Le déclin programmé de la zone euro si rien ne change

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le déclin programmé de la zone euro si rien ne change

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La zone euro est un espace qui peut donner le sentiment d'une certaine robustesse sur le plan économique. C'est un socle productif qui a su maintenir ses positions en dépit de l'âpreté de la compétition mondiale. C'est un excédent des échanges courants supérieur à 3% du PIB. Ce sont des fondamentaux financiers relativement solides, lorsque l'on scrute les niveaux ou la dynamique des endettements privés et publics.

Efficacité économique

Les pays européens sont pourtant hantés par le spectre du déclassement inexorable et de l'éclatement. Or, en comparaison des autres pôles développés, la zone euro a tenu le choc. Le cœur de création de valeur exportable (l'industrie + les services aux entreprises + les secteurs de l'information et de la communication) représentaient 36 % du PIB en 2018, comme au Japon, et sensiblement plus qu'aux États-Unis, sans marquer de tendance longue au déclin. Comme toutes les autres régions développées, la part de la zone a régressé dans le commerce mondial de biens et services. Mais plutôt moins qu'ailleurs en proportion. Dans la course à la taille sur les marchés mondiaux, la zone disposait encore en 2018 de 96 groupes dans le classement des 500 premières multinationales en taille de chiffre d'affaires. L'UE faisant jeu égal avec la Chine et les États-Unis. Et les devançant même, lorsque l'on élargit le périmètre à la Suisse et à la Norvège. Et mieux que cela, si l'on regarde les actifs étrangers de la zone euro, ils représentent 27% du stock mondial d'investissement direct, l'UE 35%, contre 25% pour les Etats-Unis, 11% pour la Chine, y compris Hong Kong, 5% pour le Japon. Et au final, la zone euro place 36 groupes dans le top 100 des multinationales du point de vue de la taille des leurs actifs détenus à l'étranger, un niveau très largement au-dessus des autres régions du monde dont les géants se déploient davantage sur le marché national.

Doctrine non interventionniste

Il faut avoir cela en tête lorsque l'on veut projeter la zone euro dans 10 ans. Son logiciel économique, si décrié, si incomplet a participé à son efficacité économique. Au cœur de ce logiciel, il y a un cadre financier régenté, qui discipline les politiques budgétaires et corsette l'interventionnisme des États. Et surtout le dogme de la concurrence non faussée, qui restreint les  positions dominantes, les aides d'Etat, et encourage les politiques d'offre transversale : modération salariale, fiscale, flexibilisation etc. Le grand marché est devenu de la sorte un terrain d'affrontement, le terrain de sélection et d'agglomération des meilleures entreprises, dont les pays gagnants de la zone tirent aujourd'hui les dividendes.

Mais cette doctrine non interventionniste, non protectrice a permis surtout :

  • 1/ aux entreprises déjà en établies d'affuter leur efficience de façon incrémentale pour jouer gagnant à l'international. Au détriment des nouveaux entrants du numérique ou de la transition énergétique notamment.
  • 2/ Elle a pour prix des disparités spatiales et sociales de plus en plus criantes qui affaiblissent la cohésion de l'édifice européen et dont elle paie aujourd'hui le prix politique.
  • 3/ Et dans un contexte de déclin de la population en âge de travailler, l'agglomération productive ouvre maintenant un nouveau terrain de lutte : celui de la captation des compétences, au détriment encore une fois de la périphérie.

Une mue indispensable

C'est le revers de la médaille du manque d'interventionnisme européen. Chacun presse que le capitalisme mondial a franchi un nouveau seuil d'âpreté dans la lutte. Les Etats américains et chinois ou même japonais ont changé de braquet. Ils sont à la manœuvre pour se doter des actifs stratégiques clés de la croissance future. Ils sont en première ligne pour éviter que le grandmercato des fusacq ou des joint-ventures ne les dépouille des actifs stratégiques. Ils sont prêts à fausser le jeu par la commande publique, par la concentration du capital, par des barrières commerciales.

L'Europe, elle, aborde la bataille qui vient avec les Etats paradoxalement les plus coûteux et les moins interventionnistes de la planète, et sans moyen au plan fédéral. Comme un champion à l'ancienne qui entrerait sur le stade pour se frotter à des compétiteurs chargés d'amphétamine. Cette mue interventionniste et protectrice du logiciel européen est pourtant indispensable si l'espace ne veut pas devenir demain la proie économique des régions en quête de leadership et politique des partis populistes qui font leur beurre sur la thématique de l'État fort.

