La France de l'emploi bloqué : chômage et postes vacants

 |   |  806  mots
La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, chômage et postes vacants !

Paradoxe en France, le chômage métropolitain flirte encore avec 9%, et pourtant, les entreprises peinent de plus en plus à recruter. Certains y voient un facteur bloquant de la reprise en cours.

Et c'est vrai qu'en France, c'est compliqué de recruter, notamment pour une PME. Mais, ça on le sait depuis longtemps. Les PME désignent même la « difficulté à embaucher » comme le premier frein à leur croissance. Selon le baromètre trimestriel réalisé par Bpifrance et Coe-Rexecode, 52 % des PME signalaient en mai cet élément leur principal frein à leur croissance, loin devant la concurrence accrue ou le manque de débouché. Un chiffre en hausse par rapport aux trimestres précédents. Et 46 % des entreprises butant sur ce frein, estimaient que cela impactait déjà leur niveau d'activité. Les PME, on le sait se font siphonner les compétences par l'administration et les grands groupes qui recrutent des surqualifiés au regard de leurs besoins réels. C'est l'avantage des perspectives de mobilité professionnelle, de sécurité et des avantages monétaires et non monétaires qu'offrent les grandes structures. Les PME, elles ne disposent pas des mêmes moyens RH, des mêmes outils de formation en interne. Elles recherchent la perle rare, soit hyperspécialisée, soit polyvalente. Et elles n'ont pas droit à l'erreur, car l'erreur leur coûte cher. Mais, cela c'est un problème structurel. Latent. Propre aux PME... de France, ou d'ailleurs.

Et puis en France, en période de reprise, les indicateurs de difficulté de recrutement se tendent rapidement dès que l'emploi reprend et qu'un nombre croissant d'entreprises se met en quête d'une nouvelle embauche.

  • 1/ D'une part, au premier souffle de reprise, les entreprises sont brutalement confrontées à un taux de départ volontaire accru, de salariés qui cherchent mieux ailleurs. Et c'est un problème pour des employeurs sous-équipés en DRH.
  • 2/ Elles recherchent davantage de CDI, ou des CDD plus longs et là, les exigences changent. Trouver le candidat remplissant les critères, c'est compliqué.
  • 3/ Et puis lorsqu'une crise dure, elle détruit des compétences hyper spécifiques dans certains domaines qui ont tourné durant 10 ans au ralenti.

Les difficultés de recrutement, signes de la vitalité des embauches

Mais tout cela signifie-t-il que l'embauche constitue déjà un facteur bloquant de premier ordre pour la croissance ? Cela veut-il dire que le taux de chômage structurel, incompressible, à 9%, coince toute perspective de prolongation de la reprise et que les entreprises sont déjà condamnées à faire des enchères sur les salaires, pour attirer les rares talents disponibles. Bref que la surchauffe n'est pas loin.

 
Il y a ceux qui fixent leur attention sur la courbe des difficultés de recrutement que délivrent les enquêtes de conjoncture auprès de l'industrie et des entreprises de service. A première vue, les pics de difficulté d'embauche sont proches de ceux observés à la veille de la crise de 2008. Pire, le pourcentage d'emplois vacants bat tous ses records. C'est spectaculaire en effet. Nous vivons des difficultés d'embauche aussi intense, qu'à la veille de la crise de 2008, avec un taux de chômage qui est pourtant près de deux points supérieurs. Pour ceux-là il est clair que c'est symptomatique d'une aggravation du chômage structurel.

Mais il faut revenir sur le sens de ces indicateurs. Si embaucher est intrinsèquement compliqué pour une entreprise, alors, le taux des entreprises qui peinent à embaucher augmente avec la proportion d'entreprises qui recrutent. C'est tautologique. Et vu sous cet angle, le rythme d'embauche, et la proportion d'entreprises qui recrutent dans le privé, sont proches des niveaux observés avant la crise de 2008. Pas étonnant donc que l'on observe le même degré de difficulté à embaucher donc. La difficulté à embaucher est juste un indicateur redondant avec la vitalité de l'embauche, et non le signal de l'épuisement du stock de main-d'œuvre disponible.

Et puis, il faut mettre en perspective la dégradation si spectaculaire en première analyse de la proportion de postes vacants. En comparaison internationale, la France reste logiquement en bas de l'échelle aussi bien dans l'industrie que dans les services. En ligne avec le niveau élevé de son taux de chômage. Ne nous hâtons pas donc d'en faire le symptôme de nos rigidités et de la piètre performance  de nos services de l'emploi.

Bref, c'est vrai. L'accélération brutale des embauches s'accompagne tautologiquement de la proportion d'entreprises exprimant une difficulté à embaucher. Mais n'en tirons pas argument pour étayer l'idée qu'à 9%, la France est déjà au plein emploi et faire porter le chapeau du ralentissement de la reprise et aux disfonctionnements de notre marché du travail.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 11/11/2018 à 0:42 :
J'aime
a écrit le 10/11/2018 à 15:58 :
Tous les jours, en allant au travail, je passe devant les vitrines de deux agences d'intérim (ville moyenne de province, 60 000 habitants). Hier, j'ai attentivement regardés les offres. Il y en a, c'est vrai, même si pour la plupart la durée de la mission n'excède pas 5 jours. Plus de 80% d'entre elles concernent la restauration et le bâtiment. Pour postuler aux emplois les moins qualifiés - serveur et manœuvre -, l’expérience MINIMALE exigée par les employeur est de 2 ans. Et pour la plupart des offres, c'est plutôt 3 à 5 ans (je précise qu'il s'agit de postes non ou très peu qualifiés, pas de cuisinier ou d'électricien). Rémunération au SMIC bien entendu. En d'autres termes, en 2018, en France, pour prendre une commande et apporter les assiettes au client ou porter des parpaings et des sacs de ciment sur un chantier, métiers sans grande qualification et rémunéré au SMIC, il faut 3 à 5 ans d’expérience. Accessoirement, pour un grand nombre de ces emplois, l’affichette précise 'véhicule personnel obligatoire'. Comme si quelqu’un au smic pouvait encore se payer une voiture, la carte grise, l'assurance, le contrôle technique, les révisions et le plein d'essence. C'est juste la réalité, ce que demandent les employeurs. Et ces derniers se demandent pourquoi ils ne trouvent personne. Ahurissant. Absurde. A quand un doctorat en génie électrique et 10 ans d'expérience pour refaire l'électricité d'une maison ? Demain, probablement. Ce monde est fou.
a écrit le 10/11/2018 à 9:13 :
Le problème c’est Pôle Emploi.
Les 100% d’employés à Pôle Emploi n’ont jamais connu le chômage et les difficultés de la vie par rapport à l’emploi , l’exclusion, le rejet, la discrimination...

Explication : hier je téléphoné pour un renseignement , le conseiller aussi intéressé de ce que je lui dit comme l’An 2.
Tout pour me mettre une couche d’angoisse plus forte qu’au début de mon appel.

Les conseillers ne comprennent rien à la situation des gens , je pense que remplacer ces gens par des robots ne feraient aucune différence pour les gens , de toute manière ils arrivent pas à comprendre les problématiques des gens.

Nous «  revenons » à la case départ ;

Comment devons nous recruter ?
Grâce à nos filtres erronés?
Par le piston ?

Sachez qu’en France ces 2 méthodes fonctionnent très bien surtout le piston.

Quand vous donnez au «  gens une récompense «  sur un plateau ... cette personne n’aura pas connu la valeur de l’acquérir par ses propres moyens, c’est pour ça qu’il y a des pertes de valeurs mais par contre ces gens mettent le paquet pour critiquer : l’immigration, le pauvre, le sdf....

Voilà comment la société fabrique le «  profil populiste ».
a écrit le 09/11/2018 à 19:50 :
"Une bonne nouvelle maquillée en catastrophe: Chômage, le mythe des emplois vacants" https://www.monde-diplomatique.fr/2015/02/CLOUET/52623
a écrit le 09/11/2018 à 17:41 :
Entonnant et en effet. D'autant que la flexibilité et l’intérim se sont beaucoup développés en France, comme partout ailleurs.
Il faudrait analyser cela par catégorie ou secteur d'activités. D’après le BMO il serait difficile de trouver des charpentiers bois, régleurs, couvreurs, chaudronniers, dentistes, tuyauteurs...
(http://statistiques.pole-emploi.org/bmo/bmo?graph=4&in=2&le=0&tu=15&pp=2018)
Les plus fortes demandes et recrutements seraient :
agents d'entretien de locaux, aides à domicile et ménagères, aides et apprentis de cuisine, aides soignants, ingénieurs techniciens informatique,...
Tous les métiers, même les moins valorisés, demandent des formations, certifications, habilitations, donc une mise à niveau en termes de formation.
Capacités d’adaptation ou capacités de fluctuation ?
Aussi un problème de mobilité. Avant il y avait des bassins industriels, à présent les entreprises et technologies sont beaucoup plus mobiles et adaptatives en fonction des projets.
Les emplois de service existent partout, sauf que la concentration en est variable et suit les flux de populations clientes. Pas facile d'exiger cela en quasi temps réel, d'autant que le marché immobilier est spécial et qu'il n'est pas facile de déménager pour des missions.
a écrit le 09/11/2018 à 17:39 :
C'est pas grave :

Alors que la France a accordé l’asile à 43 000 personnes en 2017, l’une des questions qui se pose concerne l’insertion dans l’emploi des réfugiés. Dans de nombreux cas, ils peinent à trouver du travail, faute de réseaux ou de reconnaissance de leur savoir-faire.
Dans cette otique, la ministre Muriel Pénicaud a annoncé le lancement d’un appel à projets, doté d’une enveloppe de 15 millions d'euros, pour permettre à 4 000 à 5 000 d’entre eux de trouver un emploi.
« Certains réfugiés ont une qualification, mais ils viennent de pays où il n’y a pas de reconnaissance de diplôme, ou qui s’exercent dans un cadre rendant nécessaire une formation complémentaire », a expliqué la ministre du Travail.A l’inverse, « 39 % des réfugiés arrivant en France n’ont pas pu avoir de qualification professionnelle. Ces personnes qui ont vécu la guerre, la persécution ont le courage, l’envie d’apprendre », a-t-elle ajouté.Parallèlement, a-t-elle poursuivi, « on a des métiers en tension où on cherche du monde, donc l’offre et la demande peuvent se retrouver dans une démarche gagnant-gagnant ».
a écrit le 09/11/2018 à 17:25 :
Ce qui est désolant dans ce type d'articles c'est que leurs auteurs se répètent à longueur de temps sans jamais chercher à savoir ce qui se fait dans certains secteurs .
Dans l'automobile les constructeurs et leurs réseaux de réparateurs se mobilisent pour attirer, recruter et former leurs futures techniciens d'atelier avec succès avec des formations en alternance et un cqp ( certificat de qualification professionnelle) à la clef reconnu par la convention collective .
Oui il existe des solutions ...mais aucun article n'en fait mention : pourquoi ?
a écrit le 09/11/2018 à 17:17 :
Propos convenus qui n'apportent rien de nouveau .
Il serait préférable que tous les ces spécialistes se penchent sur la question de savoir pourquoi la France est le seul pays où la reprise économique n'a pas d'impacte sur le taux de chômage !!
Sur le fond recruteurs comme demandeurs d'emplois restent figé sur l'idée qu'un diplôme =un métier= un emploi et tant que les uns et les autres s'en tiendront à cela ça bloquera toujours ......
Plutôt que de rechercher un métier il serait préférable de procéder par compétences .
Exemple : il est difficile de trouver des plombiers mais en cherchant des personnes connaissant le travail des métaux et sachant souder vous élargissez l'offre avec plus de chances d'avoir des candidats !!!
a écrit le 09/11/2018 à 17:13 :
Propos convenus qui n'apportent rien de nouveau .
Il serait préférable que tous les ces spécialistes se penchent sur la question de savoir pourquoi la France est le seul pays où la reprise économique n'a pas d'impacte sur le taux de chômage !!
Sur le fond recruteurs comme demandeurs d'emplois restent figé sur l'idée qu'un diplôme =un métier= un emploi et tant que les uns et les autres s'en tiendront à cela ça bloquera toujours ......
a écrit le 09/11/2018 à 14:16 :
Tant que les employeurs chercherons des "5 ans d'expériences requise" et/ou le bon papier (tel ou tel diplôme) à la place des compétences réelle, il n'y aura pas d'amélioration possible.
a écrit le 09/11/2018 à 14:06 :
oui, les pme cherchent la perle rare, effectivement!
on appelle aussi ca le mouton a 18 pattes!
un jeune de 18 ans, qui a au moins 10 ans d'experience, niveau bac, bac -2, avec un doctorat en maths, un en intelligence artificielle, et un en physique quantique, qui serait plombier electricien avocat medecin,, en poste, mais disponible demain matin, qui parle allemand et poldomoldave pour un poste a paris, et qui serait genereusement paye au smic ( a temps partiel sur le papier, mais avec 45 heures de presence)
le diable est dans le details, pas vrai?
a pas savoir ce qu'on cherche, on finit par avoir qqun qui n'a aucun des traits demande, et qui voudra etre paye tres cher
a écrit le 09/11/2018 à 13:21 :
Toutes les écoles cherches des stages en entreprise, les PME devraient prendre plus de stagiaires pour les recruter ensuite si besoin !
a écrit le 09/11/2018 à 13:20 :
Cette situation « restera ainsi » tant que « les politiques bloquantes « 
seront aux pouvoirs.

Politiques bloquantes : ( définition)

Favoriser des groupes par rapport à des groupes afin d’éliminer «  les groupes minoritaires » mais avant élimination les presser comme des citrons pour les pousser à une auto-destruction et augmenter le pouvoir «  des groupes favorisé (=les populistes ) » pour ensuite bien les manipuler comme des marionnettes.

La plus grosses injustices sociales ont eu lieu après 2004...
Tous les acquis sont pour rien , car en un seul décret vous pouvez perdre tous vos droits fondamentaux
Un gars d’état qui ne sait rien à la vie ordinaire qui fait passer « un décret « car une poignée «  de gens pauvres dans le cœur «  les harcèlent pour faire passer un décret qui poussent d’autres gens à perdre leurs droits légitimes.

En France l’état veut garder tous les acquis des salariés , cadres , entreprises pour ses fonds a lui et l’état veut en disposer comme il l’entend sans demander l’avis des gens qui ont trimé la moitié de leur vie.

J’espère qu’un jour les politiques bloquantes n’existeront plus et qu’il y aura un vrai état démocratique pour tous et toutes
citoyens pour un traitement identique pour tous et toutes et plus de second citoyen , de discrimination , des trucs malsains , corruption et autres ...
a écrit le 09/11/2018 à 13:15 :
C'est a croire que l'on veut protéger l'emploi du "travailleur détaché" sinon il y a menace de délocalisation, bref... tout pour l'uniformisation vers le moins disant social européen! C'est la politique vicieuse de cet administration hors sol qu'est l'UE de Bruxelles!

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :