Tunisie : nouveau remaniement à l'approche de l'élection présidentielle

Photo d'illustration
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Dix-sept jours après la nomination surprise de Kamel Madouri à la tête du gouvernement, le président tunisien, Kais Saied, est revenu à la charge, en procédant dimanche à un vaste remaniement ministériel. Ce nouveau coup de force de Saied a concerné le limogeage de 19 ministres, dont Nabil Ammar, ministre des Affaires étrangères et Imed Memmich, qui occupait le poste de ministre de la Défense depuis octobre 2021.
Dans une allocution de 22 minutes face aux nouveaux ministres et diffusée dans la soirée du dimanche, le locataire du Palais de Carthage a expliqué que ce remaniement était justifié par des impératifs de « sûreté nationale », face à des blocages dans le fonctionnement du pays et a été décidé au nom de « l'intérêt suprême de l'État » qui « passe avant toute autre considération ». Sur un ton de prêche, Kais Saied n'a pas manqué de réitérer ses insinuations sur de supposées « parties » qui menaceraient de l'intérieur et de l'extérieur la sûreté de l'État tunisien. Selon lui, « un système corrompu dont les acteurs espèrent un retour en arrière » est « parvenu à instrumentaliser » de hauts fonctionnaires de l'État.
Ces mêmes insinuations, le président tunisien les a déjà récemment évoquées lors d'une réunion du Conseil de sécurité nationale. Appelant les responsables sécuritaires à élever le niveau de vigilance, Kais Saied a fait part de « plusieurs phénomènes inhabituels observés récemment dans le pays, tels que les coupures délibérées d'eau et d'électricité dans plusieurs régions et qui ne sont pas dues à des pannes techniques selon les enquêtes, mais sont plutôt provoquées par des individus dont certains ont du reste été arrêtés ».
Selon lui, ces derniers représenteraient « les forces qui s'opposent à la révolution, au peuple et au mouvement de libération nationale, œuvrent par tous les moyens à semer le trouble », n'hésitant pas à « commettre des crimes, via des mercenaires, car ils sentent le danger à l'approche de toute élection libre donnant le droit au peuple d'exprimer sa volonté ».
Nommé par la voie des urnes en octobre 2019, le président Saied est aujourd'hui sous les feux des projecteurs, alors qu'il souhaite briguer un second mandat, le scrutin présidentiel étant prévu le 6 octobre prochain. Critiqué pour ses limogeages et ses nominations à répétition depuis son arrivée à la tête du pays, Kais Saied opère en 2021 un coup de force, en s'octroyant les pleins pouvoirs. Il démet des membres du gouvernement et gèle les activités du parlement, avant de le dissoudre.
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Désigné comme un homme à poigne par ses opposants, il fait l'objet de critiques sévères de la part des organisations de défenses des Droits de l'Homme. « Au moment où le pays fait face à une grave crise économique, le président a accusé de façon répétée ses opposants de conspirer et de fomenter des tensions sociales dans un contexte de hausse des prix des denrées alimentaires. Le président a pris comme bouc émissaire la petite population de migrants noirs, demandeurs d'asile et réfugiés présente en Tunisie, qui ont également subi des abus de la part des forces de sécurité », écrit Human Rights Wathc dans un rapport publié janvier dernier.
Le 10 août, l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) avait validé seulement trois candidats à l'élection présidentielle, dont celle de Kais Saied. Cinq jours auparavant, un tribunal de première instance de la capitale Tunis condamne cinq candidats potentiels à la présidence à huit mois de prison assortis d'une interdiction à vie de se présenter à une fonction élective, pour avoir « présenté des dons afin d'influencer des électeurs ».
« Après avoir emprisonné des dizaines d'opposants et d'activistes de renom, les autorités tunisiennes ont écarté presque tous les concurrents sérieux de la course à la présidence, réduisant cette élection à une simple formalité », rapporte Bassam Khawaja, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.
Le même jour, Abir Moussi, présidente du Parti destourien libre (PDL) et opposante de premier plan au président Saied, est condamnée à deux ans de prison. Elle avait été déclarée coupable d'avoir « répandu de fausses nouvelles et des rumeurs » au sujet de la commission électorale, aux termes de l'article 24 du très répressif Décret-loi 54 sur la cybercriminalité, à la suite d'une plainte déposée par la commission électorale.
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Le président Saied sera-t-il épargné par ce climat de tensions, alors que le parti Ennahda, principale force d'opposition dans le pays, est aujourd'hui pratiquement démantelé et ses chefs de file incarcérés pour apologie du terrorisme ?