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RDC : évasif, Kabila brouille les pistes pour gagner du temps

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 15 novembre 2016 à 17:22 - Mis à jour le 15 novembre 2016 à 17:22

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Très attendu, le discours sur l'état de la Nation de Joseph Kabila a déçu plus d'un Congolais. Devant le congrès du peuple, le président a éludé plusieurs questions cruciales. Il est surtout resté très évasif sur son départ du pouvoir laissant ainsi pendante, la question de sa succession. Kabila joue-t-il la montre ou prépare-t-il sa riposte? Verbatim du discours.

Les lèvres présidentielles n'ont pas révélé le nom du premier ministre de transition. Elles sont aussi restées très vagues sur l'avenir politique de Joseph Kabila Kabange. Le discours à la nation de l'héritier du Mzee, c'est un peu la montagne qui accouche d'une souris. Le président congolais a fait son entrée au Palais du Peuple à Kinshasa, sous les ovations et aux cris de « Wumela » (« reste au pouvoir ») de ses partisans et devant un congrès acquis à sa cause. Ambiance soviétique donc pour un laborieux exercice d'une heure de discours qui aura tenu en haleine les 465 députés et 82 sénateurs présents tout autant que les Congolais scotchés à leur poste de télévision et les journalistes.

Sombre rétrospective du pays et discours-bilan

Après une minute de silence observée en la « mémoire des Congolais décédés au champ d'honneur, de mort naturelle ou assassinés à Beni, Kasaï et Kin », Joseph Kabila s'est livré à une rétrospective de la situation du pays, il y a 15 ans en 2001, avant son arrivée au pouvoir. Pendant de longues minutes, il étrenne les difficultés socio-économiques (déficit budgétaire, dette, inflation, chômage) et infrastructurelles (déficit de routes, chemins de fer, et dessertes aériennes), l'instabilité politique et les conflits armés de son pays pendant cette période. Un sombre tableau qui lui a permis de forcer le trait de la comparaison implicite avec le bilan de ses 15 ans au pouvoir fait, selon lui de réformes dans l'éducation, l'amélioration de la vie et de pacification d'un pays rongé par la guerre, de libéralisation économique, de combat contre la pauvreté. Voulait-il se faire passer pour le sauveur du Congo ? On serait tenté de le croire avec l'énumération de l'éducation devenue, le « premier poste budgétaire qui est passé de 1% en 2001[avant son arrivée au pouvoir] à 16% en 2015 », selon les chiffres présidentiels. Selon le chef de l'Etat congolais, la dette du pays a été effacée de 90% ce qui fait que la RDC est « au-dessus de la moyenne africaine » en termes de croissance mais aussi « un pays en passe d'être réunifié par un réseau routier, ferroviaire et fluvial »

Main tendue et menaces à peine voilées à l'opposition

Sur le plan politique, Joseph Kabila a joué la carte de la main tendue à la partie de l'opposition qui réclame encore son départ l'échéance de son mandat légal, le 19 décembre 2016. « Mon vœu le plus ardent, c'est que ceux qui n'ont pas signé l'accord le fassent ». C'est ainsi qu'il a exhorté cette opposition à signer l'accord politique issu du dialogue national qualifié de seule « feuille de route mise au point par les Congolais [qui] fixe des perspectives réalistes pour les élections ». Ce même accord qui prévoit son maintien au pouvoir jusqu'en 2018, soit deux ans de plus que son mandat.

Puis, maniant le bâton, Joseph Kabila menace de ne pas « permettre que la RDC soit prise en otage par une frange de sa classe politique ». « Aucun agenda politique ne saurait justifier la violence », a lancé le président congolais avant d'ajouter que « miser pour accéder au pouvoir sur le sang congolais est, pour le moins, moralement condamnable ». Non sans pointer une instrumentalisation de la jeunesse défavorisée, il a dénoncé des ingérences d' « officines étrangères » qui tentent de mener une manipulation en vue d'une « insurrection » populaire.

Elections en perspective

« Notre défi demeure la consolidation de notre démocratie. Il est impératif que nous conjurions les manœuvres tendant à prendre le pouvoir par la force ou par toute autre voie anticonstitutionnelle. Je lance une invitation à la classe politique à se préparer à la rencontre du souverain primaire car dans quelques mois, des scrutins seront convoqués »,a lancé l'héritier du Mzee à l'assistance.

Le président parle sûrement des élections législatives et locales puisque la perspective d'une présidentielle en 2016 semble éloignée devant les cris d'orfraie de l'opposition déterminée dans sa marche du 19 novembre prochain.

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Petite once de déception. L'annonce très attendue du nom du premier ministre de transition qui doit succéder au démissionnaire Augustin Matata Ponyo, n'a pas eu lieu. Le président congolais s'est juste contenté d'indiquer qu'il allait « nommer incessamment le premier ministre dont mission principale sera de conduire le peuple aux élections » malgré la présence de favoris au poste issu de l'opposition pro-dialogue comme Vital Kamerhe, Azarias Ruberwa. L'équipe gouvernementale se verra quant à elle assigner la mission d'améliorer la situation économique et sociale du pays d'un peu plus de 67 millions d'habitants.

Violation de l'accord politique et toujours pas de premier ministre

Vingt et un jour après la publication des résultats de l'accord politique, cette nomination retardée constitue une violation de l'accord qui fixait à trois semaines, la désignation d'un premier ministre au sein de l'opposition. Selon certaines sources au faite des affaires à Kinshasa, Joseph Kabila joue la montre. Il serait en négociations avec l'opposant historique, Etienne Tshisekedi, sous l'égide du président angolais José Edouardo Dos Santos. Pour apaiser la fronde populaire, l'opposant, devrait proposer une liste de 3 noms parmi lesquels le président devrait choisir le futur premier ministre. Mais selon certaines indiscrétions, Etienne Tshisekedi a opposé une fin de non-recevoir à cette requête même si les négociations se poursuivent. Acceptera-t-il de prendra la place de Matata Ponyo ? Là est toute la question.

Évasif sur son avenir politique, Kabila va-t-il quitter le pouvoir?

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Sur son avenir politique, Joseph Kabila est resté très évasif. Même s'il remercie ceux qui se soucient de cet avenir, le président congolais rappelle « la république démocratique du Congo est une démocratie constitutionnelle et le sort de ses acteurs est réglé de manière satisfaisante ». Il ajoute : « Je tiens à dire que la RDC est une démocratie constitutionnelle et que toutes les questions sont réglées par la constitution. N'ayant jamais été violée, la constitution sera toujours respectée dans toutes ces dispositions », a conclu Kabila à la surprise générale. Cela signifie-t-il qu'il renonce à un troisième mandat ou qu'il osera la tentation d'un tripatouillage de la constitution ? La réponse a tout son pesant d'or mais le suspense sur le départ de Kabila en décembre 2016 ou en avril 2018, reste pour le moment entier !

Ibrahima Bayo Jr.

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