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L'échec de la fusion Orange-Bouygues, une bonne nouvelle pour la France

Marc Guyot et Radu Vranceanu

Publié le 06 avril 2016 à 05:00 - Mis à jour le 06 avril 2016 à 06:51

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Si la valeur en Bourse des opérateurs a chuté après l'échec de la fusion Orange-Bouygues Télécom, c'est bien parce que les opérateurs s'apprêtaient à retrouver des profits élevés sur le dos des consommateurs. La tendance à la concentration n'est pas visible seulement en France. Par Marc Guyot et Radu Vranceanu, professeurs à l'ESSEC

Bouygues et Oranges ont officiellement mis fin à leur tentative de rapprochement qui durait depuis 3 mois et il faut s'en réjouir, même si en cas de succès des négociations, l'Autorité de Régulation des Telecom (ARCEP) avait encore les moyens de s'y opposer et si la Commission européenne de la concurrence s'y serait probablement opposée.

Le passage de trois opérateurs à quatre opérateurs a représenté une grande avancée en termes d'innovation et de baisse des prix dont ont profité l'ensemble des Français disposant d'un accès au téléphone mobile. La baisse des prix (30% en moyenne selon l'ARCEP) a été rapide et impressionnante, de même que la monté en régime de Free qui dispose maintenant de 16% du marché du mobile. La réponse des opérateurs historiques a été conforme à ce qu'on est en droit d'attendre d'un marché où la concurrence s'intensifie. Ils n'ont pas eu d'autre choix que d'accepter de retourner une grosse partie de leur confortable marge de profit d'oligopole aux consommateurs sous forme de baisse des prix. Cette baisse les a amenés à restructurer complètement leur activité afin de trouver les gains de productivité leur permettant d'être rentable, mais avec des marges plus faibles. Chacun des trois opérateurs historiques a également cherché à s'extraire de la concurrence frontale avec Free sur la 3G par une offre 4G, ainsi qu'à mettre au point des forfaits et des offres attractives. La 4G est disponible sur 80% du territoire chez Orange et la demande de données 4G augmente fortement.

Les marchés s'attendaient à une hausse des profits

La volonté de repasser de 4 à 3 opérateurs est bien compréhensible de la part des opérateurs historiques. Il s'agit pour eux d'infléchir la guerre des prix et de se donner de la visibilité à moyen terme sur les marges futures, voire de les reconstituer en figeant les prix. La chute des cours de bourse qui a suivi la rupture des négociations indique clairement à quel point les marchés financiers avaient anticipé que la consolidation allait augmenter les profit profits (Bouygues -13%, Orange -6,5%, Free -15%, SFR Numéricable -18%). Cet accaparement de la valeur en défaveur des consommateurs et au profit des producteurs est présenté par les lobbys du secteur comme la seule façon d'avoir des offreurs « compétitifs » par rapport aux « géants étrangers » et le seul moyen d'investir dans le déploiement et la qualité du réseau.

En résumé, d'un côté les autorités de la concurrence redoutent que la consolidation génère une hausse des prix et une baisse de l'investissement et de l'innovation donc de la qualité, alors que d'un autre côté les opérateurs affirment le contraire jurant qu'ils n'augmenteront pas les prix et qu'ils investiront dans leurs réseaux pour améliorer sa qualité. Face à des positions si diamétralement opposées, comment déterminer qui a raison ?

Une tendance à la concentration

Si on observe le comportement des entreprises depuis la fin de la crise de 2008 dans les pays industrialisés, un vaste mouvement de consolidation est à l'œuvre dans l'ensemble des secteurs et particulièrement aux USA. Depuis 10 ans ce pays connaît une vague de consolidation (chiffré à 10 000 milliards de dollars par The Economist) dans beaucoup d'industries. L'indice de concentration C4 (la part de marché cumulée des 4 premières firmes) a augmenté dans quasiment tous les secteurs.

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Des profits record, et d'une stabilité anormale

Parallèlement les profits n'ont à la fois jamais été aussi élevés depuis les années 70 et jamais été aussi anormalement stables. Une firme américaine qui était très profitable en 2003 avait 80% de chance de l'être encore en 2013 alors que ce chiffre était de 50% dix ans avant selon McKinsey. Il apparaît que les synergies réalisées grâce à la consolidation sont conservées par les firmes sous forme de profits plus élevés et que la diminution de la rivalité par la baisse du nombre d'acteurs permet de stabiliser les prix donc le niveau de profit.

Le problème n'est pas que les profits soient élevés, le problème est la cause du niveau élevé. Si c'est grâce à l'excellence et l'innovation, c'est heureux, mais en général une telle cause n'engendre pas un flux de profits stable dans le temps. Si c'est à cause d'une baisse de la concurrence, c'est malheureux puisque cela se fait au détriment des consommateurs. Il est donc vital de réintroduire de la concurrence et de s'opposer à la consolidation croissante dans tous les secteurs et notamment dans le secteur européen des télécom, ce qui est la position actuelle de Margrethe Vestager, le commissaire européen à la concurrence depuis 2014.

Macron a oublié de défendre la concurrence

On aurait pu penser que le ministre de l'économie, Emmanuel Macron, allait se dresser contre cette consolidation et défendre la concurrence dont il semblait être devenu le défenseur depuis qu'il avait ouvert l'industrie du transport routier de passager à la concurrence et avait relevé les résultats positifs. Il a bien été une des causes de l'échec, mais pour des raisons diamétralement opposées. En effet, c'est au contraire, drapé dans le personnage de l'État actionnaire majoritaire et contrôleur qu'il n'a pas souhaité laisser une trop grande part à Martin Bouygues au conseil d'administration de la nouvelle entité.

Marc Guyot et Radu Vranceanu

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