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Commentaires
a écrit le 12/06/2019 à 12:19 :
préparez vous a voir la tourmente arrive car si les possèdent de la dette demande leurs remboursement le monde économique risque de chavire : seul s en sortirons ceux qui sont capable de produire pour leurs pays indépendant des autres, : de plus comme personne ne peut rembourse il se peut que cette dette speculative soit annule pour que le monde reparte sur une autre basse : qui serais basse sur une production reel des richesse et du partage égalitaire de chacun: la realite c est que dans l impossible tous est possible :là est la verite???
a écrit le 12/06/2019 à 12:19 :
préparez vous a voir la tourmente arrive car si les possèdent de la dette demande leurs remboursement le monde économique risque de chavire : seul s en sortirons ceux qui sont capable de produire pour leurs pays indépendant des autres, : de plus comme personne ne peut rembourse il se peut que cette dette speculative soit annule pour que le monde reparte sur une autre basse : qui serais basse sur une production reel des richesse et du partage égalitaire de chacun: la realite c est que dans l impossible tous est possible :là est la verite???
a écrit le 12/06/2019 à 11:54 :
Qu'une nouvelle strategie soit decidee a Bruxelles n'a aucune importance.
La bulle financiere mondiale va peter un jour ou l'autre.
Tous les economistes sains d'esprit sans exception s'accordent sur cette issue ineluctable.
Les grandes banques qui speculent depuis la derniere grande crise seront les plus impactees.
Rien n'a ete retenu, c'est meme pire "qu'avant".
Accrochez-vous, ca va tanguer.
a écrit le 12/06/2019 à 11:33 :
le principal actif stratégique c'est notre environnement/notre survie à tous, non ?
a écrit le 12/06/2019 à 10:40 :
on vante l'interventionnisme/protectionnisme aujourd'hui. finalement, la France était en avance sur son temps. :-)
on parle aussi de plus en plus de la semaine de travail de 4 jours dans le monde anglo-saxon. comme la France et les 35h. :-)

sinon, je ne vois pas trop en quoi les 3 points du paragraphe "Doctrine non interventionniste" sont spécifiques à l'Europe ?
que sont les actifs stratégiques ? les batteries/autos électriques (qui datent du 19e siècle) ? les Amazon/Alibaba (des grands magasins de vente à distance : ça date aussi du 19e siècle) ? l'IA (un truc à portée de tout le monde, parce-qu'en fait c'est de la poudre aux yeux) ?
"Innovation won't overcome stagnation", comme écrivait Satyajit Das dans Bloomberg le 28 mai 2017.
Chine et USA sont des canards boiteux, des géants aux pieds d'argile, les rois du modèle laxisme/poudre aux yeux/propagande. mais bon, c'est sûr qu'en Europe aussi on a pas mal de partenaires peu fiables.
a écrit le 12/06/2019 à 9:49 :
"Cette mue interventionniste et protectrice du logiciel européen est pourtant indispensable si l'espace ne veut pas devenir demain la proie économique des régions en quête de leadership et politique des partis populistes qui font leur beurre sur la thématique de l'État fort."

Le problème majeur c'est que nos mégas riches européens se sont fait complètement berner par les mégas riches américains, à savoir ces derniers ont fait croire que ça y est l'argent n'avait plus de frontière et tandis que nos mégas riches allaient de dettes en paradis fiscaux les financiers américains eux gardaient un pied dans leur pays.

Du coup dès qu'un personnage politique puissant américain apparait comme Trump il peut compter sur une partie de la finance américaine pour suivre ses politiques, car cette finance là connait l'intérêt de la puissance politique et de la stratégie économique à long et très long terme, elle y a toujours gagné et y gagnera toujours tandis que nos mégas riche européens eux, sans repère, incarnent parfaitement une armée mexicaine d'investisseurs allant dans toutes les directions menant au dumping social et fiscal à savoir à très court terme, et donc pièges avérés bien souvent, sans une once de pensée productive, seulement cupide.

En ordre dispersée nos mégas riches ne font qu'un peu plus anéantir cette union européenne dont ils sont pourtant les seuls bénéficiaires. LE déclin, je ne comprends pas pourquoi cette réalité constatée n'est jamais écrite ni affirmée alors que vérité pourtant avérée.

"DANGER DE LA RICHESSE: «Seul devrait posséder celui qui a de l'esprit: autrement, la fortune est un danger public. Car celui qui possède, lorsqu'il ne s'entend pas à utiliser les loisirs que lui donne la fortune, continuera toujours à vouloir acquérir du bien: cette aspiration sera son amusement, sa ruse de guerre dans la lutte avec l'ennui. C'est ainsi que la modeste aisance, qui suffirait à l'homme intellectuel, se transforme en véritable richesse, résultat trompeur de dépendance et de pauvreté intellectuelles. Cependant, le riche apparaît tout autrement que pourrait le faire attendre son origine misérable, car il peut prendre le masque de la culture et de l'art: il peut acheter ce masque. Par là il éveille l'envie des plus pauvres et des illettrés - qui jalousent en somme toujours l"éducation et qui ne voient pas que celle-ci n'est qu'un masque - et il prépare ainsi peu à peu un bouleversement social : car la brutalité sous un vernis de luxe, la vantardise comédien, par quoi le riche fait étalage de ses "jouissance de civilisé" évoquent, chez le pauvre, l'idée que l'argent seul importe, - tandis qu'en réalité, si l'argent importe quelque peu, l'esprit importe bien davantage.» Nietzsche

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