prévision gouvernementale de 1,5%, c'est bien peu probable).

François Fillon, un peu moins optimiste, compte tenu de l'environnement mondial, s'inscrit néanmoins dans ce schéma hollandais d'une accélération progressive au cours du quinquennat à venir, qui permet à la fois la création d'emplois et la réduction du déficit public. Il affirme que la croissance de l'économie française serait de 1,5% en 2018, puis de 1,9% en 2020 pour finir par atteindre 2,3% en 2022. Comment parvenir à une telle expansion alors que le potentiel de croissance de l'économie française se situe autour de 1% ? François Fillon a sa recette :

« Il est indispensable de faire d'abord redémarrer l'économie en renforçant la croissance et les créations d'emplois par une baisse massive et rapide des charges pesant sur la compétitivité de nos entreprises, en simplifiant le droit du travail et plus généralement les normes qui pèsent sur l'activité économique ».

Sans nul doute, la baisse des charges aurait un effet positif sur l'économie. D'autant qu'elle serait massive. Dès le quatrième trimestre 2017, les charges seraient allégées de 25 milliards d'euros, et l'impôt sur les sociétés serait ramené à 25%. La fiscalité des ménages serait abaissée, au moyen de la suppression de la cotisation salariale d'assurance maladie et du relèvement du quotient familial. Les ménages aisés bénéficieraient de la suppression de l'ISF et d'un taux de taxation des revenus du capital bloqué à 30%. Finie l'imposition des plus values sur valeurs mobilières à des taux supérieurs à 60% en cas de revente rapide... Au total, les prélèvements obligatoires seraient allégés de 50 milliards d'euros. Soit plus de trois fois le paquet Tepa de Nicolas Sarkozy en 2007.

 L'impact des baisses de dépenses

Ces baisses de prélèvements obligatoires seraient synonymes de revenus supplémentaires dans l'économie. Il n'est pas certain qu'ils soient tous dépensés, compte tenu du choix fait de privilégier les ménages aisés. Mais, au total, l'effet sur la croissance serait positif.

En revanche, les coupes dans les dépenses publiques auraient un effet récessif. Elles atteindraient 100 milliards d'euros, soit un peu moins de 5 points de PIB. Ce qui ne serait pas neutre.

« Il faut simultanément engager un effort majeur pour ramener notre dépense publique à un niveau raisonnable » affirme François Fillon. « Le nécessaire renforcement des moyens consacrés par l'Etat à notre sécurité (défense, police, justice) et à l'investissement pour l'avenir (éducation, innovation, infrastructures...) passe par là. »

Comment économiser 100 milliards d'euros tout en augmentant les dépenses régaliennes et d'éducation et celles d'infrastructures, qui représentent au total l'essentiel des dépenses de l'État ? Pourtant, François Fillon estime possible de réaliser 33 milliards d'euros d'économies sur cet État. Nul doute qu'il précisera quels sont les ministères concernés...

 50 milliards économisés sur la protection sociale

La protection sociale au sens large devrait réaliser 50 milliards d'euros d'économies, dont 20 milliards grâce à la retraite à 65 ans. Et la fonction publique contribuerait elle aussi fortement :

De façon transverse à l'ensemble des administrations publiques, le passage du temps de travail à 39 heures des trois fonctions publiques proposé dans mon projet permettra à terme de réduire le nombre de postes de fonctionnaires jusqu'à 500 000, contribuant de façon importante aux économies, avec un potentiel de l'ordre de 15 milliards.

Peut-on conserver à l'Etat les mêmes fonctions avec 500.000 fonctionnaires de moins ? Poser la question, c'est un peu y répondre. François Fillon ne dit pas quelles fonctions seraient supprimées.

