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Guerre en Ukraine : Il faut se préparer à la déflagration économique à venir

Pierre-Antoine Dusoulier

Publié le 11 mars 2022 à 10:49

Les bourses europeennes terminent en baisse

Photo d'illustration

STAFF

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OPINION. Nous sommes à peine sortis d'une crise qui a duré vingt-trois mois. La plupart des grandes économies mondiales ont retrouvé leur niveau de PIB d'avant la pandémie il y a seulement un ou deux mois. C'est le cas des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de la France, par exemple. Mais il y a des exceptions : l'Allemagne et l'Espagne entre autres. La sortie de crise n'est pas sans embûches. Par Pierre-Antoine Dusoulier, CEO chez iBanFirst.

L'inflation est le premier problème. La France, qui jusqu'à encore récemment était plus épargnée que nos voisins, a vu son inflation fortement rebondir en février, à 4,1% sur un an. Il y a exactement un an de cela, l'inflation était en progression de 0,6% sur un an. Le pire reste à venir. S'ajoutent désormais les conséquences de l'invasion de l'Ukraine par la Russie. Cela va sérieusement compliquer la trajectoire de la reprise économique. Il faut s'attendre à deux conséquences immédiates pour la France : un regain de l'inflation à court terme qui risque de mettre à mal le pouvoir d'achat des ménages les plus modestes et un maintien du « quoi qu'il en coûte » au-delà de l'élection présidentielle d'avril prochain.

Une hausse durable des matières premières

L'Ukraine est pour beaucoup de Français un sujet éloigné. Pourtant, ce qui se passe à l'Est de l'Europe entraîne des répercussions économiques majeures sur notre quotidien. C'est déjà le cas au niveau des produits agricoles. La Russie et l'Ukraine représentent à eux deux plus d'un quart des exportations mondiales de blé, un cinquième des exportations mondiales de maïs et une grande partie des exportations mondiales d'huile de tournesol. La semaine dernière, les prix des céréales ont atteint des niveaux records, 340 euros la tonne pour le blé et 304 euros la tonne pour le maïs. Ce n'est certainement qu'un début.

Après l'invasion russe de la Crimée en 2014, les prix avaient augmenté de 15 à 20 % en moyenne. Il avait fallu quatre à cinq mois pour qu'ils refluent durablement. La situation est différente aujourd'hui. Le marché mondial des matières premières était déjà déstabilisé avant l'invasion de l'Ukraine du fait de la crise de la Covid et de perturbations climatiques importantes entraînant des conséquences négatives sur les récoltes. L'attaque généralisée de la Russie et le bombardement de ports céréaliers ukrainiens stratégiques (Odessa et Marioupol en particulier) a mis quasiment à l'arrêt le commerce mondial de blé.

La France est le plus important producteur de blé de l'Union européenne. Il n'y aura pas de pénurie. En revanche, cela va accentuer le déséquilibre entre l'offre et la demande sur le marché des matières premières agricoles et servir d'accélérateur à la hausse des cours mondiaux. Il faut s'attendre à deux effets immédiats pour l'économie française. Premièrement, l'inflation va continuer d'augmenter dans les mois à venir. Beaucoup d'économistes anticipent un reflux dès le milieu de l'année. C'est peu probable. Tous les indicateurs montrent désormais que la hausse du prix des matières premières (agricoles et énergétiques) est durable. Nous ne serions pas surpris de voir l'inflation grimper à 5% cette année. C'est notre scénario optimiste. Deuxièmement, notre filière de l'élevage va être encore plus en difficulté qu'elle ne l'était jusqu'à présent. Tous les intrants (céréales, mais aussi énergie) sont en forte hausse. Cela risque d'aboutir à une hausse du prix de la viande, par exemple. L'État va devoir intervenir.

Le « quoi qu'il en coûte » reste d'actualité

Dès fin 2021, le gouvernement français a mis en place indemnité une inflation exceptionnelle de 100 euros attribuée à 38 millions de citoyens, à l'instar d'autres pays européens. Le coût estimé pour les finances publiques est de 3,8 milliards d'euros (soit à peu près l'équivalent du budget annuel de la Culture). L'objectif était de réduire l'impact de la hausse des prix de l'énergie sur le pouvoir d'achat des ménages. Cela s'ajoute à un autre dispositif existant créé en 2015 et généralisé depuis 2018, le chèque énergie qui s'adresse aux ménages modestes.

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Ce fut une réussite. La semaine dernière, l'INSEE a indiqué que le pouvoir d'achat des ménages par unité de consommation (une mesure qui permet de comparer les niveaux de vie des ménages de tailles différentes) a rebondi au quatrième trimestre 2021 de 0,7% par rapport au troisième trimestre. Mais ce n'est qu'un début. Il faudra faire plus pour contrer la hausse combinée de l'énergie, des produits agricoles et des engrais (ces derniers ont déjà augmenté de 79% en un an) qui résulte de l'invasion de l'Ukraine. Le chèque énergie pourrait être étendu prochainement. Nous pourrions également voir l'idée émergée d'un chèque alimentaire face à la hausse des céréales afin d'aider les ménages les plus modestes. Ces mécanismes sont très coûteux pour les finances publiques, mais ils ont prouvé leur efficacité dans le temps. D'autres mesures seront aussi prises en direction des entreprises et des secteurs les plus touchés (comme l'élevage).

Alors que nous pensions sortir du « quoi qu'il en coûte » cette année, tout indique qu'il va demeurer plus longtemps que prévu. Ce ne sera pas pour lutter contre la crise Covid, mais pour combattre les conséquences sur le pouvoir d'achat des Français de la déstabilisation durable des cours mondiaux des matières premières du fait des ambitions impérialistes de la Russie.

Pierre-Antoine Dusoulier

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