Le débat Macron-Le Pen  : des hostilités qui en disent long

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(Crédits : Reuters)
En écoutant les commentaires à propos du débat télévisé entre les deux candidats à la présidentielle française - Marine Le Pen et Emmanuel Macron - il semblerait que ce dernier sorte vainqueur. Par Cécile Philippe, Institut économique Molinari

Comme l'indique Mathilde Siraud journaliste politique au service du Figaro, « sur la forme et la communication politique, c'est Marine Le Pen qui a mené le débat, mais sur le fond, elle a montré ses lacunes sur un certain nombre de sujets ... donc sur le fond je dirai que c'est Emmanuel Macron qui l'a emporté. »

Cette distinction entre la forme et le fond est très intéressante, car elle peut aisément se raccrocher à une distinction souvent faite à l'égard de la nature humaine, celle qui distingue le corps de l'esprit. Elle a un nom : le dualisme cartésien qui veut que l'un et l'autre soient faits de substances complètement différentes.

Le corps serait le lieu des émotions et l'esprit celui du raisonnement. Les deux seraient opposés un peu comme sur ce plateau télé où l'une aurait incarné les émotions violentes d'une partie de la France et l'autre la pensée réfléchie, argumentée et posée d'une autre partie de la France.

Les choses ne sont évidemment pas aussi simples

Aujourd'hui, cette vision duale schématique a été supplantée par une vision dans laquelle les deux aspects fonctionnent l'un avec l'autre. Le neurologue Antonio Damasio a ainsi montré dans son livre L'erreur de Descartes que le raisonnement suppose l'émotion ou la passion.

Au final, il n'y aurait que des processus cognitifs. Il y a cependant moyen de les distinguer. Les uns sont rapides, automatiques et intuitifs. Les autres sont plus lents et décrivent comment nous arrivons à un jugement. La question qui se pose alors est de savoir comment ces processus s'organisent et si l'un domine l'autre. Faut-il penser comme David Hume que la raison est l'esclave de la passion ?

Le psychologue Jonathan Haidt, auteur d'un livre passionnant sur les questions morales, répond par la négative. Il démontre de façon persuasive que si les processus intuitifs automatiques et rapides sont certainement plus puissants que les autres processus cognitifs. Nous utilisons notre pensée pour rationaliser des intuitions,pas toujours fondées, mais il n'en demeure pas moins qu'il est possible d'entendre raison.

Le raisonnement et les explications de Macron

En quoi cela nous donne-t-il des clés pour comprendre le débat d'entre les deux tours ? Une chose est sûre, Marine Le Pen a davantage fait appel aux instincts et aux intuitions du public. Emmanuel Macron, de son côté, a misé sur le raisonnement et les explications.

Mais dans un cas comme dans l'autre, chacun a parfaitement joué sa partition eu égard à son électorat. Emmanuel Macron a ainsi essayé de privilégier au maximum le débat et la conciliation au service d'un programme qui veut avant tout « renouer le fil de notre Histoire ». Marine Le Pen, à l'inverse, a choisi une forme agressive et hostile en accord avec un programme qui avive les tensions et désigne des coupables.

Cette forme agressive et hostile - qu'instinctivement nous rejetons, car elle est opposée à la coopération sociale et à la vie dans de grands groupes sociaux - révèle une sorte de désinhibition de la colère et des peurs qui la nourrissent.

Celles-ci ne sont pas nouvelles. Elles faisaient déjà l'objet d'un livre d'Alain Duhamel en 1993 intitulé Les peurs françaises. Les peurs du chômage, du déclassement, des migrants, de l'immigration, des OGM, des perturbateurs endocriniens, de la dette publique, de la faillite, du terrorisme imprègnent tout le tissu social. Au point que les colères qui les accompagnent s'incarnent dans une candidate qui a réussi à passer le premier tour.

Un clivage qui ne peut servir aucun projet social constructif

Il peut sembler tentant d'écarter d'un revers de main tout le discours de Marine Le Pen. Ce n'est cependant pas comme cela qu'on va pouvoir réconcilier les Français. Car si une chose ressort bien de ce duel, c'est justement qu'il acte un clivage profond au sein de notre société. Le dialogue n'y a pas eu sa place et encore moins le débat.

Ce clivage ne peut servir aucun projet social constructif. Il me semble crucial de bien mesurer la chose, à savoir qu'il va falloir trouver les moyens au cours du prochain quinquennat de rétablir le dialogue.

Si le candidat d'En Marche est le mieux placé pour ce faire, n'en sous-estimons pas pour autant les difficultés. Au cours des 5 prochaines années, il faudra poursuivre sans relâche le débat, les interactions, l'écoute et les politiques susceptibles d'apaiser les peurs des uns et des autres.

