Les fonctionnaires sont-ils vraiment si avantagés ?

Olivier Passet, Xerfi

Olivier Passet, Xerfi
Les fonctionnaires semblent sur la sellette sous la présidence Macron : gel du point de la fonction publique, rétablissement du jour de carence, remise en cause du statut des cheminots, volonté affichée d'assouplir le statut de la fonction publique et notamment les modalités de rémunération... Et pour charger la barque, les fonctionnaires restent sous le feu de la réforme des retraites de 2010, qui induit une majoration de 0,27 point du taux de cotisation retraite durant dix ans, pour faire converger leur effort contributif et celui du privé.
De quoi étayer l'idée que les fonctionnaires et les retraités seront les perdants du quinquennat, et la clé de la résolution de son équation budgétaire. Le président n'avait pas caché par le passé son envie de remettre en cause le principe de l'emploi à vie. L'occasion pour nous de revenir sur ce grand fantasme des privilèges de la fonction publique, dont le démantèlement guérirait l'économie de beaucoup de maux.
C'est un sujet sur lequel il faut se débarrasser des fausses évidences. Il est étonnamment mal renseigné, et l'appareil statistique ne nous aide pas à élaborer un diagnostic simple et lisible. Mieux vaut se faire à l'idée que l'on a à faire à un puzzle de situations hétérogènes qui s'accommodent mal de conclusions trop générales.
Commençons par ce qui paraît le mieux établi. Avec la crise, le pouvoir d'achat des fonctionnaires a plutôt souffert davantage que celui des salariés du privé. Le gel du point de la fonction publique de 2010 à 2016 a contribué à ce résultat, et les deux majorations pré-électorales de 0,6% en juillet 2016 et février 2017 n'ont pas compensé le manque à gagner.
Le pouvoir d'achat des fonctionnaires a néanmoins progressé un peu, grâce essentiellement à ce que l'on appelle le Glissement vieillesse technicité (GVT) - l'évolution des carrières -, et à la faveur d'une inflation très faible.
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Pour se faire une idée sommaire, deux indicateurs peuvent être mobilisés. Celui des salaires horaires dans l'industrie et les services marchands, et celui dans l'administration et les grands services administrés (éducation, santé, action sociale). Les premiers ont progressé de 19% entre le premier trimestre 2009 et le troisième trimestre 2017. Les seconds de 14,8%. 4,2 points d'écart en cumulé, ce n'est pas rien. Les prix à la consommation, eux, sur la même période, ont augmenté de 8,8%. Ce qui laisse l'espace pour une légère progression du pouvoir d'achat tout de même.
C'est ce que confirme un deuxième indicateur, fourni par la direction générale de l'administration et de la fonction publique. A quelques exceptions près, selon les secteurs de l'État, les salaires nets ont progressé un peu plus lentement au sein de la sphère publique.
Tout cela peut ressembler à un tout petit coup de griffe, loin d'être à la mesure d'une rente qui attend son pourfendeur en Macron. Et c'est là qu'il convient de remettre les choses en perspective. Il n'y a pas, du côté des salaires et des retraites des fonctionnaires, les gisements d'économies que certains prétendent.
Côté salaires d'abord, il suffit de regarder l'évolution de la part des rémunérations des agents de l'État en proportion du PIB pour comprendre que la grande dérive que certains postulent n'existe pas. La fonction publique ne ponctionne pas plus que les autres les fruits de la croissance. Il suffit surtout de se pencher sur quelques résultats bien établis.
Bref, le démantèlement des avantages de la fonction publique ne saurait tenir lieu de politique et de source évidente d'économie. C'est sûrement ce qui explique qu'après quelques effets d'annonce, le gouvernement avance avec plus de doigté sur la question.
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