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Quelle stratégie énergétique pour un avenir numérique européen ?

Cyrille Dalmont

Publié le 25 janvier 2024 à 07:38 - Mis à jour le 25 janvier 2024 à 13:14

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OPINION. Cyrille Dalmont, directeur de recherche à l'Institut Thomas More, vient de publier le rapport "La stratégie énergétique européenne aura-t-elle raison de l'écosystème numérique européen ?"

La stratégie énergétique de l'Union européenne (UE), fondée sur la création d'un marché de l'énergie ouvert, l'objectif de réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre (objectif 55) et l'engagement dans les énergies renouvelables, a des répercussions profondes et désormais mesurables sur de nombreux secteurs économiques. En particulier sur le secteur numérique.

Dans le domaine des puces et microprocesseurs, dont la production est extrêmement énergivore, le leader mondial taïwanais TSMC a par exemple ajourné l'implantation de sites de production en Europe en février 2023. Cette décision fut justifiée par le volume des subventions limité par le droit européen de la concurrence, la faiblesse des débouchés de l'écosystème numérique européen et, surtout, par le coût de l'énergie électrique trop élevé et le faible volume d'énergie disponible.

L'affaissement du numérique

Au cours des trente dernières années, le numérique européen a connu un affaissement, pour ne pas dire un effondrement, difficilement contestable. Alors qu'en 2001, l'UE comptait cinq entreprises dans le Top-20 mondial des entreprises de la Tech, plus aucune n'y figurait en 2020.

Les entreprises européennes représentent aujourd'hui moins de 5% de la capitalisation des cinquante premières entreprises technologiques mondiales. Le continent est aux abonnés absents dans des domaines tels que le hardware, le software, l'intelligence artificielle et les data centers. Si l'on regarde les 500 plus grandes entreprises technologiques mondiales, les États-Unis représentent 73,34% du total de leurs capitalisations et les pays asiatiques (Chine, Taïwan, Japon, Corée du Sud, Singapour, Hong Kong) 17,96%. L'UE plafonne à 5,3%.

Ce dénuement, inquiétant en soi, l'est plus encore au regard du fait que c'est le numérique qui tire la croissance mondiale depuis plus de vingt ans. La capitalisation des GAFAM (2 800 milliards de dollars pour Apple, 2 900 milliards pour Microsoft, 1 700 milliards Alphabet, 1 580 milliards pour Amazon et 944 milliards pour Meta) est individuellement supérieure au PIB annuel de plus de 170 pays dans le monde. Le résultat est quasiment le même si l'on compare leur chiffre d'affaires annuel au budget de ces 170 pays.

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L'Europe, spectateur du numérique mondial

Malgré les annonces et les postures de certains dirigeants à Bruxelles et dans les capitales des États-membres, la réalité est donc que l'UE ne participe à la révolution numérique qu'en spectateur, non seulement sur le plan l'innovation, mais aussi sur ceux de la croissance, de la puissance et de la souveraineté.

Et la situation ne risque pas de s'améliorer si l'UE poursuit dans la voie qu'elle suit en matière énergétique. Les besoins en énergie du secteur numérique sont énormes et en constante augmentation. Il représente déjà 10% à 15% de la consommation électrique mondiale et pourrait atteindre 25% dès 2025, en raison d'une croissance annuelle de 8 à 10% de ses besoins. En fondant sa politique de transition énergétique sur la thèse du « découplage » entre croissance économique et consommation énergétique, l'UE fait le choix inverse aux autres grandes zones économiques mondiales (États-Unis, Chine, Inde en particulier) qui, toutes, augmentent leurs capacités de production.

Depuis la directive de 1996 sur le marché intérieur de l'électricité jusqu'au Pacte vert actuel, en passant par le traité de Lisbonne de 2007, la baisse de la production énergétique que nous observons aujourd'hui en Europe est le fruit de décisions et de choix politiques réalisés au nom de la transition énergétique. Ces décisions ont non seulement conduit à une baisse significative du volume de production électrique disponible en Europe, mais ont également engendré une forte pression fiscale sur les contribuables européens afin de financer des programmes d'implantations d'énergies renouvelables dont le coût est entre 2,5 et 5 fois plus important que celui du nucléaire. Nous arrivons désormais à une facture énergétique difficilement soutenable pour les consommateurs finaux que nous sommes (jusqu'à dix fois le coût de production). Les choix politiques de l'UE dans le domaine de la transition énergétique, notamment le renouvelable, génère en effet des coûts considérables. Rappelons que la Cour des comptes européenne a évalué en 2018 les besoins financiers de la transition énergétique à 11 200 milliards d'euros pour la période 2021-2030 (à titre de comparaison, le PIB de la France a été de 2 639,1 milliards d'euros en 2023).

La voie de l'équilibre

Et c'est là que la mise en miroir de la stratégie énergétique de l'UE et de sa stratégie numérique est éclairante. Une dérégulation aveugle, un marché trop ouvert, l'énergie et le numérique regardés comme de simples biens de consommation, l'affaiblissement des grands groupes industriels historiques et le refus des ententes, une vision irénique de la mondialisation et l'aveuglement devant le retour des conflits géostratégiques et géoéconomiques : les mêmes erreurs produisent les mêmes effets.

Par essence, le secteur numérique est énergivore. Son développement réclame une quantité d'énergie électrique disponible massive et croissante. La politique énergétique européenne empêche tout simplement de l'envisager.

Pour tenter de sauver ce qui reste de l'écosystème numérique européen, il y a urgence à sortir d'un droit de la concurrence obtus et d'une politique de la norme inefficace et de repenser la stratégie énergétique de l'UE. L'énergie est un catalyseur de croissance et d'innovation, surtout dans le secteur numérique, moteur essentiel de nos économies. La transition énergétique doit être pilotée de manière à soutenir le développement numérique, et non l'étouffer. L'Europe doit trouver un équilibre entre ses ambitions écologiques et ses besoins économiques pour rester un acteur compétitif sur la scène mondiale.

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Cyrille Dalmont

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