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Quand la productivité dépend de la demande

Photo de Xerfi Canal

Olivier Passet, Xerfi

Publié le 07 mars 2017 à 13:52 - Mis à jour le 07 mars 2017 à 14:08

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La Tribune publie chaque jour des extraits issus des analyses diffusées sur Xerfi Canal. Aujourd'hui, quand la productivité dépend de la demande

La rupture du trend de productivité est un syndrome que l'on observe dans toutes les économies développées depuis la crise de 2007-2008. Cela est vrai pour la France, mais aussi pour l'Allemagne, le Royaume-Uni, et les Etats-Unis.

Le progrès technique responsable de la panne de productivité ?

On peut endosser la thèse de la panne du progrès technique, à la façon de Gordon pour qui la révolution numérique est une révolution technologique mineure. Mais ce brutal essoufflement, tombé du ciel, qui coïncide avec  la crise financière, paraît pour le moins mystérieux. Il est à craindre que cette explication n'en soit pas une et que les économistes soient victimes de leurs propres conventions. Oubliant que ce qu'ils mesurent, lorsqu'ils prétendent appréhender le progrès technique - le fameux résidu de Solow -, c'est précisément la part non expliquée de la croissance, celle qui ne relève ni de l'accroissement du volume de travail, ni du capital. Autrement dit, le seul constat qu'ils sont autorisés à faire, c'est que la croissance ralentit pour des raisons inexpliquées... le progrès technique n'étant qu'une hypothèse parmi d'autres.

On peut évoquer aussi notre difficulté de mesure des gains de productivité. Les lacunes méthodologiques ne manquent pas et nous les avons maintes fois évoquées : difficulté d'opérer un partage prix/volume pertinent, d'objectiver les effets qualité dans une économie immatérielle, notamment lorsqu'une part croissante bascule dans la gratuité, etc. Mais là encore, comment expliquer que ce biais structurel imprime soudainement sa marque après 2008 ?

Baisse de la demande + inertie de l'emploi = baisse de la productivité

Il nous reste à interpréter le ralentissement de la productivité pour ce qu'il est d'abord : une inertie forte de l'emploi par rapport au choc de demande qu'ont subi les économies avec la crise. Pourquoi une telle inertie ? D'abord parce que dans nos économies développées, une part de plus en plus importante des emplois se rattache à des fonctions stables et faiblement corrélées à l'activité : tout ce qui relève des fonctions stratégiques, de management, de conseil, de conception, de développement. Tous les métiers aussi qui se rattachent à l'entretien, à la maintenance de nos grandes infrastructures de réseau de plus en plus complexes (informatique, transport, énergie...). Tous ceux qui touchent ensuite à la formation, à la santé, qui répondent à des besoins stables.

Une part de plus en plus importante des emplois relève de coûts fixes et de savoirs nécessaires, indépendamment du cycle d'activité et sur lesquels  les entreprises se concurrencent pour acquérir les compétences et exercent une rétention en temps de crise. Il  s'agit donc davantage d'un investissement en capital humain, que d'un emploi ajustable en fonction du carnet de commande.

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Numérique, minijobs... Difficile de mesurer leur productivité

Il y a ensuite tous les secteurs, dits à coûts fixes au sens strict du terme, où l'essentiel du coût se concentre en amont et où le coût marginal d'une unité supplémentaire est quasi-nul. L'industrie du logiciel est emblématique de ce modèle, mais ce n'est pas la seule. Tous les secteurs qui relèvent de l'édition, de la diffusion d'œuvres artistiques, ou même la recherche, relèvent de la même logique.

Et puis il y a enfin tous les mécanismes de déversement de l'emploi, venant des secteurs les plus cycliques. Tout ne se cristallise pas en chômage et une partie de l'emploi exposé au cycle vient se déverser sur les minijobs de service de plus en plus subventionnés, sous-rémunérés, uberisés, dans le gardiennage, la logistique, les services à la personne, la sécurité ; ou se mue en auto-entreprenariat fragmenté... et cela dans tous les pays.

Dans les économies à coûts fixes, c'est la demande qui génère la productivité.

Tous ces phénomènes font qu'un choc de revenu négatif se mue en ralentissement de la productivité. Nul besoin d'évoquer la fatalité divine d'un essoufflement du progrès technique. Dans nos économies à coûts fixes et de déversement, tout choc de demande se cristallise en panne apparente de la productivité. Il faut donc s'intéresser aux mécanismes qui laminent aujourd'hui le revenu et la demande de façon durable. Et qui font que nos gains de productivité ne viennent plus irriguer la demande comme par le passé. Pourquoi les baisses de prix ne favorisent-elles plus le redéploiement de la demande vers de nouveaux produits et services ?

On verrait alors que la rupture de productivité apparente que l'on observe dans toutes nos économies et dans tous les secteurs est d'abord un problème de mauvaise coordination entre acteurs et entre économies, piégées dans un jeu de concurrence déflationniste. Et que comme souvent, en économie, on confond le symptôme et la cause.

>> Plus de vidéos sur le site Xerfi Canal, le médiateur du monde économique

Olivier Passet, Xerfi

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