Le fantasme d'un budget européen

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, le fantasme d'un budget européen

Un  budget européen... c'est tout le monde en convient l'acte qui parachèverait le projet européen. Les promoteurs de l'euro considéraient d'ailleurs qu'il devait être le corolaire de la monnaie unique. Et c'est précisément sur ce terrain hautement symbolique qu'Emmanuel Macron a tenté de marquer des points lors du sommet franco-allemand du 19 juin 2018 à Meseberg. Personne n'a été dupe cependant. En dépit de la communication gouvernementale, qui a parlé « d'avancée historique », nombre de commentateurs ont pointé l'abus de langage.

Une simple déclaration d'intention

Sur le papier, la déclaration du 19 juin acte la volonté commune de création d'un budget d'investissement "défini sur une base pluriannuelle" afin de "promouvoir la compétitivité, la convergence et la stabilisation dans la zone euro, à partir de 2021". La déclaration d'intention est belle sur le papier, mais c'est ensuite que ça se gâte... comme d'habitude pourrait-on dire.

D'abord, parce qu'au-delà de cet accord entre les deux principales puissances européennes, ce sont les 17 autres pays qu'il faut convaincre. Or, Huit États du nord de l'Europe, dont les Pays-Bas, l'Irlande, la Finlande et les pays baltes se sont récemment exprimés contre un tel projet dans un document commun.

Ensuite, parce que le montant évoqué est très en deçà des attentes françaises. Côté allemand, on évoque quelques dizaines de milliards par an. Le chiffre de 20 milliards circule. C'est une goutte d'eau. Moins de 0,2% du PIB européen. Autant dire que l'on reste très en deçà du seuil qui permettrait au budget européen d'avoir une incidence stabilisatrice au plan macro.

Enfin, parce que le mode de financement avancé, fait peser de lourdes suspicions sur le fait que le programme d'investissement se fasse au détriment d'autres postes de dépenses. L'enveloppe pourrait être alimentée par des transferts financiers nationaux ou en provenance du budget de l'Union européenne. Autrement dit, des postes de dépense nationaux ou européens risquent d'être redéployés dans un jeu à somme nulle. D'autant que l'Europe peine déjà à compenser le départ des britanniques. Angela Merkel a certes évoqué l'affectation d'une taxe sur les transactions financières au plan européen... mais l'on sait là aussi à quel point le projet peine à aboutir.

Les conditions à remplir pour parler de budget européen

Autant dire que le terme de budget européen est galvaudé. Pour être autorisé à parler de budget européen il faudrait au moins trois conditions :

  • 1. Une masse critique de plusieurs points de PIB européen, pour que le budget puisse jouer son rôle de stabilisateur automatique de la conjoncture. Une surface suffisante aussi pour qu'il permette des transferts significatifs Nord Sud entre pays en excédent d'épargne et ceux en besoin d'investissement.
  • 2. Pour parler de budget, il faudrait de surcroît y adosser une véritable fiscalité européenne.
  • 3. Il faudrait enfin mettre en place de véritables  instruments européens de dette, autrement dit, débloquer la question des eurobonds.

On en est loin, on le voit. Et l'accord Macron Merkel, loin d'être un petit pas en avant, entérine et confirme  plutôt le fait que l'édification d'un budget européen n'est ni pour demain, ni pour après-demain.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

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Commentaires
a écrit le 02/08/2018 à 16:24 :
Tant que l'UE de Bruxelles ne sera pas autre chose qu'une administration hors-sol qui donne ses ordres suivant un dogme, nous n'approuverons pas le fait de lui accorder un budget!
a écrit le 02/08/2018 à 11:52 :
Traité de Rome: 1957... Ça fait donc 60 ans que l'europe n'avance pas, ou mal car systématiquement à l'encontre de ses peuples comme nous l'a prouvé le traité constitutionnel européen refusé par le peuple français mais quand même validé par les politiciens français et européens.

Plus de 60 ans d'échecs et ça fait la leçon aux peuples européens pour qu'ils travaillent plus et gagnent moins. Pendant que les américains ne prennent même plus la peine de jeter un oeil sur nous pour prendre des décisions, pendant que nos dirigeants européens sont compromis dans la fraude fiscale massive des plus grandes fortunes européennes, pendant que le dumping social et donc le travail détaché, ravage encore plus un marché de l'emploi à l'agonie. ET ces mêmes gens qui nous ont mit les fascistes au pouvoir, du moins à deux pas, nous disent de continuer de voter pour eux, pour le cancer donc, contre le fascisme et s'étonnent que cela fonctionne de moins en moins !

Vite un frexit.

"Une Europe à refaire" https://www.monde-diplomatique.fr/2016/07/HALIMI/55948

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