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Politique - La Tribune AfriquePolitique publique - La Tribune Afrique

Maroc : les nouvelles priorités de Mohammed VI

Photo de Mounir El Figuigui

Mounir El Figuigui

Publié le 31 juillet 2024 à 10:10 - Mis à jour le 01 octobre 2025 à 03:21

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Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Au-delà du bilan d'un quart de siècle de son règne, Mohammed VI identifie le principal défi que son pays devra relever ces prochaines années : la sécurité hydrique.

La fête du trône occupe une place prépondérante dans la tradition marocaine, unissant l'ensemble du royaume autour de son monarque pour commémorer l'anniversaire de son accession au trône et son allégeance officielle. Célébré traditionnellement le 30 juillet, ce rendez-vous annuel est d'autant plus significatif cette année, puisqu'il marque un quart de siècle du règne de Mohammed VI. Ce moment clé de la vie politique marocaine est aussi une occasion pour le roi de s'adresser à sa nation. « C'est avec une immense fierté que nous commémorons aujourd'hui le vingt-cinquième anniversaire de Notre Accession au Trône », a commencé par dire le roi Mohammed VI, dans son discours à la Nation.

Comme le veut la tradition, ce discours est l'occasion de préciser les nouvelles orientations, et en outre, mettre en lumière les accomplissements du royaume et identifier les défis à venir. Parmi les réalisations évoquées, les réformes politiques et institutionnelles ; la consolidation de l'identité marocaine ; les projets économiques et de développement ; ainsi que les programmes sociaux dont l'objectif est de « garantir la cohésion sociale et à assurer l'accès des citoyens aux services de base ».

La question du Sahara marocain a aussi été évoquée par le souverain chérifien, qui ne cesse de réitérer, chaque fois qu'il prend la parole, son attachement à « consacrer l'intangibilité de l'intégrité territoriale ». C'est dire que le dossier continue d'être le prisme à travers lequel le Maroc considère son environnement international. Et de réaffirmer son engagement à « conforter la place du Maroc en tant qu'acteur influent et partenaire responsable et fiable aux niveaux régional et international ». Au vu de ces éléments, le Maroc peut résolument aborder l'avenir avec optimisme. Cependant, ces avancées ne doivent pas cacher les défis qui persistent, notamment en rapport avec la question de la sécurité hydrique, sujet hautement stratégique pour Rabat.

Situation hydrique complexe : leModus operandide Mohammed VI

Comme de nombreux pays de la région, le Maroc est, depuis six années consécutives, frappé par une vague de sécheresse inédite, dont les conséquences se font déjà sentir. Les réserves hydriques et les eaux souterraines ont été profondément affectées, rendant « la situation hydrique plus précaire et plus complexe », de l'aveu de la plus haute autorité de l'État. Le souverain marocain rappelle aussi ses instructions pour prendre « des mesures urgentes et novatrices nécessaires afin de prévenir la pénurie d'eau », notamment en milieu rural.

Alors que la problématique de l'eau ne cesse de se complexifier, « du fait de la sécheresse, de l'impact du changement climatique et de la croissance naturelle de la demande », le gouvernement, clairement pointé du doigt, y est pour quelque chose. « Cette situation est également imputable au retard accusé dans la réalisation de certains projets programmés dans le cadre de la politique de l'eau », déclare Mohammed VI.
Si le souverain a déjà mis en garde l'an dernier contre toute forme de mauvaise gouvernance, de mauvaise gestion ou d'exploitation anarchique et irresponsable de l'eau, cette fois-ci il insiste sur le fait qu'« aucune négligence, aucun retard, aucune mauvaise gestion ne sont tolérés dans une question aussi cruciale que l'eau ».

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C'est dans ce même contexte que le roi du Maroc avait insisté, il y a un an, sur le suivi minutieux des différentes étapes de la mise en œuvre du Programme national pour l'approvisionnement en eau potable et d'irrigation (PNAEPI) 2020-2027. Depuis, le pays est passé à la vitesse supérieure dans la mise en œuvre de ce plan de bataille contre la sécheresse, dont le déploiement nécessite un investissement colossal de 143 milliards de dirhams (environ 14,2 milliards de dollars). Ces efforts ont permis jusque-là d'atténuer la gravité de la situation hydrique. Le roi insiste également sur l'impératif d'une mise à jour continue des leviers de la politique nationale de l'eau, avec un premier objectif : garantir l'eau potable à tous les citoyens et couvrir 80 % au moins des besoins d'irrigation sur tout le territoire national.

