Les COP biodiversité ne peuvent pas tout : il faut agir sur le terrain !
Matthieu de Lesseux

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Matthieu de Lesseux

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... o-Fondateur, La Belle Forêt
Années après années, les détracteurs comme les déçus de grands rendez-vous onusiens font le constat d'avancées trop courtes ou trop lentes. La COP biodiversité, qui a lieu tous les 2 ans, n'a pas fait pas exception et s'est heurtée à des facteurs de complexité supplémentaires par rapport aux COP climat : le manque de maturité du sujet par rapport à celui du carbone et l'impossible mesure d'un indicateur autrement plus subtil à évaluer. Chaque espèce a sa place dans les écosystèmes, qui n'est pas comparable à une autre, et sa disparition ou même sa diminution participe à la catastrophe annoncée. Mais n'est-ce pas justement le moment d'apprendre de nos laborieuses négociations pour enfin agir et accélérer ? Faisons le deuil des cadres et méthodologies pléthoriques, reconnaissons que la situation est dramatique, et que plus les nouvelles seront mauvaises côté biodiversité, plus elles le seront côté climat. Il est déjà vérifié que l'effondrement de la biodiversité, sur terre et dans les océans, accélère les effets du bouleversement climatique en cours et vice-versa.
Pour prendre un autre exemple, on ne peut que reconnaître le lien fort entre la santé des forêts et le climat : en France, selon l'IGN, la mortalité des arbres est passée de 7,4 millions de mètres cubes par an entre 2005 et 2013 à 15,2 pour la période 2014-2022 : donc 2 fois plus de mortalité, ce qui représente déjà 0,5% du volume total des arbres en forêt. Planter fait partie des solutions. Malheureusement, au vu des conditions climatiques et de la pression de la faune sauvage, la réussite des campagnes de plantation devient aléatoire et génère souvent des coupes rases géantes, si néfastes pour la biodiversité. Par ailleurs, l'IGN note également un ralentissement de la croissance des arbres de 4% sur les mêmes périodes. En résulte la division par deux en 20 ans de la capacité d'absorption de CO2 par la forêt, et cette tendance se confirme dans les projections à 2050. Il faut donc préserver la forêt avant d'envisager de planter !
Or tout le monde dépend de la santé de la biodiversité. L'économie y comprise. Côté ONG, plusieurs institutions, dont le WWF, chiffrent depuis quelques années à des centaines de milliards de dollars par an le coût de l'inaction. La Banque de France a quant à elle analysé les dépendances aux services rendus par les écosystèmes du portefeuille de titres détenu par les institutions financières françaises. Il a été constaté que 42% de leur valeur correspond à des titres émis par des entreprises qui dépendent fortement ou très fortement d'au moins un service écosystémiques. Un chiffre qui passe à 100% lorsqu'on inclut la chaîne de valeur amont. Toute l'économie, et donc nos emplois et notre modèle social, sont concernés.
Beaucoup intègrent qu'il faut passer à des actions d'envergure. Il est évidemment indispensable de diminuer drastiquement les pressions que nous faisons tous peser sur les écosystèmes. Mais que faire pour contribuer à les restaurer ?
Il n'existe pas d'indicateur partagé, mesurable et opposable pour la biodiversité, c'est un vrai problème et probablement le plus important. Le carbone à la tco2eq, l'eau à le litre alors que la biodiversité ne se mesure pas précisément.Mais ce constat ne doit pas nourrir l'inaction !
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Les actions pour la biodiversité s'inscrivent dans un territoire et sont rapidement visibles, opposables et donc certifiables, comme par exemple laisser du bois mort en forêt, arrêter les coupes rases, interdire le labour ou préserver les zones humides comme les tourbières. Les entreprises peuvent donc parfaitement s'engager plus vite encore dans des actions concrètes, qu'elles peuvent à la fois valoriser dans leurs bilans extra financiers, notamment au regard de la CSRD, et partager auprès de leurs parties prenantes, en commençant par les salariés et les clients, si sensibles à ces sujets.
Des mécanismes simples peuvent aujourd'hui émaner de l'impérative accélération des entreprises pour la biodiversité. Un exemple ? La forêt française qui représente 17 millions d'hectares et 31% de notre territoire. Elle souffre du changement climatique, est le premier réservoir de biodiversité et a besoin d'aide. Des mesures de préservation opposables et certifiables, soutenues par les investissements d'entreprises, porteront rapidement leurs fruits.
Si l'on peut et l'on doit reconnaître l'action des activistes, des ONG, et des institutions publiques, nous pouvons aussi, dès aujourd'hui, valoriser les actions concrètes d'acteurs privés et publics et contribuer, ainsi, à les multiplier et à accélérer. Cela se passe près de chez nous, dans nos forêts, sur nos territoires.
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(*) https://www.wwf.fr/vous-informer/actualites/rapport-planete-vivante-2024-73-des-populations-de-vertebres-sauvages-ont-decline-depuis-1970
Matthieu de Lesseux
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