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Les entreprises au défi de l'adaptation au changement climatique

Paul Laville

Publié le 15 novembre 2022 à 09:33

Climat: la chine va interdire de nouveaux projets d'industrie lourde

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THOMAS PETER

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OPINION. Face au changement climatique, l'enjeu prioritaire de la réduction des émissions de gaz à effet de serre fait parfois passer au second plan les nécessaires efforts d'adaptation. C'est pourquoi, dans son dernier rapport, le GIEC a souhaité alerter sur cette dimension qu'il n'est plus possible de négliger. Par Paul Laville, Manager data et IA durable au sein d’Axionable.

Des inondations au Pakistan à la sécheresse en France, nous avons entrevu cette année les conséquences dramatiques du réchauffement, lesquelles, quoi que nous fassions, n'iront qu'en s'amplifiant pendant encore de nombreuses années. Les entreprises doivent impérativement prendre conscience des risques que cela fait peser sur leur activité et envisager sans plus tarder les moyens de s'en prémunir.

Bien qu'étant en première ligne face aux phénomènes météorologiques extrêmes - 8% des terres cultivables ne le seront plus d'ici la fin du siècle - l'agriculture est loin d'être seule à en souffrir. Dans quantités d'autres secteurs, des chaleurs torrides peuvent contraindre à interrompre les opérations pour préserver la santé des salariés ou la sécurité des infrastructures. Dans le secteur du nucléaire, les vagues de chaleur causent des arrêts de production. Au niveau mondial, les pertes liées au changement climatique sur l'ensemble des centrales nucléaires devraient être situées entre 1,4% et 2,4% par an à la fin du siècle (versus 0,2% par an dans les années 90). Le manque d'eau peut imposer d'arrêter des processus qui en sont grands consommateurs. Des pluies diluviennes limitent les rejets d'eaux usées par les centrales d'épuration, les inondations ou les glissements de terrain peuvent gravement endommager des installations tandis qu'une vague de froid peut causer des tensions insoutenables sur l'approvisionnement énergétique. Quatre fois plus d'événements climatiques extrêmes sont à prévoir en 2100 si la Terre se réchauffe de moins de 1,5°C...À ces impacts immédiats sur l'outil de production, il faut aussi ajouter les conséquences indirectes, humaines ou matérielles, qui se propagent en cascade le long des chaînes logistiques. En définitive, aucune entreprise ne peut objectivement s'estimer à l'abri du risque climatique. Pourtant, seule une poignée a commencé à s'y préparer.

Trois facteurs pourraient cependant faire changer les choses. Le premier, comme souvent, c'est la réglementation. Avec la directive européenne CSRD, les grandes entreprises vont devoir rendre compte en 2025 de leur résilience climatique, ce qui signifie la mesurer dès 2024 et donc très vite s'organiser pour le faire. À la différence des mesures d'atténuation, qui contribuent avant tout à l'effort global de la société, les mesures d'adaptation concernent l'entreprise elle-même et sa capacité à poursuivre son activité dans des conditions temporairement ou durablement altérées par les conséquences du changement climatique. Ce sont donc des actions très concrètes destinées à faire face à des événements qui le sont tout autant. Cette matérialité constitue le deuxième facteur d'incitation. En 2022, entre sécheresse, canicules, incendies, gels tardifs et inondations, la France a subi des dommages d'une gravité historique. Le risque est désormais suffisamment palpable pour faire bouger les lignes. Enfin, le troisième facteur, c'est l'attitude des parties prenantes, qui seront-elles-mêmes de plus en plus vigilantes et exigeantes, que ce soit les assureurs qui voudront être certains que toutes les précautions ont été prises, les grands donneurs d'ordre qui tiennent à sécuriser leur chaîne d'approvisionnement, ou les collaborateurs et les populations avoisinantes, inquiets pour leur santé et leurs emplois.

Mais comment s'y prendre ?

Car l'adaptation comporte aussi bien des mesures opérationnelles, comme l'aménagement des horaires de travail, des travaux d'isolation ou le remplacement d'une machine inadaptée aux fortes chaleurs ; tactiques, comme le déménagement d'un site vers un lieu moins exposé ; ou stratégique, comme l'abandon d'une activité dont la viabilité sera, à terme, remise en question. Certaines de ces mesures seront pérennes et permanentes ; d'autres temporaires, en attendant des changements plus conséquents ; d'autres encore uniquement destinées à entrer en vigueur en cas de situation exceptionnelle. Enfin, il ne faut pas perdre de vue qu'il s'agit de se prémunir d'un risque, et que le coût de l'action doit donc toujours être rapporté à celui de l'inaction, pondéré par la probabilité de survenue de l'événement considéré.

Pour aider les entreprises à élaborer cette feuille de route complexe plusieurs référentiels existent. Par exemple, le cabinet Carbone 4 a développé en partenariat avec l'Ademe, HDI Global France, Bureau Veritas et la CCI Grand Est un référentiel d'analyse de la résilience climatique des entreprises. Baptisé Ocara, il permet d'évaluer sa préparation au changement climatique et d'identifier les chantiers d'adaptation. Elle se déroule en trois temps : un diagnostic de la situation et l'identification des points de faiblesse actuels ; une projection dans le futur selon divers scénarios et la simulation de leurs impacts ; la planification d'actions à court, moyen et long terme, pour limiter les conséquences des aléas climatiques et permettre la poursuite de l'activité, éventuellement en mode dégradé.

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Ce référentiel comporte pour autant des limites, qui pourraient être gommées grâce à l'utilisation de la donnée : données climatiques et géographiques pour déterminer la probabilité et l'ampleur des accidents météorologiques - qui combinées à des modèles d'IA donneraient des résultats encore plus précis - ; données techniques et opérationnelles pour évaluer avec précision l'ensemble des impacts sur l'activité ; modèles paramétrables pour simuler les solutions envisagées et évaluer leur efficacité en fonction du contexte. Grâce à la donnée, on pourra, par exemple, prédire les risques futurs d'inondation, évaluer les interruptions d'activité et les coûts qui en résulteraient, et déterminer dans quelle mesure une solution pourrait être généralisée à tous les sites concernés de l'entreprise. Indispensable à l'action, la donnée est aussi un levier de persuasion, car seuls des chiffres sans ambiguïté pourront convaincre la direction d'engager des investissements d'ampleur ou de faire de choix de long terme.

Pour les entreprises, anticiper le désordre climatique et s'y adapter ne relève plus seulement de la RSE, mais devient un enjeu éminemment opérationnel et stratégique. La méthode Ocara, alimentée par la data, leur permet de prendre aujourd'hui les mesures qui leur permettront, demain, de protéger leur valeur, leurs actifs et leurs parties prenantes contre l'épée de Damoclès désormais durablement suspendue au-dessus de nos têtes.

Paul Laville

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