Si le royaume a réussi à éviter le pire, il le doit aussi à feu Hassan II qui avait misé de manière précoce, depuis l'Indépendance, sur la politique des barrages que son successeur continue de poursuivre. Aujourd'hui, le pays compte 153 barrages existants, et s'apprête à en construire plus de 18. Pour le roi Mohammed VI, la priorité doit être accordée, dans le cadre du plan de construction des barrages, « aux projets programmés dans les régions connaissant d'importantes précipitations ».

S'agissant du chantier substantiel d'interconnexion entre les grands bassins hydrauliques, le souverain a appelé à accélérer sa réalisation, en assurant « la connexion entre le bassin de Oued Laou-Larache et Loukous [nord] et celui de Oued Oum Er-Rbia [centre], en passant par les bassins Oued Sebou et Bouregreg [ouest]». L'objectif est de pouvoir exploiter le milliard de mètres cubes d'eau actuellement perdu dans la mer. Ce projet, pionnier en Afrique, devrait permettre de répartir de manière équilibrée les ressources hydriques du pays.

Le Maroc : futur champion africain du dessalement d'eau ?

Et ce n'est pas tout. Rabat voit plus grand et veut développer toute une industrie autour du dessalement de l'eau de mer, en encourageant la création d'entreprises marocaines spécialisées dans la réalisation et l'entretien des stations de dessalement, ainsi que la création de filières de formation d'ingénieurs et de techniciens spécialisés dans ce domaine.

L'ambition affichée est de porter la capacité de production à 1,7 milliard de mètres cubes par an, en vue d'approvisionner la moitié de la population en eau potable, d'irriguer d'importantes superficies agricoles, et de renforcer la sécurité alimentaire du pays à l'horizon 2030. Pour ce faire, « la réalisation des stations de dessalement de l'eau de mer doit être accélérée », insiste le roi.

D'ailleurs, c'est Casablanca, la capitale économique, qui devra abriter la plus grande station de dessalement d'Afrique et la deuxième installation du genre au monde qui sera alimentée à 100 % en énergie propre. À travers ce projet, la métropole sera en mesure d'assurer l'alimentation de 6,7 millions de personnes en eau potable et d'irriguer plus de 5 000 hectares. La réalisation de ce mégaprojet a été attribuée à un consortium comprenant le groupe espagnol Acciona, ainsi que les entreprises Afriquia Gaz et Green of Africa, deux filiales du groupe marocain Akwa.

Autre défi que le pays doit relever, « la réalisation des stations programmées et des projets d'énergies renouvelables y afférents », précise le monarque dans son allocution. Cependant, une condition s'impose : ces projets doivent être réalisés dans le respect des délais fixés et sans aucun retard.

Les provinces du sud sont tout aussi concernées par ces nouveaux chantiers. Et puisque les stations de dessalement ont prouvé leur contribution au développement socio-économique de ces territoires, le roi annonce l'extension de la station de Dakhla et le relèvement futur de la capacité de production des autres stations. Le Maroc devra également accélérer la réalisation du projet d'interconnexion électrique qui vise à acheminer l'énergie renouvelable, à partir des provinces du sud, vers le centre et le nord du pays..

Face au stress hydrique, une mobilisation tous azimuts

Sue le volet de la rationalisation de l'utilisation de l'eau, le monarque s'est montré ferme : « Il est totalement insensé de dépenser des dizaines de milliards pour la mobilisation des ressources hydriques alors que des formes de gaspillage et de mésusage de l'eau persistent  »

Sur le plan agricole, le Maroc passe à la généralisation de l'irrigation goutte à goutte, ce qui nécessitera, notamment pendant les périodes de pénurie, « davantage de coordination et de cohérence entre la politique hydrique et la politique agricole ».

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En plus de ces solutions novatrices, le royaume souhaite également s'engager dans le traitement et la réutilisation des eaux, puisque les volumes d'eau purifiée peuvent significativement couvrir les besoins en irrigation, en industrie et dans d'autres activités.

Mounir El Figuigui

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