Le private equity, un levier majeur pour accélérer la transition vers une économie "net zéro"

OPINION. L'Union européenne et de nombreux pays se sont fixé l'objectif de développer une économie « neutre en carbone » d'ici 2050, avec de premières étapes ambitieuses dès 2030. Pour y parvenir, l'investissement, et notamment le Private Equity, ont un rôle majeur à jouer. Par Driss Sefrioui, associé-fondateur, AltRaise

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(Crédits : Pix4free)

Rares sont les pays qui, de nos jours, ne se sont pas encore fixé d'objectifs en matière de « décarbonation ». La Chine elle-même, productrice de plus de 25 % des gaz à effet de serre de la planète, a annoncé qu'elle deviendra « neutre en carbone » à l'horizon 2060. Au sein des pays occidentaux, la norme est d'atteindre cet objectif en 2050.

Enjeu public, mise en œuvre privée

Que les choses soient claires : la neutralité carbone n'implique pas d'empêcher toute émission de CO2, ce qui serait illusoire, mais de créer une économie équilibrée entre les émissions des activités productrices de gaz à effet de serre et l'absorption de carbone par la séquestration naturelle (forêts par exemple) ou artificielle.

Il n'en reste pas moins que ces engagements s'avèrent particulièrement ambitieux. Depuis la COP21 de 2015, l'Union européenne met les bouchées doubles pour atteindre ses objectifs « verts ». Son mode d'action passe par des règlements et des directives. Mais au-delà de l'action publique, le sujet de la transition vers la neutralité carbone doit aussi être pris à bras-le-corps par le secteur privé, de manière à ce que chaque entreprise opère sa mutation. C'est ici que la finance a un rôle majeur à jouer.

Le private equity, vecteur d'engagement

Le monde du Private Equity a intégré à ce jour des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) du fait de la prise de conscience citoyenne et de la pression des investisseurs et développe des systèmes de mesure et de reporting de plus en plus pertinents sur ces sujets.

Il ne s'agit pourtant que d'une première étape. La mise en œuvre des objectifs de neutralité carbone doit s'accélérer, dictée non seulement par la responsabilité sociétale des fonds, mais également par la préservation de leurs objectifs de rendement financier qui seraient mis à mal par le changement climatique en cas d'inaction. Ainsi, les deux tiers des 738 économistes interrogés par l'Institute for Policy Integrity de l'université de New York s'accordent à dire que les avantages d'une réduction nette des émissions d'ici 2050 l'emporteraient sur les coûts.

Dans ce contexte, les investisseurs intègrent déjà ce risque dans leur stratégie d'investissement en réduisant leur exposition aux activités à fort risque climatique et en investissant de manière croissante sur les technologies d'avenir. Selon la recherche de McKinsey, 40% des baisses d'émissions nécessaires pour atteindre la neutralité carbone en 2050 devront provenir de technologies qui ne sont pas encore matures ou restent au stade de la R&D et n'ont donc pas encore accès aux marchés de capitaux.

Les fonds de private equity sont en mesure de répondre à ce manque, et peuvent aller plus loin en fixant des objectifs bas carbone tangibles aux sociétés qu'elles financent. Associer des critères d'incitation à la réduction de l'empreinte carbone à la rémunération des gestionnaires de fonds et des dirigeants d'entreprises constitue un puissant gage de prise en compte de ces objectifs en alignant neutralité carbone et rendement financier.

Une initiative importante est déjà engagée avec le développement de fonds focalisés sur l'obtention d'un impact social et environnemental positif. Ceux-ci ont pris de l'ampleur ces dernières années (et totalisent désormais 715 milliards sous gestion selon le GIIN). Les fonds à impact ont intégré des critères extra financiers, notamment de réduction des émissions carbone, pour mesurer la performance de leur portefeuille et devraient servir de source d'inspiration aux fonds généralistes.

Un travail d'évaluation complexe

Amener les entreprises vers la neutralité carbone reste toutefois un véritable défi de long terme. Le sujet est complexe, car il s'agit non seulement d'évaluer les émissions directes de chaque entreprise (« scope 1 » selon les normes du GreenHouse Gas Protocol), mais aussi de tenir compte des émissions indirectes liées à l'énergie qu'elle consomme (« scope 2 ») et à l'empreinte carbone de sa chaîne de valeur, allant de ses fournisseurs à sa clientèle (« scope 3 »). La complexité réside dans l'évaluation de ce « scope 3 » qui, selon MSCI, représenterait environ 6 fois les émissions des scopes 1 et 2. Or, de nos jours, l'accès à l'information reste souvent insuffisant pour que chaque entreprise puisse mesurer précisément son empreinte de scope 3.

Heureusement, des solutions émergent pour répondre à ce problème. Des outils et méthodologies de mesure et de « traçage » du scope 3 sont de nos jours proposés par des sociétés spécialisées. D'autres misent sur l'intelligence artificielle pour obtenir les données nécessaires à l'établissement de reportings de qualité, indispensables aux investisseurs. Le développement de ces solutions reste essentiel pour disposer de mesures fiables et construire un rempart face au « greenwashing ».

En somme, le temps presse, mais des solutions existent pour permettre aux entreprises d'évaluer et d'améliorer leur bilan carbone. L'adoption de technologies de mesures précises et fiables doit encore se généraliser pour aborder la réduction d'empreinte carbone avec un véritable esprit scientifique. Dans ce processus, l'exigence et l'accompagnement des investisseurs sera un catalyseur nécessaire pour accélérer la transition vers une économie durable.

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Commentaires 2
à écrit le 11/01/2022 à 14:54
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Voilà le private equity vert, maintenant. Un bon conseil : planquez vos morlingues !

à écrit le 11/01/2022 à 12:31
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En 2050 quand il fera 50 et que tout ceux qui font les promesses actuelles ne seront plus là pour les assumer. Oui c'est bien c'est crédible.

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