Le fantasme d'un budget européen

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
Un budget européen... c'est tout le monde en convient l'acte qui parachèverait le projet européen. Les promoteurs de l'euro considéraient d'ailleurs qu'il devait être le corolaire de la monnaie unique. Et c'est précisément sur ce terrain hautement symbolique qu'Emmanuel Macron a tenté de marquer des points lors du sommet franco-allemand du 19 juin 2018 à Meseberg. Personne n'a été dupe cependant. En dépit de la communication gouvernementale, qui a parlé « d'avancée historique », nombre de commentateurs ont pointé l'abus de langage.
Sur le papier, la déclaration du 19 juin acte la volonté commune de création d'un budget d'investissement "défini sur une base pluriannuelle" afin de "promouvoir la compétitivité, la convergence et la stabilisation dans la zone euro, à partir de 2021". La déclaration d'intention est belle sur le papier, mais c'est ensuite que ça se gâte... comme d'habitude pourrait-on dire.
D'abord, parce qu'au-delà de cet accord entre les deux principales puissances européennes, ce sont les 17 autres pays qu'il faut convaincre. Or, Huit États du nord de l'Europe, dont les Pays-Bas, l'Irlande, la Finlande et les pays baltes se sont récemment exprimés contre un tel projet dans un document commun.
Ensuite, parce que le montant évoqué est très en deçà des attentes françaises. Côté allemand, on évoque quelques dizaines de milliards par an. Le chiffre de 20 milliards circule. C'est une goutte d'eau. Moins de 0,2% du PIB européen. Autant dire que l'on reste très en deçà du seuil qui permettrait au budget européen d'avoir une incidence stabilisatrice au plan macro.
Enfin, parce que le mode de financement avancé, fait peser de lourdes suspicions sur le fait que le programme d'investissement se fasse au détriment d'autres postes de dépenses. L'enveloppe pourrait être alimentée par des transferts financiers nationaux ou en provenance du budget de l'Union européenne. Autrement dit, des postes de dépense nationaux ou européens risquent d'être redéployés dans un jeu à somme nulle. D'autant que l'Europe peine déjà à compenser le départ des britanniques. Angela Merkel a certes évoqué l'affectation d'une taxe sur les transactions financières au plan européen... mais l'on sait là aussi à quel point le projet peine à aboutir.
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Autant dire que le terme de budget européen est galvaudé. Pour être autorisé à parler de budget européen il faudrait au moins trois conditions :
On en est loin, on le voit. Et l'accord Macron Merkel, loin d'être un petit pas en avant, entérine et confirme plutôt le fait que l'édification d'un budget européen n'est ni pour demain, ni pour après-demain.
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Olivier Passet, Xerfi