Pouvoirs publics et entreprises du médicament  : continuons le dialogue pour que la France soit au cœur de l'innovation et du progrès thérapeutique

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Par Philippe Tcheng, Président-Directeur Général Sanofi-Aventis Groupe
Par Philippe Tcheng, Président-Directeur Général Sanofi-Aventis Groupe (Crédits : DR)
Par Philippe Tcheng, Président-Directeur Général Sanofi-Aventis Groupe, Administrateur du LEEM et Co-secrétaire du CSIS

Un décrochage inquiétant

Neuf mois de dialogue, d'échanges et de négociations parfois difficiles ont permis d'aboutir à une séquence sans précédent les 9 et 10 juillet derniers à Paris où les décideurs internationaux des industries de santé ont été réunis à l'invitation du gouvernement français, à l'occasion de la 8ème réunion du Conseil Stratégique des Industries de Santé.

C'était indispensable : alors que la France a longtemps occupé une place de leader sur la scène internationale dans les domaines de la recherche, de la production, de l'évaluation et de l'accès aux médicaments, ces dernières années ont été marquées par une perte d'attractivité et de compétitivité par rapport à nos voisins. La complexité et l'instabilité du cadre fiscal et réglementaire, la lourdeur administrative et les délais d'accès au marché démesurément longs par rapport aux directives européennes - en moyenne 530 jours contre 180 ! - sont notamment à l'origine de ce décrochage. Difficile par ailleurs de permettre le développement et la compétitivité des entreprises du médicament en France lorsque depuis plusieurs années, 50% des économies nécessaires pour le respect de l'Objectif National des Dépenses d'Assurance Maladie sont supportés par ce secteur alors que les médicaments ne représentent que 15% des coûts de remboursements.

Le dialogue retrouvé pour une ambition partagée

Transformer les atouts de la France en avantages compétitifs pour que le pays soit une terre d'innovation, de recherche, de formation et de production, telle est l'ambition qui a animé le dialogue entre les pouvoirs publics et les entreprises de la santé.

Lors de la huitième édition du CSIS, le premier ministre Édouard Philippe a annoncé des mesures qui s'articulent autour de 4 priorités stratégiques : la mobilisation de la recherche française, en particulier dans le domaine de l'utilisation des données de santé grâce au Health data hub, la mobilisation de financements (Innobio 2, FABS) pour accélérer l'innovation, en particulier dans le domaine des biotechnologies, des délais accélérés pour les études cliniques, des autorisations d'accès précoces à l'innovation pour les patients, un accès au marché des nouveaux médicaments en moins de 180 jours et enfin la  stabilité des règles de régulation du marché.

Ces priorités partagées sont essentielles pour retrouver le chemin de la croissance du secteur en France. Leur mise en œuvre est désormais notre enjeu collectif majeur, ce vers quoi doivent tendre toutes les énergies.

Dès la rentrée,  les mesures du CSIS devront être rapidement retranscrites dans une lettre d'orientation ministérielle, et lors des débats au parlement du projet de Loi de Financement de la Sécurité Sociale. Le suivi de la mise en œuvre de ces mesures sera assuré par un Comité dirigé par le Président du Comité Stratégique de Filière Industries et Technologies  de santé.

France is back ?

C'était le thème, plus que jamais d'actualité, de la table ronde à laquelle j'étais convié ce 29 août dernier lors des Universités d'été du MEDEF en présence du Secrétaire d'Etat Jean-Baptiste Lemoyne, qui a rappelé l'engagement personnel du Chef de l'Etat à mesurer les avancées et les progrès accomplis dans un an. C'est bien là tout l'objectif et l'opportunité que nous devons saisir.

Nous disposons aujourd'hui d'entreprises à la pointe de l'innovation, d'un vivier de biotechs, de start-ups dynamiques, de centres de recherche d'excellence, d'hôpitaux mondialement reconnus et des professionnels de santé engagés. Notre secteur a su s'adapter face aux évolutions sociétales et prendre très rapidement le tournant des révolutions technologiques, de l'intelligence artificielle et de la e-santé.

Les industries de santé, dans leur ensemble, représentent près de 90 milliards d'euros de chiffre d'affaires dont 35% à l'export, et génèrent une contribution majeure à la R&D, avec près de 7 milliards € chaque année et 30.000 personnes dédiées à la recherche et développement. Au total, ce secteur représente 455.000 emplois directs, indirects et induits, et plus de 3.000 entreprises de toute taille.

Quant au poids de l'industrie pharmaceutique dans l'économie nationale, les données parlent d'elles-mêmes. Elle représente à elle seule un chiffre d'affaires global de 54 milliards d'euros, dont 10% sont consacrés à la recherche et au développement, et compte près de 100.000 emplois directs, dont 19.000 en R&D. La production de médicaments constitue un tissu très dense de 270 sites industriels et 44.000 emplois. Et alors que le solde des échanges commerciaux de la France a accusé un déficit de plus de 62 milliards d'euros en 2017, l'industrie pharmaceutique continue de soutenir la balance commerciale avec un excédent de 6,8 milliards en 2017, ce qui la place au 4e rang des secteurs industriels en termes d'excédents commerciaux.

Tous les ingrédients sont réunis pour inscrire cette filière indispensable dans une dynamique pérenne et bénéfique pour l'ensemble de l'économie française et sa compétitivité. L'année qui vient sera à n'en pas douter une étape essentielle pour confirmer le « France is back » !

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Commentaires
a écrit le 10/09/2018 à 16:07 :
la France semble déjà pas mal se débrouiller en qualité/progrès thérapeutique. elle est la mieux classée en Europe pour les morts évitables (morts qui auraient pu être évitées au vu de l'état des connaissances médicales et des technologies disponibles). elle est aussi la mieux classée au niveau international : https://www.commonwealthfund.org/press-release/2011/new-study-us-ranks-last-among-high-income-nations-preventable-deaths-lagging
Réponse de le 10/09/2018 à 17:06 :
"gfx a écrit le 10/09/2018 à 16:07 : "

Tiens étrange... J'ai écris un commentaire précisant le nombre de décès dus aux effets secondaires des médicaments qui n'est toujours pas passé !

ET pourtant c'était bien avant !
Réponse de le 11/09/2018 à 9:38 :
on sait bien, l'artiste : bla bla bla...
Réponse de le 12/09/2018 à 10:13 :
"Scandale des effets secondaires : "15.000 décès par an liés aux médicaments"" https://www.lci.fr/sante/scandale-des-effets-secondaires-15000-deces-par-an-lies-aux-medicaments-1505710.html

Ah par quels chemins tortueux il faut passer pour écrire la vérité hein... -_-

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