La confiance, un marché de dupes ?
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Selon l'Ancien Testament, seul Dieu est digne de confiance. Tous les acteurs économiques ont confiance dans le dieu dollar, monnaie refuge.
LEE JAE-WON
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Selon l'Ancien Testament, seul Dieu est digne de confiance. Tous les acteurs économiques ont confiance dans le dieu dollar, monnaie refuge.
LEE JAE-WON
La confiance ? Voici une notion qui semble aller de soi tant on l'emploie à tout bout de champ avec une sorte d'évidence. Pourtant, lorsqu'on essaie de définir exactement le concept, il est difficile à cerner. L'étymologie, latine, renvoie à confidere : cum, « avec », et fidere, « fier », autrement dit l'action qui consiste à remettre quelque chose de précieux à quelqu'un, en se fiant à lui. Accorder sa confiance ne va pas de soi, car la démarche n'est jamais totalement assurée du résultat escompté. Le risque d'être trompé demeure. Ainsi, en matière de sécurité, celui qui a la phobie de l'avion doutera toujours malgré les statistiques qui font de l'aérien le transport le plus sûr aujourd'hui, car le risque zéro n'existe pas.
De fait, si la confiance ne va pas de soi, en revanche la méfiance et le doute paraissent premiers, naturels. « Maudit l'homme qui compte sur des mortels », avertissait déjà le prophète Jérémie, dans l'Ancien Testament. Il ajoutait :
« Des lèvres, on offre la paix à son compagnon, mais dans le coeur, on lui prépare un guetapens ». À le suivre, ce qui est naturel chez les individus, c'est la tromperie. Seul Dieu est digne de confiance, et si l'on suit ses commandements, chacun pourra peut-être se voir accorder la confiance divine. Il n'est d'ailleurs par fortuit de retrouver cette mention à Dieu sur les billets de 1 dollar : « In God We Trust. » Tous les acteurs économiques à travers le monde n'ont-ils pas confiance dans le dieu dollar, monnaie qui joue le rôle de monnaie refuge ?
Cette méfiance généralisée évoquée par le prophète est une constante historique que l'on retrouve dans l'avènement de la modernité symbolisée par l'apparition du « sujet » dans la réflexion de Descartes au XVIIe siècle. Dans son Discours de la méthode, le philosophe déconseille de faire confiance aux autorités instituées par la tradition, et même par exemple aux médecins. Il préconise de raisonner par soi-même pour se fixer ses propres règles. Cet éloge cartésien de l'individualisme conduit à avoir plutôt confiance en soi que dans les autres.