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Gambie : Une «installation» faste pour rattraper la pâleur de l'investiture de Dakar

Photo de Ibrahima Bayo Jr.

Ibrahima Bayo Jr.

Publié le 17 février 2017 à 15:30

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Une vingtaine de chefs d'Etat et plus de 300 journalistes sont attendus demain, samedi 18 février 2017, à Banjul pour couvrir l'événement. Moins d'un mois après le départ en exil de Yahya Jammeh, les célébrations du 52ème anniversaire de l'indépendance de la Gambie prennent ici les allures d'une véritable communion populaire. Surfant sur l'euphorie, Adama Barrow va se faire "introniser" dans la foulée. Est-ce une investiture Bis pour gommer les railleries nées de son investiture à Dakar?

L'Independence Stadium de Bakau sur la côte atlantique, à l'ouest de Banjul devrait se remplir comme un œuf. Près de 200.000 personnes en provenance des six régions administratives gambiennes sont attendues selon les organisateurs de la cérémonie alors même que la capacité du complexe sportif n'excède pas 30.000 places. C'est dire si la sécurisation du lieu devrait constituer un casse-tête sécuritaire et logistique pour les nouvelles autorités.

C'est dans le stade où Yahya Jammeh aura juré 4 fois de défendre la constitution gambienne, qu'Adama Barrow a décidé d'organiser, ce samedi 18 février 2017, son « inauguration » (son investiture en français). A une différence près !

Le tombeur de Yahya Jammeh à la présidentielle du 1er décembre 2016, ne reprendra pas dans sa main gauche un exemplaire du Coran pour lever la main droite et jurer de porter la charge de 3ème président de la Gambie indépendante.

En exil à Dakar lors de la longue crise post-électorale, Adama Barrow avait déjà accompli le geste symbolique, dans des circonstances certes décriées mais légales, dans l'enceinte exiguë de l'ambassade de Gambie au Sénégal.

Alors pour garder les apparences sauves, le président gambien avait indiqué qu'il ne prêtera pas à nouveau serment au risque de remettre en cause sa légitimité installée au vu du droit international. A la place, le président gambien devrait prononcer un discours que l'on imagine axé sur la réconciliation nationale et l'union populaire.

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Une investiture Bis sans serment

Pour son installation (on le préférera au terme "investiture"), Adama Barrow fait d'une pierre deux coups : fêter l'indépendance et asseoir sa légitimité populaire. Le nouveau président gambien le sait très bien, « en matière de pouvoir, la symbolique est primordiale », soufflait à La Tribune Afrique, le conseiller d'un président ouest-africain.

«Les circonstances dictent l'organisation d'une telle cérémonie d'installation. Avec la crise post-électorale, le peuple gambien a été sevré d'une prestation desermentqui s'est faite dans l'enceinte de l'ambassade de Gambie à Dakar, ce qui n'enlève en rien la légitimité de l'acte suivant le principe de l'extraterritorialité du droit international [l'ambassade de Gambie à Dakar est considérée comme un prolongement du territoire gambien, NDLR]», analyse Ousmane Sène, le directeur du West African Research Center (WARC), joint à Dakar par La Tribune Afrique.

Et notre expert spécialisé dans les questions ouest-africaines de poursuivre. « La cérémonie d'installation revêt ici une valeur symbolique. Elle permet d'abord à Adama Barrow de rendre au peuple gambien tout le faste et la symbolique d'une prestation de serment, véritable moment de communion avec le peuple. D'un autre côté, c'est une démonstration de sa volonté de tourner définitivement la page du régime Jammeh ».

Ce 18 février, la fête de l'indépendance, acquise en 1967, de cette ancienne colonie britannique entraîne avec elle, une double célébration. A l'euphorie populaire de commémorer une liberté retrouvée après 22 ans sous la poigne de titane du régime de Yahya Jammeh, s'ajoute l'espoir de voir le président Adama Barrow incarner le changement.

On en oublierait presque la sobriété avec les convois de bus remplis de Gambiens de l'intérieur en direction de la capitale, les écrans géants installés un peu partout autour du Stade de Bakau pour que les citoyens ne ratent pas une miette de la cérémonie.

« La sobriété aurait pu s'imposer à cette cérémonie. Mais à Banjul on souhaite marquer le coup et organiser une cérémonie grandiose pour produire un impact psychologique et populaire importants », explique encore Ousmane Sène du WARC.

En tribune officielle, Macky Sall, le président sénégalais, est l'invité d'honneur de cette cérémonie. Une façon pour Adama Barrow de rendre l'ascenseur au président sénégalais pour son implication dans la crise post-électorale.

Mais aussi une (trop ?) grande marque d'honneur qui pourrait remettre en doute l'indépendance de Barrow vis-à-vis du seul voisin de la Gambie chargé de la sécurité personnelle du président gambien.

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Ce à quoi Ousmane Sène répond : « Le Sénégal n'est pas le Big Brother de la Gambie. Et il n'entend pas jouer ce rôle. Il s'agit juste d'un renforcement des relations de bon voisinage ». Avec la liesse et l'euphorie populaires, le peuple est trop occupé encore pour se poser ces questions.

Ibrahima Bayo Jr.

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