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Commentaires
a écrit le 05/05/2017 à 17:12 :
Il me semble qu'on est dans une situation similaire à celle des années 1786 à 1789. Le système est à bout de souffle, les candidats nuls et narcissiques. Jonathan Israel a écrit un excellent livre sur cette période (Revolutionary Ideas), d'autant plus intéressant qu'il a un regard neutre puisque n'ayant pas à brosser les politiques français dans le sens du poil :-)
a écrit le 05/05/2017 à 10:32 :
Les Français ne font pas de distinction entre la production qui concerne les entreprises et la consommation qui concerne les ménages. La production égale la consommation, mais la distinction est nécessaire sur le plan international. Il faut en particulier répartir les prélèvements sur la production ET sur la consommation, et plus particulièrement sur la consommation d'énergie. Qui peut nous l'expliquer?
a écrit le 05/05/2017 à 8:43 :
brailler des aneries, ca a ete l'apanage de la communication politique depuis longtemps........ force est de constater que ca marche encore sur une partie de la population ( pas seulement chez le pen)...... les autres gens, c'est moins sur
ca me fait penser a ces entreprises qui confondent ' marketing' et ' reclame facon annees 50', ou au lieu de s'approprier cet art ( et de ses techniques!) , on ' investit ' (!!!!) dans des pubs ' achetez mon produit c'est le meilleur c'est le moins cher', quand bien meme on sait qu'il n'est pas bon, et coute 20% deplus que la concurrence
a écrit le 05/05/2017 à 8:38 :
"Car si une chose ressort bien de ce duel, c'est justement qu'il acte un clivage profond au sein de notre société"

Non c'est l'inverse, hier soir dans le petit quotidien les jeunes et bons reporters de l'émission sont allés sur le terrain parler aux gens, et nous nous retrouvons tous dans le fait qu'il y en a marre d'être représentés par des politiciens professionnels qui n'ont aucune légitimité pour le faire qui s'empressent de servir leurs réseaux au détriment des gens. Il fallait voir d'ailleurs la tête des journalistes politiques professionnels découvrir l'opinion des vrais gens, on voyait bien que déjà ils n'en avaient jamais vu c'était éloquent. Contrairement à vous j'y vois un espoir, tous nos politiciens incompétents et corrompus, de quelques partis que ce soit, sont en train de nous réunir tous au sein de cette pensée qu'ils nous écœurent tous. Cela va mettre du temps à se concrétiser dans les actes, car ce qui est bon prend toujours son temps, mais il est évident que l'état d'esprit général évolue dans ce sens.

"Au cours des 5 prochaines années, il faudra poursuivre sans relâche le débat, les interactions, l'écoute et les politiques susceptibles d'apaiser les peurs des uns et des autres"

Un bon boulot, des revenus, on ne demande pas grand chose mais même ce petit rien nos politiciens sont incapables de l'offrir, pire nous avons un chômage de masse que nous voyons endémique au néolibéralisme et croissant et nous avons une paupérisation général du plus grand nombre le tout alimentant une constante baisse de la croissance.

Nos politiciens appartiennent aux actionnaires milliardaires qui ont autant gagné sous hollande, +30%, que sous sarkozy, tout est dit.
Réponse de le 05/05/2017 à 11:17 :
@citoyen blasé
La cible c'est bien le néolibéralisme, c'est bien cette "chose" qui est la source de TOUS les problèmes. C'est donc lui qu'il faut combattre. Ce ne sont ni LePen, ni Macron, ni Mélenchon ni aucun des candidats qui résoudront le problème. Pour que les gouvernements agissent, il n'y a que la pression de la rue qui peut les "booster". Pour cela, il faut aller dans la rue, c'est à dire prendre des risques. Tel n'est pas le cas, ce qui sous entend que ça ne va pas si mal que ça...Cela passe aussi par des organisations syndicales fortes et au retour de la lutte des classes...Enfin,la lutte entre deux classes, puisqu'il n'en reste que 2: Les pauvres (tous les jours un peu plus nombreux) et les riches. Tant que les riches n'auront pas peur, le néolibéralisme aura de beaux jours devant lui.
Réponse de le 05/05/2017 à 11:29 :
"Cela passe aussi par des organisations syndicales fortes"

Et non infiltrées, ce qui est très difficile à distinguer, le problème de tous les groupes de "pensée".

Il n'existe qu'une seule communauté c'est l'humanité toutes les autres étant forcément subjectives, plus ou moins bien entendu.

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