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Krach boursier ou désintoxication financière ?

Photo de Xerfi Canal

Olivier Passet, Xerfi

Publié le 17 février 2016 à 08:10 - Mis à jour le 17 février 2016 à 14:02

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, krach boursier ou désintoxication financière ?

Voici des mois que les marchés sont aspirés dans une sorte de krach rampant. Voici plusieurs mois aussi que nous nous faisons l'écho des craintes d'un nouvel effondrement systémique qui hante les acteurs de la finance, de plus en plus déboussolés. Ses figures les plus emblématiques comme Warren Buffet, et bien d'autres, s'en était fait ouvertement l'écho bien avant nous. Et pour tout dire, la séquence : remontée des taux, krach obligataire, krach action qui entraînerait dans son sillage tous les actifs et l'économie réelle, est présente dans tous les esprits depuis des mois voire des années. Mais précisément, lorsqu'un risque est perçu, largement commenté, il est déjà « pricé » par le marché. Il produit sa propre antidote. Ce qui fait que les valeurs n'ont pas intégré jusqu'ici toutes les potentialités de hausse qu'autorisaient les taux zéro, c'est précisément cette épée de Damoclès de la remontée des taux que chacun pouvait percevoir aisément.

Les marchés pris à contrepied

Si les marchés surréagissent aujourd'hui, c'est qu'ils sont pris à contre-pied par un autre risque qu'ils peinaient bien davantage à intérioriser et à se formuler. Celui finalement beaucoup plus perturbant où la finance serait piégée durablement dans une trappe à faibles rendements. Ce dont ils font le deuil aujourd'hui, c'est du faux scénario catastrophe tant annoncé, celui de la remontée des taux, d'un krach obligataire, qui n'était finalement qu'un moindre mal, le prix à payer pour revenir dans le monde d'avant. Ce dont ils font le deuil, c'est de la possibilité de dégager demain des rendements à deux chiffres sur certains segments du marché. Et ce n'est que maintenant que cette prise de conscience s'effectue véritablement, ce qui bouleverse en profondeur le modèle d'affaire des intermédiaires de marché, bancaires ou non bancaires. La déroute des marchés, qui a d'ailleurs pour épicentre les valeurs financières depuis quelques jours, signe le désarroi des junkies de la finance, conscients qu'ils seront privés pour longtemps de leur cam. Ni les valeurs émergentes ni les valeurs énergétiques, dont Goldman Sachs nous dit qu'elles resteront pour longtemps au plancher à horizon 2020, ne leur serviront d'exutoire.

Retour des marchés à l'économie réelle

Et si les marchés ne prennent conscience de cela que tardivement, c'est que le QE (quantitative easing ou assouplissement quantitatif en français) leur a permis de prolonger, dans le vase clos de la finance, l'illusion de cycle financier pouvant se développer en total déconnexion avec la richesse créée dans l'économie réelle. Et ce sont ces mêmes excès de valorisation qui légitimaient les rendements financiers à deux chiffres exigés aux grands groupes cotés, le fameux ROE (rentabilité des capitaux propres), et qui constituaient l'alpha et l'oméga de la gouvernance actionnariale. Nous avons vécu jusqu'à aujourd'hui dans un monde où ce n'était pas le profit qui fondait la valeur, mais dans celui où c'est la valeur qui fondait la profitabilité exigée, quitte à étouffer les débouchés dans l'économie réelle.

C'est bien parce qu'il était conscient de cela, du fait que c'étaient les profits qui se mettaient au diapason de la valorisation, les validant artificiellement a posteriori, que Warren Buffet a toujours préféré regarder le rapport des cours au PIB et non pas celui des cours aux profits... pressentant que la victoire du capital aurait une fin. Et que les cours ne pourraient éternellement s'abstraire de la richesse crée. Bref, la crise que nous vivons, même si elle n'a pas le caractère spectaculaire des précédentes est profonde. Elle marque une nouvelle étape de normalisation dans la lignée de 2007.

Cette cure de désintoxication sera douloureuse pour la finance. Il y aura de la casse et de la concentration comme nous l'avons signalé dans d'autres vidéos. Mais elle est aussi un mal nécessaire si l'on souhaite s'extraire du piège de la stagnation séculaire, et que l'on admet qu'une victoire moins complète du capital libère un nouvel espace pour que les salaires et, au final, débouchés, permettent de replacer les rendements réels en zone positive, sur une base saine.

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>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Olivier Passet, Xerfi

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