Le risque est grand que la croissance reste dans de basses eaux au cours des années à venir, contrairement aux hypothèses de François Fillon. Tout à leur volontarisme, les responsables politiques peinent à prendre en compte le contexte mondial de stagnation séculaire: entre le ralentissement en Chine, et l'affaiblissement de l'expansion américaine, qui affectent évidemment la zone euro, parier sur plus de 2% de croissance paraît bien audacieux.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 09/12/2016 à 23:06 :
Fillon va récupérer un pays en phase ascendante, donc pas de grands efforts à fournir pour l'économie.
Pour le budget de l'état, un bon coup dans la fourmillère des employés de l'état, ça ne fait de mal.
Pour l'éducation, dans ma plouquie, je n'ai rien remarqué de spécial, ils ont même fermé des écoles pour ados en difficulté.
Alors ces 60000 profs, ils sont ou? Dans des coins privilégiés au mépris de l'égalité de tous aux mêmes études surement.
1 prof pour 10 pour les uns, un prof pour 25 pour les autres.
Heureusement il y a l'école privée, souvent 1 par village, bien plus efficace et moins chère pour l'état, et bien moins chère sur toute une vie car ça sera eux qui payeront les impôts.
a écrit le 17/09/2016 à 8:30 :
Il faut raisonner "à niveau constant". Si on baisse d'un coté, il faut augmenter de l'autre. Pour réduire le cout du travail, il faut augmenter le prix de l'énergie. C'est un premier principe (travail, capital, énergie). Un deuxième principe concerne la répartition des prélèvements sur la production et sur la consommation (basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique).
a écrit le 16/09/2016 à 13:52 :
Imaginons que la croissance soit de seulement 1%/an,Fillon qui a prévu 100-50 milliards d'économies ferait quand même décendre le déficit actuel à environ 1% du PIB,c'est déjà un record,alors que c'est le cas le moins optimiste.
a écrit le 16/09/2016 à 12:55 :
"Peut-on conserver à l'Etat les mêmes fonctions avec 500.000 fonctionnaires de moins ?"
Oui. L'éducation nationale a fonctionné avec 60000 agents en moins. On peut privatiser la collecte de l'impôt et sous traiter son calcul à des SSII.
Réponse de le 16/09/2016 à 16:23 :
L'éducation nationale a mal fonctionné avec 60 000 profs de moins et savez vous combien d'agents représente la collecte des impôts? 30.000 au maximum.
a écrit le 16/09/2016 à 12:06 :
Tant que l'on dépendra des autres pour notre propre croissance, rien n'évoluera! C'est le piège de l'UE et de l'euro et du système des vases communiquant pour le moins disant! Et, nous sommes parti de haut et devons nous mettre au niveau des autres!
a écrit le 16/09/2016 à 12:00 :
la réforme prioritaire concerne la fonction publique dans sa totalité :
remettre les fonctionnaires en situation de travail effectif avec deux mesures essentielles : instauration de 3 ou 4 jours de carence , révisables dans le temps si l'absentéisme diminue significativement ,et 36 heures minimum de travail hebdomadaire (hors jours fériés) sur 47 semaines par an, soit 1692 heures an avec mise en place d'un contrôle strict de présence des effectifs . ( aménagements particuliers à définir pour les policiers de terrain , enseignants en charge de classes , personnels de sécurité et hospitaliers soumis à des horaires spécifiques ) . cette disposition supprime de facto les RTT .
en parallèle , revoir le modèle de fixation et évolution des rémunération avec la suppression du système universel du point d'indice qui empêche toute politique de stimulation salariale de la performance individuelle .
en attente d'une refonte générale de la contribution des fonctionnaires à la solidarité sociale en l'alignant sur celle exigée des salariés du privé , il faut un moratoire financier de gel global des dépenses de personnels des fonctionnaires d'Etat et Collectivités locales sur deux ans .
le redressement du pays exige un effort particulièrement important de la Fonction Publique qui a toujours été épargnée jusqu'à présent par manque de volonté politique .
François Fillon semble le seul candidat à vouloir faire contribuer les fonctionnaires au redressement des finances publiques .
a écrit le 16/09/2016 à 9:45 :
Pauvre Fillon après avoir ruiné la France, on attend toujours de retrouver es 600 milliards perdu, il essai de nous trompé avec des taux de croissance que personne n'attend en promettant en plus une baisse de la fiscalité pour les plus riches, suppression de l'ISF, qui va payer ce cadeau fiscal si ce n'est encore les classes moyennes ?
a écrit le 16/09/2016 à 8:40 :
Nouveau mauvais procès contre Fillon. La croissance au sein de l'Union européenne pour l'année 2015 pour l'UE à 28, ls'est établie à 1,9 % en 2015 contre 1,1% en France. Les réformes conduites dans les autres pays payent. Fillon le sait. Les prescripteurs d'opinion le savent sans doute mais préfèrent l'ignorer.
a écrit le 16/09/2016 à 6:02 :
Depuis des années les projets de budgets n'ont pas été respectés trop optimiste. FILLON fait la même erreur en pensant que la croissance financera son projet. Il faut établir le budget sur une croissance de 0.8 à 1 %, ce qui est plus réaliste et considéré que l'excédent soit consacré en partie au remboursement de la dette et en parti pour des investissement ou mesure fiscale ciblée sur l'emploi.
par ailleurs les baisses d'impot aux particuliers n'iront pas effectivement intégralement à la consommation au mieux 80 %, le reste sera épargné. FILLON avait dit lorsqu'il était ministre que la "france est en faillite", aujourd'hui c'est la faillite de ses idées...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :