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La mobilité, un échec en Europe

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Harold James

Publié le 01 juin 2015 à 16:19 - Mis à jour le 10 juin 2015 à 09:41

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La crise a renforcé sensiblement les flux migratoires au sein de l'Europe, mais les institutions européennes ne sont pas capables d'en gérer les conséquences. D'où, une situation jugée inacceptable par de nombreux européens. Par Harold James, professeur à Princeton

Le principal problème non résolu de l'Union européenne est celui de la mobilité. Le processus d'intégration avait pour objectif de faciliter et de rendre plus attrayant le déplacement d'un pays à un autre pour les Européens. Dans cette optique, les citoyens de l'UE « perdaient » une nation et gagnaient un continent. Mais les résultats de certaines élections récentes laissent à penser qu'ils sont finalement plus inquiets à l'idée de perdre une nation.

Depuis l'adoption de l'Acte unique européen en 1986, qui levait les restrictions concernant le travail dans un autre État membre, le continent est devenu un marché du travail unique - du moins en théorie. C'était un choix politique qui allait dans le même sens que les autres sujets à l'ordre du jour de l'intégration. L'utilisation de l'euro comme monnaie unique nécessitait un marché du travail flexible qui permettait à la population active de trouver du travail ailleurs, en fonction des chocs régionaux.

Les flux migratoires décollent après la crise, et sont contestés

Mais ce n'est qu'après la crise financière mondiale que les flux migratoires européens ont vraiment décollé, provoquant une réaction négative à leur égard, d'abord dans les pays de destination et aujourd'hui, comme le suggère la récente élection présidentielle en Pologne, dans les pays d'origine. A mesure que s'enflammait le débat sur les migrations, à la fois ceux ayant migré et ceux restés au pays ont fini par se sentir plus nationalistes, pas plus européens.

A première vue, les résultats des récentes élections en France et en Grande-Bretagne donnent l'impression que l'immigration n'est plus un sujet brûlant en Europe. La performance du Front national français lors des élections départementales a été médiocre comparé aux résultats de la droite traditionnelle pro-européenne. Le parti nationaliste s'est ensuite enfoncé dans les scandales et des luttes intestines acrimonieuses entre la présidente du parti, Marine Le Pen, et son père, fondateur de ce parti, Jean-Marie Le Pen (qui a finalement été suspendu).

Le parti europhobe britannique, le Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP), après un score décevant lors des élections générales au début du mois, est en proie à des rivalités internes. Le parti populiste conservateur Alternative pour l'Allemagne est également menacé de scission, tandis que le mouvement italien 5 Étoiles est sur le point d'imploser.

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Cette série de débâcles a incité certains commentateurs à prédire la fin de la politique de contestation. Mais ce point de vue n'est pas tout à fait pertinent. Les partis politiques d'extrême-droite qui semblaient les principaux bénéficiaires de la crise de l'euro ont certes marqué le pas. Mais la question de la mobilité du travail reste au centre des débats.

La question des flux sortants

Jusqu'à présent, les discussions sur les flux migratoires européens ont surtout eu lieu dans les pays de destination riches comme la France et le Royaume-Uni. Leurs effets sur les pays d'origine n'ont guère été débattus. Mais cette question, au centre de la récente élection présidentielle en Pologne, est celle qui a le plus trouvé en écho auprès des électeurs, contribuant à la victoire d'Andrzej Duda, le dirigeant du parti conservateur Droit et Justice. Elle était également inscrite au programme de la campagne du chanteur Pawel Kukiz, qui s'est placé en troisième position au premier tour.

Selon Duda et Kukiz, trop de jeunes Polonais quittent le pays, qui devient un territoire peuplé de personnes âgées, un fait qui saute aux yeux de quiconque se promène dans une rue en Pologne. L'Europe abrite bien des communautés de jeunes Polonais dynamiques, mais elles se trouvent à Londres, Dublin, Paris, Oslo et Stockholm - pas à Varsovie, Krakow ou Lodz. Et surtout pas dans les régions rurales pauvres de l'Est et du Sud du pays qui ont été vidées de manière disproportionnée par l'émigration.

L'Union européenne désarmée

Le débat sur les ravages causés par l'émigration prend également place dans des pays qui ont été nettement plus frappés par la crise économique - des pays de la zone euro comme la Grèce, l'Espagne et le Portugal, ainsi que dans des pays ne faisant pas partie de l'union monétaire, notamment la Bulgarie et la Roumanie. Et si le sujet soulève des questions évidentes d'équité et d'efficacité - les pays pauvres qui ont massivement investi dans l'éducation voient aujourd'hui leurs diplômés travailler et payer des impôts à l'étranger - l'Union européenne n'a pas su apporter de solution à ce problème.

Il est vrai que certains émigrés pourraient revenir au pays, apportant compétences et capitaux. Mais dans l'intervalle, ils laissent derrière eux une population plus âgée, plus pauvre et plus vulnérable. Les solutions pourraient comprendre des transferts de fonds vers les systèmes d'éducation locaux qui forment les nouveaux arrivants sur le marché du travail européen, ou une assistance pour résoudre les difficultés qui se présentent dans les régions qui risquent de perdre leur population en âge de travailler.

Le paradoxe est évident. L'intégration européenne a donné lieu à une plus grande mobilité - en particulier dans le sillage de la crise de l'euro. Mais L'UE ne s'est pas encore dotée du cadre institutionnel qui rende la mobilité acceptable aux yeux des citoyens de l'Union.

Traduit de l'anglais par Julia Gallin

Harold James est professeur d'histoire et des relations internationales à l'université de Princeton, professeur d'histoire à l'Institut universitaire européen de Florence et member (senior fellow) du Centre for International Governance Innovation (CIGI).

© Project Syndicate 1995-2015

Harold James

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