Pour le Palais du bord de mer, le glissement est acté. Motif sur motif, il n'a cessé de chercher le report des législatives à une date qui lui serait propice pour se relancer. Sur saisine d'Emmanuel Issoze-Ngondet, le Premier ministre, la cour constitutionnelle du Gabon, ironiquement flanquée du quolibet de « tour de Pise » en raison de son penchant supposé vers le pouvoir, a décidé de reporter les législatives du 29 juillet.
« Les élections des députés de l'Assemblée nationale doivent être organisées au plus tard au mois d'avril 2018 », écrit l'institution présidée par Marie Madeleine Mborantsuo (Triple M), celle-là même qui a validé la réélection d'Ali Bongo. Principal motif invoqué, « l'impossibilité de concilier le temps nécessaire dont les autorités compétentes doivent disposer (avec le temps nécessaire .ndlr) pour faire aboutir le processus des réformes électorales issues du dialogue politique ».
Après les violences post-électorales nées de sa réélection contestée, Ali Bongo a voulu jouer la carte de l'apaisement et du temps en conviant l'opposition gabonaise à un dialogue politique dit « inclusif » en dépit de la non-participation de Jean Ping, candidat malheureux à la présidentielle d'août 2016.
Les législatives initialement prévues en décembre 2016, avaient été reportées une première fois au 29 juillet en raison d'un « cas de force majeure » en raison de difficultés économique du Gabon, « pétro-république » d'Afrique centrale riche en bois qui subit les contrecoups de la crise mondiale des matières premières.
Pour l'instant, ce sont les députés de la 12ème législature qui se frottent les mains. Ils vont conserver leur mandat déjà expiré depuis février 2017 -et les privilèges qui y sont attachés- pour les 15 mois à venir. Et avec le "au plus tard" du texte de la cour de "Triple M", un nouveau report de la date ne devrait pas être surprenant. Mais c'est finalement, le pouvoir qui obtient gain de cause et se renforce.
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Ce glissement dans le calendrier électoral va lui permettre de mieux se préparer à ces joutes électorales stratégiques tout en laissant se calmer la contestation de la rue gabonaise. Le calcul n'en reste pas moins politique avec la conversion des timides conclusions du dialogue politique en lois qui permettent au pouvoir de donner beaucoup sans céder sur l'essentiel.
Plus sibyllin encore, le pouvoir pourrait profiter de ce temps d'accalmie pour relancer des manœuvres politiques contre le camp de Jean Ping et amoindrir ses forces avant la bataille législative.
Pressée d'aller aux législatives dans ce moment de faiblesse du pouvoir, l'opposition qui dénonce le report, n'a pas dit son dernier mot. Elle pourrait surfer sur l'hésitation du pouvoir pour se renforcer au niveau de la population.
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Avec les comptes pas encore totalement soldés de la crise post-électorale, un Jean Ping qui n'en démord pas de réclamer le fauteuil présidentiel, une diaspora vent debout contre Ali Bongo, les prochains mois seront des heures de gloire pour l'opposition qui compte les exploiter. Mais pour l'heure, le maître des horloges électorales, c'est Ali Bongo Ondimba.
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